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Jacques Chirac met fin aujourd?hui à l?état d?urgence

3 janvier 2006, 20:00

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Le président Jacques Chirac, qui a reçu le Premier ministre Dominique de Villepin ?pour faire un point général de situation?, a ?décidé de mettre fin à l?état d?urgence à compter du 4 janvier 2006?, a fait savoir l?Élysée. ?Cette décision est inscrite à l?ordre du jour du conseil des ministres du 3 janvier?, conseil de rentrée après la trêve de Noël, ont précisé les services de la présidence de la République.

Décrété le 8 novembre et prolongé de trois mois le 18 novembre par une loi votée au Parlement, l?état d?urgence peut être levé par décret en conseil des ministres, dès lors, dit la loi, que les conditions ne sont ?plus réunies ou justifiées?. Le 7 novembre, Dominique de Villepin avait annoncé sa décision d?autoriser les préfets à recourir au couvre-feu dans les quartiers sensibles touchés par les violences urbaines.

Il avait justifié par ?le contexte particulièrement grave? sa décision d?exhumer la loi du 3 avril 1955 adoptée au début des troubles indépendantistes en Algérie et utilisée une seule fois depuis, hors métropole, en Nouvelle-Calédonie en 1984. ?C?est une étape importante, une décision importante que nous prenons et qui marque à la fois la gravité des choses mais en même temps notre esprit de responsabilité pour assurer la protection de tous?, avait-il dit.

Peu de couvre-feux

Le gouvernement était alors impuissant à ramener le calme dans les banlieues en ébullition depuis la mort de deux adolescents dans un transformateur électrique le 27 octobre à Clichy-sous-bois (Seine-Saint-Denis).

Les violences urbaines ont cessé à la mi-novembre. Seules quelques dispositions marginales du texte étaient encore en vigueur dans une poignée de départements. Elles restreignaient notamment les ventes au détail de carburant. Les principales mesures rendues possibles par l?état d?urgence - couvre-feu, perquisitions sans cadre judiciaire et de nuit, contrôle de la presse et limitations des réunions - ont été peu ou pas du tout utilisées.

Dominique de Villepin n?avait pas caché qu?il souhaitait maintenir la France sous le régime de l?état d?urgence pendant les fêtes de fin d?année, pour prévenir toute nouvelle flambée de violence dans les quartiers sensibles.

Le réveillon du Nouvel an a été marqué le week-end dernier par 425 incendies de véhicules mais le regain de violences que les autorités redoutaient ne s?est pas produit. L?opposition socialiste a toutefois estimé que ces incidents reflétaient ?un échec du gouvernement? en matière de sécurité.

Le recours à l?état d?urgence avait suscité de très vives protestations de la part de plusieurs associations et partis politiques (Verts, PCF, FSU, Ligue des droits de l?homme, notamment). Le premier secrétaire du PS, François Hollande, avait affirmé sa volonté de ?vigilance? sur l?application des couvre-feux, une mesure qui ne pouvait être à ses yeux ?qu?exceptionnelle, limitée dans le temps et dans l?espace?. Début décembre, un collectif de 74 professeurs et chercheurs avaient saisi, en vain, le Conseil d?Etat pour obtenir la suspension de ce régime d?exception.

Hélène FONTANAUD

VIOLENCES ET INCENDIES

De nombreux incidents mais pas d?émeutes lors du Nouvel An

■ Des incidents plus nombreux et plus diffus que l?an passé, en dépit d?une forte présence policière, mais pas d?explosion de violences comme celles de l?automne 2005 : tel est le bilan de la Saint-Sylvestre, qui a été fêtée sous le régime de l?état d?urgence. Ce dernier avait été décrété pendant les émeutes de novembre 2005, et prorogé par le Parlement jusqu?au 18 février.

425 véhicules ont été brûlés dans la nuit du samedi 31 décembre 2005 au dimanche 1er janvier, contre 333 l?an dernier. Le nombre des violences et des incendies a progressé de 27,6 %, malgré la présence de 25 000 policiers et gendarmes (21 000 l?an passé) et l?appui de 8 hélicoptères. Les forces de l?ordre ont procédé à 362 interpellations (contre 272 l?an passé), dont 169 à Paris. 13 gendarmes mobiles et 2 policiers ont été légèrement blessés lors d?incidents quai Branly, à Paris. La principale tendance soulignée par le directeur général de la police nationale, Michel Gaudin, est la ?très, très grande dispersion? des incidents, qui ont touché 267 communes et 53 départements. 132 communes et 41 départements avaient été concernés l?an dernier. Le Bas-Rhin (38 véhicules incendiés), et notamment Strasbourg (19) ? où cette ?tradition? avait été inaugurée en 1997 ?, ont enregistré les records de la province, alors que l?Ile-de-France a connu une légère diminution des dégradations (177 voitures brûlées contre 190 l?an passé).

L?opposition a mis en garde contre tout excès d?optimisme. ?La réalité, c?est qu?on est bien loin du retour au calme, de l?apaisement ou de la reprise de contrôle du terrain qu?on nous a annoncé?, a déclaré le porte-parole du PS, Julien Dray, en évoquant de possibles ?embrasements? au moindre ?dérapage?. Le président du Mouvement pour la France, Philippe de Villiers, a qualifié ce bilan de ?tableau désastreux?.

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