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Pierre Coignet explique la technique hydroponique
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Pierre Coignet explique la technique hydroponique
Mi-octobre 1980, Bertyco Berthelot rencontre un passionné d?agriculture, disposé à lui faire part de sa maîtrise de la technique d?hydroponique, autrement dit la culture végétale sans terre. Il s?agit de Pierre Coignet. Curieux bonhomme à l?âge incertain quoique bien avancé et dont les jambes demeurent étonnamment sûres. Il se qualifie comme un ?vieux Ratsitatane? ou encore comme un ?vagabond ayant parcouru le monde entier, Chine et URSS exceptées?. Il s?est établi en Afrique du Sud en 1934 et son point de vue concernant l?ancien pays honni de l?apartheid peut surprendre. Voilà pourquoi.
Nous sommes au lendemain de la Grande Dépression économique, ayant suivi le krach de New York du 24 octobre 1929, entraînant des pertes de 7 à 9 milliards de dollars en? 104 minutes. Le prix du sucre tombe à Rs 60 la tonne (Pour la valeur de la roupie de 1930, voir la précédente chronique, intitulée ?Mme Henrisson raconte Gaëtan Duval? dans l?Express du 12 octobre 2005. La roupie de 1930 pourrait valoir plus de cent roupies de 2005). Politiciens et hommes d?affaires tiennent alors un grand meeting au Champ de Mars et font voter par acclamation une motion réclamant une aide financière de la Grande-Bretagne et l?envoi de délégués à Londres pour plaider la cause de l?île Maurice, ruinée par la crise économique. Motion et délégués se heurteront à un refus des plus British.
Dans ce contexte de marasme et de sinistrose, Pierre Coignet termine un stage au Collège d?Agriculture, sans parvenir à trouver un emploi dans une industrie sucrière plus portée à ?fire? qu?à ?hire?. Il décide de quitter son île natale pour l?Afrique du Sud.
Le pays de l?apartheid ? s?étonne Bertyco Berthelot. La réponse de Pierre Coignet n?en est pas moins surprenante : ?L?apartheid était plutôt l?île Maurice de ma jeunesse. En Afrique du Sud, j?ai trouvé une population très accueillante, indépendamment de l?origine socio-économique de l?habitant. C?était très différent de ce que j?avais connu à Maurice. Ici on vivait dans des cloisons étanches. La vie sociale se limitait au cadre familial. Chaque famille était en fait un clan. Bref , on respirait mal?.
Le choix de l?Afrique du Sud s?explique aussi parce que Pierre Coignet y a des contacts. Les chargés de cours au Collège d?Agriculture en disent le plus grand bien. ?Bien sûr tout n?est pas miel?, concède-t-il mais il trouve le « job » que son île natale n?a pu lui offrir.
Prophétique, il pense, en octobre 1980 que l?apartheid sud-africain se dirige vers une mort certaine, avec le Premier ministre Peter Wilhem Botha. ?Des changements rapides sont à prévoir?. Il faudra attendre encore quelques années, soit le 11 février 1989, pour que Nelson Mandela soit libéré et le 10 mai 1994 pour qu?il devienne le président vénéré de l?Afrique du Sud et la figure de proue d?une Afrique pouvant en remontrer au reste de l?humanité.
Pierre Coignet se passionne pour l?agriculture dès son plus jeune âge. Cet amour inné pour les plantes, les animaux mais surtout pour les indigents lui sont inculqués par les RR.PP. Jean Marie Pivault, C.S.Sp., (Arzal, Morbihan, 23 mai 1873 ? Presbytère Sainte-Hélène, Curepipe, 30 avril 1952) et Charles Neyroles, S.J., (Marvejols, Lozère, 21 août 1863 ? Résidence Saint-Ignace, Rose-Hill, 26 juin 1943). Ils prêchaient que l?aumône donnée aux pauvres est insuffisante. Elle doit s?accompagner de charité chrétienne mais aussi de conseils leur apprenant à gagner leur vie honnêtement en cultivant des légumes et autres plants utiles. Ils pratiquaient ce qu?ils prêchaient et offraient sous et semences aux pauvres qu?ils visitaient, expérimentant du même coup la ?charité hydroponique?.
Avant son départ, Pierre Coignet cultive, dans le potager familial, tout ce qu?il peut, des fleurs au caféier. L?Afrique du Sud lui offre les terres que ne peut mettre à sa disposition son île natale. Il aménage successivement une ferme laitière, des cultures vivrières, une rizière avant de devenir un spécialiste de la culture hydroponique.
Nombreux sont nos politiciens et les techniciens croyant l?avoir découverte en 2005. Plus nombreux sont, heureusement, les pionniers à l?expérimenter localement mais dans l?indifférence générale, sans égard aucun pour son procédé révolutionnaire surtout quand on l?applique dans une île de 1 865 kilomètres carrés où l?on permet allégrement au béton et au bitume de bouffer à la vitesse Grand V les meilleures terres agricoles.
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