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« J?étais persuadée que j?avais été choisie pour mes compétences »

9 octobre 2005, 00:00

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<B>Que ressent-on lorsqu?on reçoit une lettre de licenciement aussi laconique ? </B>

Cela a été un choc profond. Je ne m?attendais pas à ça et je ne m?y étais pas préparée. Je dois souligner que les officiels du ministère de l?Éducation qui ont traité avec moi ont été plus que corrects dans leur manière de procéder. J?ai vraiment pris du temps avant de bien saisir les implications de la lettre : « With immediate effect. »

<B>Qu?avez-vous fait en recevant ce courrier ? </B>

J?ai mis les responsables des différents départements du MGI au courant du contenu de ma lettre de révocation. Le « with immediate effect » créait une situation particulièrement difficile, car il n?y avait personne prévue pour assurer la coordination du MGI après mon départ.

<B>Comment a réagi votre mari ? </B>

Comme moi, il ne comprenait pas. Pour lui, la seule raison, c?était une vendetta politique.

<B>Pensez-vous également qu?il s?agit d?une vendetta politique ? </B>

J?ai beau tourner et retourner le problème dans ma tête, c?est la seule explication possible. J?attends de ceux qui ont pris la décision de me licencier qu?ils me donnent l?explication. Tous mes collaborateurs ont été choqués par cette décision brutale et sans explication. J?avoue qu?en recevant ma lettre de révocation, j?étais dans un tel état que je ne me suis pas arrêtée pour essayer d?avoir une lecture « politique » de mon licenciement, surtout que, bien qu?épouse d?un politicien, je n?ai jamais participé ou été présente à quelque manifestation politique partisane que ce soit.

<B>N?y avait-il aucun signe avant-coureur de votre licenciement ? </B>

Non, pas le moindre. Je me flattais d?avoir été nommée après un appel à candidatures public et après une entrevue. J?étais persuadée que j?avais été choisie pour mes compétences et pour rien d?autre?

<B>Qu?attendez-vous aujourd?hui de ceux qui vous ont licenciée ? </B>

Deux choses : d?abord, qu?on comprenne bien que j?ai passé vingt-neuf années au MGI et que j?ai droit, à mon départ, à des bénéfices et autres avantages. Je dois être informée, par exemple, du montant de ma pension. Toutes ces questions doivent rapidement être réglées. Ensuite, j?aimerais que l?on nomme la personne la plus compétente qui soit au MGI.

Je souhaite très sincèrement que celui ou celle qui va en prendre la tête réussisse dans cette tâche difficile, mais combien exaltante.

<B>On a parlé de possibles actions légales de votre part. Allez-vous contester votre renvoi ? </B>

Non. Il faut savoir que le Labour Act prévoit des procédures précises dans des cas de licenciement. Je vais agir en vertu des procédures prévues par la législation et réclamer que l?on me communique ce qui m?est dû, car je ne peux pas me retrouver sans rien?

<B>Vous n?allez donc pas entrer une action en justice ? </B>

Je suis quelqu?un qui n?aime pas les actions d?éclat. Je me retrouve, malgré moi, au centre d?une situation pénible. J?exige simplement que l?on me donne les informations que je recherche. Si je n?obtiens pas satisfaction, je verrai alors comment procéder. J?avoue être quelqu?un qui est heureux quand on parle de ce que le MGI accomplissait, mais je déteste que l?on parle de moi. J?aime faire la part des choses.

<B>Quel est votre bilan à la tête du MGI ? </B>

J?ai été nommée à un moment particulier de l?histoire du MGI, quand la décision a été prise, dans le cadre de la réforme éducative, de construire d?autres établissements secondaires MGI. Nous avons dû alors consacrer beaucoup d?énergie pour travailler avec les responsables de ce secteur, et cela a été un travail exaltant. Nous voulions vivre pleinement le fondement même de l?esprit de Gandhi : le souci pour les plus pauvres et les défavorisés, exclus du système éducatif.

Un autre point que je désire souligner : la réflexion profonde menée au sein du MGI, sur son rôle en tant qu?institution disposant de formation supérieure. Cette réflexion de fond comporte deux axes. D?abord, il y a eu une réflexion menée avec les responsables des différents départements, sur les options offertes par le MGI et les secteurs vulnérables. Nous avons cerné tous les problèmes liés à la pertinence et/ou l?updating de la formation que nous assurons en langues orientales.

La deuxième étape, qui doit maintenant être mise en chantier, concerne l?action et l?application de cette réflexion. J?avoue que j?ai un pincement au c?ur de savoir que je ne serai pas associée à cette étape. Je suis sûre que tous ceux qui ont participé activement à la réflexion initiale sauront prendre les décisions pratiques qui s?imposent.

<B>« Bien qu?épouse d?un politicien, je n?ai jamais participé ou été présente à quelque manifestation politique partisane que ce soit. »</B>

<B>Quels projets vous tiennent à c?ur ? </B>

Avant de quitter le MGI, mercredi, j?ai eu l?occasion de dire à mes anciens collaborateurs les trois projets que je considère importants.

Le premier : la création, au MGI, d?un Language Resource Centre, qui serait un centre de référence pour la recherche, l?information, et de base de données où l?on pratiquerait les langues présentes tant à Maurice que dans la région océan Indien. Dans un pays avec une importance linguistique énorme comme Maurice, cette structure va se mettre au service du combat contre la ghettoïsation, et de l?utilisation des langues de manière plus dynamique. Soulignons que le MGI a signé un Memorandum of Understanding avec le Central Institute of Indian Languages de Mysore, un organisme gouvernemental indien qui nous soutient tant au niveau de l?expertise que financier.

<B>Et les deux autres projets ? </B>

Nous avons approfondi notre réflexion sur la formation théâtrale pour créer une Drama Studies Unit. Nous voulions ajouter le théâtre à la musique et à la danse, que nous offrons déjà. Notre objectif était de travailler grâce aux cultures et aux langues. Nous voulions offrir une formation technique et appliquée.

Le dernier projet est le plus ambitieux et concerne les autrement capables. Il faut savoir que notre département d?Extra-Mural Studies travaille depuis des années avec des enfants ayant un handicap physique ou mental, à la danse, à la musique et à s?exprimer par l?art. Notre désir est d?offrir un service professionnel à ces jeunes handicapés pour explorer leur créativité. Ce sera une manière de donner une dimension concrète à la philosophie du Mahatma Gandhi. Cela fait pleinement partie de la mission du MGI.

<B>Comment allez-vous meubler vos journées ? </B>

D?abord, je suis en train de terminer un certain nombre d?articles pour des revues spécialisées dans l?art, et de rédiger quelques interventions dans des conférences et séminaires d?universitaires où j?avais prévu de participer. Ensuite, je vais avoir plus de temps pour réfléchir à des projets de ballet. J?explore actuellement tout ce qui amène la rencontre sur le plan artistique et culturel de la danse indienne et occidentale. J?ai maintenant plus de temps pour m?y consacrer?

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