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«Il faut être optimiste»

18 novembre 2005, 20:00

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● <B>On est tous en train de parler de la crise que vit l?industrie sucrière. Comment la vivez-vous, cette crise ? </B>

D?abord j?aurais voulu remercier le Premier ministre et le ministre des Finances pour la façon dont ils sont en train de traiter le dossier?

● <B>Pourquoi ? L?ancien gouvernement n?a pas traité le dossier ? </B>

Non, ce n?est pas ce que je dis. Je parle de la décision du gouvernement de «put people first». Ils ont pris une décision concernant les petits planteurs qui ont moins d?un hectare de terre?

● <B>?Nous y reviendrons. Ma question est comment êtes-vous en train de vivre cette crise, sans faire de la politique ? </B>

Écoutez, je pense que les planteurs doivent être un peu plus optimistes qu?ils ne le sont actuellement. Nous sommes en train de passer par une zone de turbulence mais le calme reviendra après.

● <B>Comment les choses retourneront-elles à la normale si dès le départ, vous accusez une baisse de 40 % de vos revenus ? </B>

39 %. Et nous ne savons pas si ce chiffre sera maintenu ou sera revu à la baisse. Le ministre de l?Agro-industrie va en discuter avec les autorités concernées et le Parlement européen va se réunir la semaine prochaine. Mais je ne suis pas sûr qu?une décision finale sera arrêtée dans un proche avenir. Et je dois dire que l?Union européenne n?est pas en train de prendre l?aspect humain en considération?

● <B>?Justement alors que tout le monde est inquiet, vous donnez l?impression de prendre la situation à la légère?</B>

Ah non ! Je suis inquiet mais je me concentre sur les options que nous avons, c?est-à-dire, comment combattre le problème.

● <B> Et comment allez-vous faire cela ? </B>

Il nous faut nous regrouper. Vous savez, les petits planteurs ont un lien émotionnel avec leur terre. Ils ne voudront pas voir leur terre dans les mains d?autres personnes. Ce regroupement est important. La question est de savoir comment y procéder. Cela doit se faire d?une façon que le propriétaire d?un terrain en reste le propriétaire.

● <B>On avait l?impression que les petits planteurs sont contre le regroupement ? </B>

Non, je ne suis pas contre mais nos conditions doivent être satisfaites. Car voyez-vous, c?est notre seule façon de combattre la baisse du prix du sucre puisqu?il nous faut impérativement baisser nos coûts de production. Nous n?avons pas le choix si nous voulons que l?industrie sucrière soit viable. C?est l?industrie qui apporte au pays la majorité de ses devises et elle est primordiale.

● <B>Et vous pensez que l?industrie sucrière va garder cette place dans notre économie ? </B>

Bien sûr. Mais nous devons commencer à réfléchir comment faire usage des dérivés de la canne. Mais il ne faudrait surtout pas que les planteurs obtiennent un prix dérisoire pour la bagasse et la mélasse. J?aurais aimé voir les planteurs devenir des actionnaires de la centrale thermique par exemple. Nous devrons devenir des partenaires de l?industrie, un peu comme à la State Investment Trust.

● <B>Est-ce que dans votre coopérative, il y a des planteurs qui ne veulent plus cultiver la canne à sucre ? </B>

Certains, oui. Je vous donne un exemple. Un arpent rapporte à peu près 35 tonnes. Mais il n?y a pas de profits puisque les dépenses dépassent de loin les gains. Donc, ce n?est pas étonnant qu?ils veulent baisser les bras. Mais ils doivent comprendre que s?ils se regroupent, ce sera plus facile ; ils dépenseront moins et gagneront plus. Mais j?espère qu?avant que ces planteurs décident d?abandonner, les autorités concernées iront vers eux pour leur expliquer quelles sont leurs options. Car abandonner la terre n?est certainement pas une solution. La canne à sucre est multifonctionnelle.

● <B>Mais le découragement est bel et bien là ? </B>

Oui parce qu?ils n?ont pas assez d?informations.

● <B>Donc vous dites qu?il n?y a, en fait, pas de problème et qu?il n?y a aucune raison de baisser les bras ? </B>

Effectivement. Surtout qu?au niveau de la fédération, nous essayons de baisser les coûts de production par tous les moyens. Par exemple, le prix des fertilisants, des herbicides, des pesticides. Nous faisons cela en concertation avec les ministères des Coopératives et de l?Agro-industrie qui nous ont assurés de leur soutien.

