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Bullying dans une école primaire de Curepipe
«Le jour où il n'est pas là… tout le monde est content»
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Bullying dans une école primaire de Curepipe
«Le jour où il n'est pas là… tout le monde est content»
Quand il n'est pas là, on le sait tout de suite. Dans la cour de récréation d'une école primaire confessionnelle à Curepipe, il suffit d'observer les visages des enfants pour deviner si le meneur d'un petit groupe accusé de harceler ses camarades est présent ce jour-là ou non. «Le jour où il n'est pas là, ça c'est waow ! Tout le monde est content», confie une mère de famille dont le fils partage la classe de l'enfant désigné par plusieurs parents comme le meneur. Elle ne parle pas de colère. Elle parle de soulagement, celui qu'elle observe chez son propre fils en fin de journée, à son humeur, à sa manière de rentrer à la maison.
C'est ce climat, fait moins d'éclats que d'usure, que cinq parents d'élèves de cette école primaire de Curepipe ont accepté de parler à l'express, sous couvert de l'anonymat, par peur de représailles. Selon leurs récits, la situation dure depuis 2022, sans qu'aucune action n'ait été prise. Au téléphone, c'est moins la colère que le désespoir et la lassitude qui se font entendre. Le dernier épisode en date remonte au mardi 30 juin : un des parents raconte que son fils a été brutalisé, une situation qui, selon plusieurs témoignages, se répète presque quotidiennement.
Système de peur et de servitude
Plusieurs enfants seraient contraints d'obéir à des ordres sous peine de représailles. Une mère de trois enfants scolarisés dans l'établissement raconte comment son fils, jusque-là «un enfant très calme, tranquille, comme tous les autres», s'est retrouvé pris dans cet engrenage. «Il dit à mon fils : va chercher mon sac. Va remplir ma bouteille, sinon je vais aller dire au bureau que tu as fait ça. Va frapper tel enfant, sinon tu auras des problèmes toi-même.» Une autre mère, dont le fils fréquente la même classe que l'élève mis en cause confirme l'ampleur de la peur qu'il inspire à ses camarades. «Il frappe presque tous les enfants de l'école. Il ne regarde pas l'âge, il ne regarde rien», affirme-t-elle. Elle ajoute que quand il ne vient pas à l'école, «tous les enfants sont contents. Même mon fils, il est content.»
Des signalements répétés, sans résultat
Les parents interrogés décrivent tous le même sentiment d'être convoqués à l'école pour être «entendus», sans jamais voir de suite concrète. «On part à l'école et la maîtresse d'école déclare qu’elle va mener l’enquête et faire un rapport. Après, on ne voit rien qui change», raconte une mère. Elle affirme aussi que sa propre mère a contacté le Service diocésain de l'éducation catholique (SeDEC) et a écrit à l’évêché, «mais rien, rien du tout.» Un père, dont le fils fréquente l'établissement depuis trois ans, dresse un constat comparable après plusieurs changements de direction. «Il y a eu plusieurs changements de directeur. Et chacun m'a fait comprendre qu'il allait prendre les choses en main. Mis à part l'ancien directeur, qui avait fait un peu la différence, les autres le prennent vraiment à la légère», dit-il. Il évoque également une attitude défensive de certains enseignants face aux parents: «Ils nous disent que c'est notre fils le fautif.»
Plusieurs parents évoquent une réticence du personnel enseignant à agir fermement contre certains élèves. Une mère avance que l'enseignante en charge de la classe de son fils craindrait le père de l'un des enfants mis en cause, connu selon elle pour se montrer menaçant lors de ses visites à l'école. Il serait même venu une fois à l’école armé.
Face à l'absence de réponse institutionnelle, certains parents ont tenté de prendre les choses en main, en vain. Malgré de multiples appels à la direction et au SeDEC, aucune action concrète n'a suivi. Ce n'est que récemment que plusieurs parents auraient appris qu'ils étaient en droit de déposer une plainte écrite officielle. À croire que, pendant des années, ces enfants ont subi des violences parce qu'aucun signalement n'a été pris assez au sérieux pour provoquer un changement.
Le père interrogé raconte s'être posté devant la grille de l'école à l’heure de la récréation pendant plusieurs années pour surveiller lui-même la situation. Il dit avoir relâché sa vigilance lorsqu'un ancien directeur a mis en place des surveillants dans la cour. «C'était une très bonne chose. J'ai diminué la fréquence de mes visites», se souvient-il. «Et puis, lorsque la direction a changé, rebelote.»
Les témoignages recueillis ne convergent pas tous vers un seul et même enfant. Si plusieurs parents citent le même élève comme le meneur principal, d'autres évoquent des camarades différents, parfois eux-mêmes contraints d'agir sous la menace, mais impliqués dans des incidents plus récents.
Au-delà de la violence elle-même, c'est l'ensemble du fonctionnement de l'établissement que les parents rencontrés remettent en cause. En sus des attitudes susmentionnées, dans plusieurs récits, il est dit que des professeurs empêcheraient des élèves d'aller aux toilettes. «On l'empêchait d'aller aux toilettes. Elle faisait pipi dans ses vêtements. J'ai dû envoyer des vêtements de rechange», raconte une mère au sujet de sa fille.
Nous avons tenté de contacter la direction de l'école concernée, en vain. De son côté, le SeDEC dit suivre l'affaire.
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