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«Le gouvernement ne nous a pas compris»

6 janvier 2006, 20:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

par Deepa BHOOKUN

● Pourquoi cette insistance pour une augmentation du prix du pain ?

C?est évident que les prix de production ont tellement augmenté que c?est impossible de continuer comme cela et nous n?avons pas d?autre choix que de demander une révision des prix du pain. Nous ne pouvons réconcilier l?augmentation des coûts de production et la stagnation de nos revenus.

● Vous n?avez eu qu?une fraction de votre demande. Comment accueillez-vous cela ?

Je suis extrêmement déçu et bouleversé. Nous nous attendions à ce que le gouvernement comprenne nos difficultés mais il semble que cela n?a pas été le cas.

● Et qu?aviez-vous proposé comme quantum ?

Il est important de savoir que nous ne sommes pas arrivés à notre calcul n?importe comment. Nous avions pris en considération nos coûts de production et notre marge de profit. Ces calculs ont été faits par une firme de comptables avant les récentes augmentations du prix du pétrole et d?électricité. Nous avons demandé à ce que les prix du pain rond et du pain maison soient fixés à Rs 2.35 au lieu de Rs 1.35. Nous avons aussi proposé une majoration d?une roupie sur la baguette.

● Et depuis quand avez-vous réalisé que votre situation était devenue intenable ?

Les prix avaient été révisés à la hausse la dernière fois en février 2004 d?un quantum insuffisant, comme maintenant. Et depuis nous avons fait plusieurs demandes pour que les prix soient raisonnablement ajustés ? demandes qui sont restées sans réponse jusqu?ici.

● Mais si l?industrie du pain était devenue aussi difficile que cela, pourquoi est-ce que les boulangeries sont toujours en train d?opérer ?

Vous savez, c?est l?espoir et l?attente d?une éventuelle augmentation qui fait que les boulangeries sont toujours en train d?opérer. D?autre part, certains boulangers sont à l?heure actuelle endettés jusqu?au cou et d?autres ont mis leurs boulangeries en vente à la barre.

● Vous représentez combien de boulangeries ?

Une centaine à peu près. Presque toutes les boulangeries de l?île.

● Et que se passera-t-il maintenant ? Car ils sont tous, comme vous, déçus, j?imagine ?

Je ne peux malheureusement pas me prononcer à ce stade. Il faut que je consulte l?exécutif de mon association et voir à partir de là.

«Certains boulangers sont à l?heure actuelle endettés jusqu?au cou et d?autres ont mis leurs boulangeries en vente à la barre.»

● Allez-vous mettre vos menaces à exécution ?

Je ne peux rien dire à ce stade. Mais nous avons décidé auparavant que si le gouvernement ne venait pas de l?avant avec la solution voulue, fermeture il y aura.

● De combien de boulangeries ?

Je parle au nom de l?association.

● Avez-vous l?impression que le gouvernement était conscient de vos problèmes lors de vos pourparlers ?

Ah oui, ils sont très conscients du problème. Mais c?est clair qu?ils redoutent l?accueil que la population va réserver à cette annonce. C?est un dossier très sensible et je suppose que c?est la raison pour laquelle le gouvernement a été très réticent et prudent. D?autre part, l?ancien gouvernement n?a rien fait parce qu?il avait peur que cela joue contre lui lors des élections.

● Mais je ne me souviens pas des menaces de fermeture avec l?ancien gouvernement?

Au fait, il n?avait pas dit non à l?augmentation mais lors d?une séance de travail, il nous avait expliqué qu?il était dans une logique d?élections et qu?il ne pouvait accéder à notre demande d?augmentation du prix du pain.

● Et comment est-ce que le public accueillera cette majoration, d?après vous ?

Écoutez, nous sommes peut-être des entrepreneurs mais nous sommes aussi des consommateurs. Une majoration de prix n?est jamais bien accueillie. Mais malheureusement, c?est une réalité économique, tout comme l?augmentation du prix de l?essence ou de l?électricité. Je crois que si le public mauricien est honnête, il réalisera que le prix du pain à Maurice est dérisoire. Même maintenant.

● Sera-ce votre réponse à vos clients ?

Mais le pain est et reste presque un cadeau à Maurice. Si vous allez à la Réunion par exemple, une baguette de 200 g se vend à Rs 37 alors que nous proposons de la vendre à Rs 5.