● <B>Le soutien du gouvernement et de la MSPA est-il là dans les faits ? </B>

Ah oui ! Que ce soit du côté du gouvernement et des grands producteurs. Je leur tire mon chapeau. La MSPA a réalisé que dans des telles circonstances, elle ne peut pas continuer à nous catégoriser en termes de grands, moyens et petits planteurs. Et je leur ai dit que si ces 40 000 planteurs arrêtent de produire la canne à sucre, comment leurs usines vont-elles fonctionner ? Ne vont-ils pas faire des pertes ? Est-ce qu?ils auront autant de bagasse, de mélasse ? Et ils sont d?accord avec mon point de vue. Nous travaillons tous ensemble pour résoudre le problème et je pense que les petits planteurs doivent maintenant comprendre que chacun doit jouer son rôle.

● <B>Qu?est-ce que cela veut dire ? Qui n?est pas en train de jouer son rôle ? </B>

Écoutez, il faut comprendre une chose. Pour le planteur, sa plantation est son occupation, son passe-temps. Il se lève tôt tous les matins, il va dans sa plantation. C?est un lien émotionnel. La plantation est plus qu?un gagne-pain. Le planteur aime sa plantation. C?est la culture de la canne à sucre qui m?a permis d?être ce que je suis aujourd?hui, qui a été à la base de l?éducation et du succès de beaucoup de Mauriciens. Et ils ne veulent pas abandonner leurs plantations car ils pensent qu?ils pourront continuer la gestion de leurs plantations comme ils ont l?habitude de le faire. Ils ne comprennent pas ce que veut dire la libéralisation, la globalisation. Ils ne comprennent pas que les choses évoluent.

● <B>Le petit planteur moyen mène-t-il une vie confortable, financièrement ? </B>

(Hésitations?) De nos jours, je pense que oui. Mais ils ont aussi beaucoup sacrifié. Un planteur n?a pas le temps d?aller passer un week-end à la mer par exemple. Ils sont toujours dans leur plantation à contribuer au développement de ce pays mais qu?est-ce qu?ils ont en retour ? Rien, pas de pension à part la pension de vieillesse. Maintenant on parle d?un «Trust Fund» pour les planteurs. J?espère que cela deviendra une réalité.

● <B>Je reviens à la crise. Pourquoi n?a-t-on pas prévu que l?industrie du sucre n?allait pas durer éternellement ? </B>

Comme je vous l?ai dit, beaucoup d?institutions n?ont pas fait leur travail. Ils oublient qu?ils sont financés par le «Cess Fund». Mais le petit planteur ne comprend pas ces choses-là. Essayez de dire à un petit planteur qu?il vend au fait le «raw material» pour le sucre, il vous dira qu?il vend de la canne. Il ne voit pas plus loin.

● <B>J?imagine que vous accueillez favorablement les amendements au «Sugar Industry Efficiency Bill »? </B>

Ah oui ! c?est «long overdue». C?était une injustice. Auparavant, si vous aviez 100 arpents, vous n?aviez pas besoin de payer là «Land Conversion Tax» mais si vous êtes un petit planteur, les procédures et les coûts rendaient la conversion impossible. Aujourd?hui, un planteur peut disposer de son terrain sans problème.

● <B>Il y avait des inquiétudes que beaucoup de planteurs allaient convertir leur terre agricole en terre résidentielle?</B>

Non, je ne pense pas. Je suis un planteur, et je ne le ferai pas. Vous ne pouvez pas construire sur un terrain fertile. C?est un gaspillage. On construit sur des terrains marginaux, pas sur un terrain agricole qui a un bon rendement.

● <B>Mais il y a quand même beaucoup de terrains agricoles marginaux ? </B>

Oui, il y en a. Mais je ne pense pas qu?une personne ira construire une maison au beau milieu des plantations.

● <B>Est-ce qu?il y a une possibilité que les petits planteurs viennent faire de la compétition aux nouveaux morcellements des établissements sucriers ? </B>

Je ne pense pas. Mais ce serait juste parce que la spéculation foncière est un peu trop forte . Si les prix redeviennent raisonnables, ce sera bien, nous serons dans une «win-win situation.»

● <B>Pas pour ceux qui n?arriveront plus à vendre leurs terrains aux prix qu?ils le veulent. </B>

Je vous pose une question : pourquoi certains seraient-ils les seuls à avoir le droit de vous s?enrichir et pas les autres ? N?est-ce pas une injustice ? L?adage «Vivre et laissez vivre» n?est plus valable. Il faut vivre pour que les autres puissent vivre. N

<I>«J?aurais aimé voir les planteurs devenir des actionnaires de la centrale thermique. Nous devrons devenir des partenaires de l?industrie, un peu comme à la State Investment Trust.»

«Vous ne pouvez pas construire sur un terrain fertile. C?est un gaspillage. On construit sur des terrains marginaux, pas sur un terrain agricole qui a un bon rendement.»</I>

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