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?Maurice doit pouvoir compter sur huit ou neuf piliers?

4 janvier 2006, 20:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

● Vous disiez récemment votre optimiste quant à un taux de croissance de 7 à 8 % dans trois ans. Quelles sont les raisons de cet espoir alors que le contexte économique est difficile?

Il y a certes des difficultés au niveau de nos principaux fondamentaux économiques tels la dette publique, le déficit budgétaire et la balance extérieure. Toutefois, mon optimisme est fondé sur la visibilité de l?évolution de l?économie sur l?année. Nous pourrons générer une croissance de 5 % cette année-ci si nous parvenons à réaliser les objectifs suivants : produire une récolte sucrière normale ; arrêter la récession dans la zone franche ; donner une nouvelle impulsion au tourisme à travers une nouvelle stratégie de branding et de marketing agressif ; développer de nouveaux pôles d?activités tels le seafood hub, l?Integrated Resort Scheme (IRS) et d?autres activités.

Nous allons nous atteler à la consolidation fiscale et prendre des mesures pour attirer l?investissement. D?autre part, nous démarrerons la restructuration de la filière sucre-cannes (sucre et produits dérivés de la canne). Ces mesures nous permettront d?atteindre une croissance plus élevée d?ici 2008. Nous devrions y arriver si nous réussissons l?ajustement dans le sucre et le textile-habillement. Nous pouvons instaurer plus de résilience à l?économie si d?autres activités viennent s?ajouter à notre base existante.

● Vous avez annoncé une série de mesures en août dernier. Quelles sont les échéances de l?application de ces initiatives ?

Beaucoup de ces mesures sont déjà mises en pratique. Dans le tourisme, nous avons pris des décisions concernant l?accès aérien. Nous mettons plus de ressources dans la promotion de la destination dans les marchés traditionnels ainsi que dans de gros marchés émergents.

Le tourisme a réalisé l?année dernière une performance nettement supérieure à celle de 2004. L?industrie a terminé l?année avec une croissance de 5 %, soit un chiffre que je considère correct compte tenu de la mauvaise situation en 2004.

Des efforts sont consentis pour agir sur la capacité de production de l?économie afin d?encourager l?investissement. Le fast track committee sur l?investissement s?est réuni trois fois déjà et a réalisé des progrès notables sur le climat de l?investissement. D?ici trois mois, nous aurons complété notre travail sur la simplification et la modernisation du cadre d?incitations. Le développement de nouvelles activités est un processus continu. Il prend du temps pour se mettre en place.

?Le gouvernement va revoir les priorités sur le plan des dépenses de développement. Cela implique un rééchelonnement de certains projets qui coûtent très cher. Le secteur privé sera encouragé à participer au financement des gros projets qui nécessitent d?énormes ressources financières.?

● Quels sont les grands moyens qui sont déployés pour encourager les investisseurs étrangers à venir à Maurice ?

J?ai eu, mardi dernier, une séance de travail avec le Board of Investment (BOI) pour mettre en place une campagne de promotion de l?investissement étranger dans certains secteurs spécifiques. Nous allons hit the road en terme de promotion en Europe, en Inde, au Moyen-Orient, en Extrême orient, en Afrique du Sud et même aux Etats-Unis pour les services financiers.

Nous pouvons devenir un centre et une plate-forme d?investissement pour la région.

● Prévoyez-vous d?autres mesures prochainement pour consolider le plan de relance ?

Nous préparons en ce moment le dossier que nous allons soumettre à l?Union européenne (UE) sur les mesures d?accompagnement dans le cadre de la réforme sucrière en Europe. Il y aura certes un accent sur la filière sucre-cannes. Mais nous allons aussi élargir le champ des propositions pour inclure d?autres activités qui puissent contribuer à la résilience et à la diversité de notre base économique.

Nous sommes en train de prendre des dispositions pour élargir et approfondir la contribution des services financiers à la croissance en termes de nouveaux services et de diversité des produits proposés.

Nous allons mettre tout le paquet sur les technologies de l?information et des communications et le seafood hub, l?aquaculture. Nous étudions en ce moment le développement d?un nouveau secteur : la land based oceanic industry.