● Vous n?allez pas comparer la Réunion à Maurice, le coût de la vie n?est pas comparable !

C?est vrai mais en tant qu?entrepreneur, mes coûts de production, et mon investissement reviennent pratiquement au même que ceux du boulanger réunionnais. Mais lui, il vend son pain 7 fois plus cher que moi. À part la main-d??uvre et le prix de la farine, nous avons les mêmes coûts. Notre pain a une qualité comparable au pain produit dans les grands pays. Et je peux vous dire que la population est en attente d?une majoration du prix du pain.

● La population n?accueillera quand même pas une majoration de gaieté de c?ur !

Vous savez, il y a des choses qui sont humaines. Personne n?est content d?avoir à payer plus. Mais, comme je vous l?ai dit, c?est une réalité économique à laquelle nous devons faire face.

● Et ceux qui disent que c?est trop facile pour les boulangers d?exiger une majoration du prix puisque les gens n?auront pas d?autre choix que payer, sont de mauvaise foi ?

Absolument. Et je tiens à faire ressortir une chose ; la population doit tirer son chapeau aux boulangers qui revendiquent leurs droits depuis 2004 car ils continuent quand même à assurer la production sans aucune interruption et dans un contexte économique difficile. C?est cela le sacrifice des boulangers.

«L?industrie du pain est presque nationalisée. Comment faire pour réduire les coûts de production ? Nous avons les mains et les pieds liés.»

● N?est-il pas possible de réduire les coûts de production ?

Nous avons essayé mais ce n?est pas possible. Que faut-il pour fabriquer le pain ? De la farine dont le prix est fixé par le gouvernement. Le coût de la main-d??uvre est aussi fixé par le gouvernement. Comment changer cela ? Le prix du diesel, et celui de l?électricité sont aussi contrôlés par le gouvernement. L?industrie du pain est presque nationalisée. Comment faire pour réduire les coûts de production ? Nous avons les mains et les pieds liés. Et malheureusement, même le gouvernement n?a pas de solution magique à ce problème. Nous n?avons pas le choix ; il faut augmenter le prix du pain. 30 sous, ce n?est pas assez !

● Pourquoi maintenez-vous que le gouvernement ne devrait pas augmenter les subsides sur la farine ?

Ce n?est pas ce que nous avons dit. La farine est déjà subventionnée par le gouvernement. Les subsides sur la farine s?élèvent à Rs 300 millions par année. Et je ne vois pas comment le gouvernement pourra augmenter ces subventions dans le contexte économique actuel. Même s?il le fait, quel sera le quantum ? Deuxièmement est-ce que l?augmentation des subsides sur la farine compensera l?augmentation de nos coûts de production. En 2004 lors de la dernière révision du prix du pain, un baril de diesel ? 2 740 litres ? nous coûtait Rs 31 000. Aujourd?hui, il nous coûte Rs 62 000, une augmentation de 100 %. Est-ce que le gouvernement va compenser cela ?

● Combien de pains ronds ou «maisons» vend-on à Maurice ?

À peu près 2 millions par jour. Les baguettes se vendent plus durant les périodes festives et pendant les week-ends.

● Y a-t-il un manque de boulangeries à Maurice ?

Au contraire, il y a trop de boulangeries à Maurice. Et maintenant que les grandes surfaces peuvent produire du pain, la situation est encore pire.

● Donc si à l?issue de la décision gouvernementale, certaines boulangeries ferment, ce sera une bonne chose ?

Ceux qui ne fonctionnent pas d?après les normes devront fermer.

● Quand on parle de pain de 100 g, son poids n?est pas toujours respecté, n?est-ce pas ?

Le weight regulation dit que le pain doit obligatoirement peser 100 g au minimum mais ce n?est pas toujours possible de le faire. Mais le pain maison est fait manuellement et c?est pratiquement impossible de respecter le poids. Il n?y a cependant pas d?excuse pour le pain rond qui est fait à la machine.

● Cela veut-il dire que le «pain maison», presque un folklore, pourrait disparaître ?

Nous allons dans cette logique. Les boulangers ne peuvent pas produire la quantité, surtout que notre main-d??uvre est majoritairement étrangère. Les Mauriciens ne veulent pas travailler.

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