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Capharnaüm
C?est un vrai panier de crabes. Certains entrent au placard, d?autres en sortent, et d?autres encore prennent directement la porte de sortie. La station nationale de télévision est un lieu décidément bien agité ces temps-ci. Elle l?est toujours après un changement de gouvernement, mais cette fois le désordre est plus accentué et dure plus longtemps que d?habitude. L?effervescence a repris avec la nouvelle année. Hier, trois nouveaux employés ont été remerciés.
Beaucoup d?efforts sont déployés pour régler des comptes à ceux qui sont du mauvais bord politique. Il faut également faire de la place pour ceux qui réclament des récompenses pour services rendus. Par conséquence, il reste peu de ressources à la direction de la MBC pour repenser ses émissions. Non seulement, elle doit gérer l?incessant va-et-vient des employés mais depuis quelque temps elle s?occupe également à poster des vigiles à l?entrée de certaines salles pour en interdire l?accès à des journalistes indésirables.
Il est bien triste que la télévision en soit arrivée là. Ce puissant moyen d?information et de sensibilisation ne parvient pas à jouer son rôle parce que ses dirigeants passent trop de temps à faire le ménage à l?intérieur de la maison.
Le journal télévisé et certaines émissions locales restent inchangés. Ils sont conçus comme des instruments au service du pouvoir. A cet égard, la station mauricienne reste très proche de celle des pays africains qui font encore l?apprentissage de la démocratie. Même quand il s?agit de diffuser une émission de divertissement le soir du réveillon, la MBC trouve moyen de faire plaisir aux princes qui gouvernent. Elle a érigé, le 31 décembre dernier, une estrade au Caudan à un emplacement tel que les projecteurs resteraient braqués en permanence sur la statue de SSR.
Certains journalistes refusent de participer à cet endoctrinement partisan. Ils sont mis à l?écart. Accusés d?être inféodés à des partis d?opposition, ils sont privés du droit d?exercer leur métier d?informer. Intimidés par ces méthodes arbitraires, les plus jeunes préfèrent ne pas risquer leur place et participent à la promotion politique des dirigeants.
Cela étant, il faut reconnaître que la direction de la MBC n?est pas totalement responsable des bouleversements qui secouent quotidiennement à la station. Le sens de l?honneur aurait dû pousser certains employés à démissionner aussitôt après l?alternance. Il s?agit de ceux qui ont été nommés par l?ancien gouvernement non pas en fonction de leur mérite mais sur la base de leurs loyautés partisanes. Ils auraient dû tirer la conséquence du changement politique et partir de leur propre gré. Leur révocation était inévitable mais ils ont attendu d?être mis à la porte, exacerbant ainsi les tensions.
Le pire, c?est que la tradition se perpétue dans un grand nombre d?institutions publiques. Elles recrutent à partir de listes soumises par des ministres ou des députés de la majorité. Pour les activistes du parti au pouvoir, c?est la ruée vers l?or actuellement avec les postes qui sont rendus vacants à la suite des départs liés à la politique. Certains de ces activistes se contentent de miettes, d?autres exigent des postes prestigieux, mais à la prochaine alternance, tous partiront. Le cycle recommencera.
Si la scène qui se joue à la MBC a un air de déjà-vu, c?est que l?on connaît le scénario par c?ur. Sauf que cette fois les actions sont plus intenses, et les acteurs plus nombreux.
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