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Oliver Twist
Il est certain que pour les vrais cinéphiles, l?adaptation définitive de ce grand roman de Dickens restera celle de David Lean, réalisée en 1948. Sans nécessairement atteindre des sommets, celle signée Carol Reed en 1968, en forme de comédie musicale, avait aussi du charme. En comparaison, ?Oliver Twist?, version 2005, que nous propose Roman Polanski fait beaucoup plus figure d?une fidèle mise en images que d?une interprétation. On pourrait même parler d?un ouvrage réalisé sur commande, pour des studios en quête de profits, plutôt que d?une ?uvre artistique, née d?une initiative du cinéaste. Seulement, lorsqu?un maître-artisan de la trempe de Roman Polanski entreprend ce genre d?ouvrage, il faut s?attendre à du somptueux.
De ce point de vue, le cinéaste ne déçoit pas son public. C?est dans le traitement des passages connus que le public juge des qualités d?une adaptation au cinéma, et la scène de l?orphelinat, celle où Oliver / Barney Clark demande encore un peu de porridge, répondra à toutes les attentes. Dès le début, avant même qu?un seul mot n?ait été prononcé, les images de cet orphelinat évoquent un univers oppressif régi par l?iniquité, suscitant ainsi la compassion pour ces pauvres enfants. De plus, pour les plans illustrant la direction de l?établissement outrée par la demande du jeune garçon, le film nous montre une bande de bourgeois bien gras attablés devant un plantureux repas. L?image de cet orphelinat (un comme il en existait tant à l?époque) est sinistre à souhait. Roman Polanski n?en reste pas là. Transitant brièvement par quelques plans de la campagne anglaise, juste le temps d?évoquer Constable, il nous montre Londres crasseuse, sordide, dix fois plus sinistre et impitoyable que l?orphelinat. Il est difficile de se prononcer sur l?authenticité de cette reconstitution de la cité du temps de la reine Victoria, mais telle qu?elle est représentée, elle est bien cette dévoreuse de chairs frêles et d?âmes innocentes, telle qu?on l?imagine dans le roman.
Les personnages ne sont pas en reste. On pourra trouver Oliver trop angélique (et aussi que son jeune interprète paraît un peu trop bien nourri), sauf si on considère que l?auteur (Dickens) voulait qu?il soit l?innocente victime projetée dans cet univers cruel auquel il n?appartient pas, ce qui n?est pas le cas des autres personnages, exception faite de Bronlow / Edward Hardwicke, son bienfaiteur. On notera surtout la qualité de l?interprétation. Ceux qui auront été mis en appétit par le nom de Ben Kingsley dans le rôle du vieux Fagin en auront pour leur argent. Affublé d?un faux nez (dans le roman, Fagin est un juif, mais le comportement des chrétiens dans cette histoire, n?est guère plus honorable), l?acteur livre une belle prestation, révélant chez son personnage un fond d?affection désintéressée insoupçonnée pour ses jeunes apprentis-criminels. Leanne Rowe dans le rôle de Nancy Sykes, est la détermination et la dignité incarnées. Mais le plus surprenant est bien Jamie Foreman interprétant l?un des personnages les plus infâmes de toute la littérature. Après les affreux de tous acabits qui ont défilé depuis toutes ces décennies sur les écrans du monde, parvenir à incarner un affreux proprement ?dickensien? relève du grand art.
Cette version d??Oliver Twist? pourra à raison être jugée comme trop sage ou trop convenue. Mais elle aura au moins le mérite de rappeler qu?il y a plus de 150 ans, Charles Dickens dénonçait des horreurs et des hypocrisies qui n?ont à ce jour pas encore totalement disparu.
Portrait
Nicole Kidman
Née à Hawaïi, Nicole Kidman grandit en Australie, pays natal de ses parents, où elle étudie la danse classique, avant de se tourner vers le théâtre. Elle paraît dans son premier film, ?Bush Christmas?, un drame australien, puis s?en va à Hollywood, où elle tourne avec Tom Cruise (qu?elle épouse). Elle trouve alors des rôles plus exigeants, dont celui de Suzanne Stone, dans ?Prête à tout? (1995) qui lui vaut la célébrité. Sa réputation s?accroît avec une série de films qui lui permettent de montrer son talent et d?accumuler les récompenses : épouse modèle et moderne dans ?Eyes wide shut? (1999), la fantasque Satine du ?Moulin Rouge? (2001), et Virginia Woolf dans le drame ?The Hours?. Elle sera sollicitée par des réalisateurs de talent comme Anthony Minghella pour le drame de guerre ?Retour à Cold Mountain?, ou encore Sydney Pollack pour son thriller politique ?L? Interprète?.
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