Nous accordons tout notre appui aux activités du knowledge hub, du medical tourism, de l?industrie pharmaceutique, à la recherche médicale et à l?exportation des produits médicinaux. Nous sommes en train de réorganiser les industries domestiques afin qu?elles puissent s?attaquer aux marchés de la région. En même temps, nous accordons une attention particulière aux petites et moyennes entreprises. Faire de Maurice un centre de shopping hors taxes est une idée sur laquelle nous travaillons toujours.

L?avenir de Maurice c?est une base économique diversifiée. Il nous faut maintenant la concrétiser. 2006 sera l?année d?une nouvelle architecture économique.

● Quelles seront les grandes initiatives en vue de redresser les finances publiques ?

Nous allons étudier toutes les options pour contrôler les dépenses publiques. Le gouvernement va revoir les priorités sur le plan des dépenses de développement. Cela implique un rééchelonnement de certains projets qui coûtent très cher. Le secteur privé sera encouragé à participer au financement des gros projets qui nécessitent d?énormes ressources financières.

D?autre part, nous prenons des dispositions pour appliquer les recommandations du directeur de l?Audit. Il y aura un comité d?audit au sein de chaque ministère pour veiller à la mise en application des recommandations concernant les gaspillages et la mauvaise gestion des projets.

Nous allons renforcer le Medium Term Expenditure Framework (MTEF) et l?étendre aux ministères qui ne sont pas encore couverts par ce programme.

Il est très important de réduire le déficit budgétaire pour pouvoir baisser la dette publique. Au cas échéant, le pays va être pris dans le piège de la dette : le déficit va être financé par la dette et le service de la dette va accentuer le déficit.

Deux comités que je préside sont au travail. L?Expenditure Review Committee (ERC) passe en revue toutes les dépenses (courantes et de développement) du gouvernement. L?autre comité se penche sur les moyens de mobiliser plus de recettes fiscales sans toucher au taux de fiscalité.

● Certains experts ont suggéré une refonte du système fiscal en arguant que la contribution des taxes directes est trop faible. Partagez-vous cette option ?

Beaucoup d?experts sont d?avis que la part des taxes directes (income tax et corporate tax) dans les recettes fiscales est très basse, tandis que les taxes indirectes représentent plus de 70 %. Mais il faut reconnaître que plusieurs secteurs se sont développés grâce aux incitations fiscales. D?ailleurs, les nouveaux pôles susceptibles de diversifier l?économie en demandent. Les incitations fiscales sont importantes pour mobiliser des investissements massifs dans ces secteurs.

Nous ne voulons pas commettre les erreurs du gouvernement précédent qui avait augmenté la taxe à une période où l?économie passait par une période difficile.

Il faut éviter ces erreurs surtout à un moment où l?investissement privé est bas et qu?il nous faut faire des efforts pour renverser la tendance à la baisse de l?investissement et de la croissance. D?où mon objectif de maîtriser les dépenses et de tabler sur la collecte des revenus.

● Dans quelle mesure les réformes dans les départements de collecte de revenus vont-elles contribuer à assainir les caisses de l?Etat ?

Il y a beaucoup de cas d?évasion et de fraudes fiscales à la douane sous forme de sous-facturations et de mauvaises déclarations. Et des entreprises ne payent pas la taxe à valeur ajoutée (TVA) alors qu?elles sont censées le faire.

Nous pouvons augmenter le niveau des recettes fiscales à travers une meilleure collecte des recettes à la douane, dans le département de la TVA et au Bureau de l?impôt.

● La décision d?offrir le transport gratuit aux étudiants et personnes âgées a été décriée par plusieurs observateurs, qui évoquent des largesses à un moment où les finances de l?Etat sont dans le rouge?

Le transport gratuit pour les étudiants et les personnes du troisième âge était une des promesses de l?Alliance sociale lors de la dernière campagne électorale. Nous avons respecté notre engagement. Le gouvernement considère que cette mesure est une suite logique à l?éducation gratuite. A Maurice, des enfants ne pouvaient pas se rendre à l?école parce qu?ils n?avaient pas les finances pour se payer le transport.

