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Sombres perspectives
C?est un tableau désolant que brosse le FMI, cette semaine, dans un rapport sur l?économie mauricienne. Le document prescrit un rajustement structurel d?urgence et estime que la croissance restera faible pour les deux prochaines années fiscales. Pour sa part, le ministre des Finances se veut rassurant dans l?interview qu?il a accordée à ?l?express? hier. Mais on ne sait pas encore si Rama Sithanen aura la liberté d?agir comme il l?entend au sein d?un gouvernement si hétérogène.
La ?Public Information Notice? du FMI est un important repère pour mesurer l?efficacité de la politique économique d?un pays car elle est réalisée par des économistes qui ont l?expertise et le recul necéssaires. Leur constat est implacable : il existe ?des défis considérables en termes de politique économique sur le court et moyen termes?. Pour parer à la crise, conseille le FMI, il faut mettre l?accent sur trois leviers, notamment la privatisation, la révision de la politique salariale et un élargissement de l?assiette fiscale. La stratégie qu?il recommande est classique, sa mise en ?uvre est incertaine.
Cela fait des années que l?institution financière condamne notre mécanisme de compensation salariale. Les ?rigidités? de notre marché du travail ont également été dénoncées dans plusieurs rapports du FMI. Dans les deux cas, leurs recommandations n?ont eu aucun suivi. Nos dirigeants hésitent à imposer des négociations sectorielles tout comme ils refusent d?assouplir les lois du travail pour permettre aux entreprises de recruter et de dégraisser en fonction de leur situation financière.
Il est probable que Rama Sithanen, lui-même attaché à un libéralisme tempéré, croit à ces mesures mais il aura bien du mal à convaincre les travaillistes autour de lui du bien-fondé de ces préceptes libéraux. Réformer en profondeur des machines grippées, insuffler de la flexibilité et sortir de la culture de l?assistanat demandent une approche résolument moderne et audacieuse. Ce n?est pas le style de gouvernement auquel nous sommes habitués.
Parfois, nous avançons à reculons. C?est le cas de la pension universelle que le nouveau gouvernement a restituée alors que le précédent avait opté pour son remplacement par un système plus ciblé. Le FMI vient de rappeler que pour contrôler les dépenses publiques, il faut cibler les nécéssiteux.
Le redressement économique ne se réalisera que si le gouvernement peut porter un projet équilibré entre libéralisme économique et justice sociale. De par son pragmatisme et sa sensibilité, le ministre des Finances pourrait s?avérer l?homme de la situation. Déjà, il a eu l?honnêteté de reconnaître la valeur des projets soutenus par l?ancien gouvernement. Il classe, sans complexe, ?le développement de nouveaux pôles d?activités tels le ?seafood hub? et l??Integrated Resort Scheme? (IRS) parmi ses objectifs prioritaires alors qu?il y a six mois il participait à une campagne de mystification contre l?IRS. Il déclare que ?faire de Maurice un centre de shopping hors taxes est une idée sur laquelle nous travaillons toujours? alors que son prédécesseur, Pravind Jugnauth, avait été sévèrement blâmé pour avoir imaginé le concept de ?duty-free island?.
Sur la question de l?élargissement de l?assiette fiscale, Rama Sithanen rejoint le FMI. Mais il s?éloigne de la ligne de son parti en déclarant ne pas vouloir ?toucher au taux de fiscalité?. Il doit se livrer à un véritable exercice de funambule pour réussir.
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