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Entreprendre au féminin

18 novembre 2005, 20:00

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Depuis deux ans, Ginette Anaudin a beau dire qu?elle entend passer la main à ses enfants, il n?en demeure pas moins que cette sexagénaire qui dirige l?entreprise Cosicouette à Eau-Coulée, est constamment sur le qui-vive en matière d?entreprise. Elle épluche les journaux au quotidien en quête de communiqués destinés aux petites et moyennes entreprises car à ses yeux, ce sont peut-être des possibilités de formation pour les femmes entrepreneurs qu?il ne faut laisser passer sous aucun prétexte. «Si les femmes, de par les multiples rôles qu?elles cumulent, sont mieux outillées pour gérer une entreprise, ce n?est qu?avec l?information et la formation qu?elles y parviendront», déclare Ginette avec conviction.

Mais elle n?a pas toujours chanté cette chanson puisque pendant 33 ans, elle a été une fonctionnaire irréprochable aspirant à une retraite prématurée rien que pour avoir le temps de soigner ses intérieurs, tout en se faisant un peu d?argent. Cette épouse de policier et mère de six enfants ? cinq garçons et une fille ? se lance donc à titre d?essai dans la pâtisserie, tout en continuant à travailler dans la fonction publique.

Elle place des gâteaux à l?université de Maurice et dans les collèges de Curepipe. Ses journées sont alors longues. Elle se lève tôt pour enfourner ses pâtisseries qu?un employé va livrer, avant de se rendre au travail. À son retour à la maison en fin de journée, elle retrouve ses fourneaux. Feu son mari Serge, qui est assistant surintendant, ne comprend pas le désir de sa femme de se mettre à son compte. Mais à aucun moment, il ne la décourage.

Au bout de quelques années, Ginette se lasse de la pâtisserie. Au cours d?un déplacement en Afrique du Sud à des fins d?intervention chirurgicale en 1993, elle tombe en arrêt devant des couettes blanches utilisées sur les lits de la maison d?accueil où elle séjourne. Elle réalise que ce sont en fait des couettes placées dans des housses interchangeables. Elle décide alors de proposer cet article de literie aux Mauriciens. Elle ramène un prototype à Maurice et embauche cinq couturières à la pièce. Celles-ci travaillent à domicile et Ginette récupère les couettes par la suite.

Son affaire a cependant du mal à démarrer car les Mauriciens préfèrent les molletons. Son tout premier client est le commerce But qui lui passe commande d?un grand nombre de couettes que Ginette a du mal à livrer. «Celui qui traitait avec moi n?était pas compréhensif. Je l?ai envoyé paître. Aujourd?hui, je ne referai jamais cela. J?honore toutes mes commandes. À l?époque, je considérais tellement ce business comme un passe-temps que je refusais de subir des pressions.»

Elle est chanceuse car le responsable de But ne lui ayant pas trouvé de remplaçant, c?est à nouveau vers elle qu?il se tourne pour compléter sa commande. Ginette se retire de la fonction publique. Si son produit séduit des particuliers, son entreprise prend vraiment de l?essor en 1995 alors qu?elle et son mari sont à l?étranger. «Ninian, mon fils, m?a téléphoné pour me parler d?une grosse commande obtenue et je l?ai dirigé par télécopie.» Ses proches lui reprochent toutefois de diriger son entreprise comme une ?uvre sociale. Ginette qui n?en a cure, n?en fait qu?à sa tête.

À son retour, elle décide d?arpenter les routes pour aller offrir son produit aux hôtels. Ceux-ci sont réticents. Le premier établissement hôtelier à lui faire confiance est Le Maritim qui est d?ailleurs encore un de ses clients. Elle prend son rôle de chef de petite entreprise vraiment au sérieux à la mort de son mari. Elle réalise alors qu?elle doit recommencer à cibler les hôtels et obtenir des commandes fermes de ces établissements si elle veut que Cosicouette grandisse. C?est par le biais d?une commande de literie pour un magasin d?enfants que Ginette rencontre Primerose Obeegadoo qui est à l?époque présidente de la FCEM.

<B>Se réinventer pour survivre</B>

Elle est invitée à une des réunions de l?association et rencontre plusieurs femmes chefs d?entreprises dont elle a fortement entendu parler, notamment Aline Wong, qui l?encourage à devenir membre de l?association. Ginette ne met pas longtemps à réaliser qu?elle n?est qu?une femme chef d?entreprise du dimanche alors que ses congénères le sont à part entière, que ce frottement l?enrichira et surtout que c?est là qu?elle pourra être mieux informée et formée sur les techniques de gestion.

Elle s?emploie alors à mieux structurer Cosicouette, ne ratant aucune formation de la Small and Medium Industries Development Organisation (SMIDO), de même que celles organisées par la FCEM. C?est d?ailleurs lors d?une de ces sessions qu?elle comprend l?importance du réinvestissement et achète un équipement pour le capitonnage des couettes. Cosicouette se met à tourner à plein régime avec cinq employés. Ginette ne jure aujourd?hui plus que par l?association. «Être en réseau t?ouvre tes horizons. Tu te sens soutenue. Grâce à la FCEM qui est affiliée à Femmes chefs d?entreprises mondiales, tu es exposée à d?autres femmes chefs d?entreprise à l?étranger et tu gagnes énormément de ce côtoiement.»

Ginette qui affirme être devenue plus sûre d?elle, a su se positionner au sein de FCEM qui comprend une trentaine de membres. À tel point que pendant deux ans, elle a agi comme vice-présidente pour la présidente Moneera Joonas-Malleck avant de prendre la tête de l?organisation. Elle complète sa deuxième année en tant que présidente et devra accompagner la future présidente pendant encore deux ans. En tant que présidente, elle a pu participer à deux congrès de Femmes chefs d?entreprise mondiales, un en écosse, l?autre en Argentine. Elle se rendra bientôt en Italie pour assister à une autre conférence de haut niveau. Ginette préside aussi l?association Entreprendre au féminin océan Indien et encadre la Coopérative Chemin du Sud qui regroupe les femmes ?uvrant dans le secteur informel.

Ginette estime que la conjoncture est favorable aux femmes qui veulent entreprendre aujourd?hui. «Je ne vois pas d?entraves pour entreprendre aujourd?hui. Il y a nettement plus de facilités aussi bien au niveau financier qu?à celui des formations professionnelles. Le tout pour les femmes est de se tenir constamment informées. Nous savons par exemple que le secteur textile est à l?agonie. Beaucoup de femmes engagées dans le secteur informel font du textile. Si elles veulent survivre, elles doivent se réinventer et trouver d?autres créneaux. L?Agricultural Research Extension Unit par exemple, propose actuellement des formations. Il faut saisir toutes les chances».

Ginette caresse d?autres projets visant à consolider son entreprise. Mais pour l?instant, elle ne veut pas en piper mot. On sait seulement que cela concernera toujours la literie. «Entreprendre est une belle aventure. Mon seul regret est d?avoir commencé si tard.» C?est oublier un peu vite l?adage qui dit qu?il n?y a pas d?âge pour les braves?

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