C?est effectivement une décision qui coûte cher à l?Etat, mais elle a permis à beaucoup de familles d?économiser des sommes importantes qu?elles ont pu utiliser pour leur bien-être.

Il faut toutefois nous assurer que le montant que le gouvernement a consenti à ce poste reste dans les limites définies et qu?il n?y a pas de d?abus du système.

Il s?agit de loin la mesure sociale la plus importante que nous ayons prise et que, très probablement, nous prendrons durant notre mandat. Cette décision touche plus d?un tiers de la population. Peu de mesures sont susceptibles de toucher un segment aussi large.

Il nous appartient maintenant de générer suffisamment de recettes pour que le gouvernement puisse continuer à honorer ses engagements.

● La politique monétaire est revenue au centre des discussions économiques avec la récente décision de la Banque centrale de relever le taux Lombard. Le gouvernement prône-t-il une approche particulière ?

La Banque de Maurice opère en toute indépendance selon les nouvelles dispositions légales. Il y a évidemment des compromis de politique à faire. Comment va-t-on combattre l?inflation, défendre la roupie et attirer l?investissement ?

Notre balance extérieure s?est considérablement détériorée. L?explosion des cours pétroliers sur le marché mondial durant l?année a amplifié la sortie des devises à un moment où les recettes de la zone franche et du textile-habillement avaient chuté. Cela a mis beaucoup de pression sur la balance commerciale. Le compte courant s?est retrouvé déficitaire.

Il y a une pression sur les réserves et les devises, bien que le niveau des réserves demeure confortable. Nous avons la responsabilité de veiller à ce qu?il n?y ait pas de dérapages. Le relèvement du taux d?intérêt est une des mesures qui vont dans ce sens.

Il faudra sur le court terme réduire l?excès de demande sur les devises. Toutefois, les opérateurs qui gèrent les devises devront jouer le jeu. Il faut qu?ils mettent des devises sur le marché afin de réduire la pression sur la demande.

Les grands projets doivent être financés en devises étrangères, sinon il y aura encore plus de pression sur la roupie.

Il nous faut au plus vite attirer l?investissement direct extérieur (IDE) pour compenser le déficit de la balance commerciale et du compte courant.

Nous allons recevoir l?argent de l?UE à partir de cette année sous forme de mesures d?accompagnement qui pourra nous aider sur le moyen terme.

Les pôles additionnels d?activités devront être axés sur l?exportation pour rapporter des devises étrangères à l?économie.

Maurice doit pouvoir compter sur huit ou neuf piliers économiques. Cela nous rapportera plus de croissance et rehaussera la résilience de notre base économique. Si un ou deux secteurs ne marchent pas très bien durant une année, nous pourrons toujours compter sur d?autres pour assurer une bonne croissance nationale. C?est le seul moyen de combattre le chômage.

● Nombreux sont ceux qui observent des divergences idéologiques au sein du cabinet par rapport aux options économiques?

L?opposition essaye de créer de la confusion dans la population en véhiculant ces messages. C?est de bonne guerre. Chaque ministre a son style et sa façon de faire. Mais sur l?essentiel, il y a consensus que la situation est difficile et que la solution implique qu?il faut parfois prendre des mesures difficiles.

● La population appréhende une flambée des prix en ce début d?année après les hausses de l?électricité et du carburant. Le gouvernement peut-il rassurer les consommateurs ?

Nous avons expliqué à la population la situation que nous avons héritée de l?ancien régime. Sa décision de ne pas appliquer l?Automatic Pricing Mechanism en juillet dernier a causé un tort immense à la State Trading Corporation. Celle-ci a accusé des déficits énormes sur les produits pétroliers. Les prix du carburant a beaucoup augmenté sur le marché international. La STC n?a pas passé la totalité de ces augmentations à la population. Mais la hausse était importante pour ne pas creuser davantage ses pertes cumulées.

La même logique s?applique au Central Electricity Board. Nous adoptons une stratégie visant à diminuer la part des produits pétroliers dans la production de l?énergie électrique. Nous continuons à explorer d?autres sources telle la bagasse.

Propos recueillis par Akilesh ROOPUN

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