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Ces éternels retardataires
Sanctionner ou annuler les sanctions appliquées contre les fonctionnaires qui arrivent en retard à leurs postes est un sujet qui est remis sur le tapis avec l’arrivée du nouveau gouvernement. On se souvient que, depuis janvier 2004, les fonctionnaires retardataires étaient retenus jusqu’à 16 h 30. On sait également qu’il existe des mesures telles que déduire les heures de retard des onze jours d’Annual Leave ou des 30 jours de Vacation Leave, sans parler de réduire les salaires. Comment faut-il se comporter avec un retardataire ?
Faut-il faire comme Air Mauritius, ne plus tolérer ces passagers qui pénalisent les autres et exiger que les voyageurs soient présents à l’aéroport trois heures avant le départ au lieu de deux, sous peine de devoir prendre le prochain vol ? Faut-il faire comme pour l’enregistrement des cartes SIM, donner une dernière chance aux retardataires avant de les déconnecter ? Faut-il automatiquement imposer une amende, comme c’est le cas pour ceux qui ne soumettent pas leur déclaration de revenus à temps ? Entre brimer et tolérer, il est impératif de trouver le juste milieu.
Quand avez-vous été en retard pour la dernière fois ? Pas la peine de se cacher, ce phénomène touche à peu près tout le monde, de l’enfant qui rend ses devoirs, à l’adulte qui ne paie pas ses factures à temps. Tout le monde y passe, au moins de temps en temps.
Toutefois il y a retard et retard. Il existe des gens qui les accumulent sans cesse, les consistently late, comme on les appelle dans la fonction publique. Ils sont en retard pour tout : ils arrivent au bureau quinze minutes après l’heure prévue, ne sont jamais à l’heure à leurs rendez-vous, soumettent leur travail après les délais fixés, remplissent leur déclaration de revenus à la dernière minute. Qui plus est, ils trouvent toujours de bons prétextes pour se justifier : les embouteillages, la gestion de la famille, « trop de travail » etc. Il y en a d’autres qui, à force de croire qu’ils ont largement le temps, finissent par se retrouver dépassés à la dernière minute.
D’où vient cette « manie » ? « C’est une question d’organisation, de discipline, de respect envers les autres et de volonté », avan-ce la psychologue Juliette François. Certaines personnes ne savent pas établir leurs priorités et planifier leur emploi du temps.
D’autres ont pris l’habitude de re-pousser les tâches, elles y pensent mais n’arrivent pas à démarrer. Quand il n’y a pas de motivation, on tarde également. Le pire, ce sont ces personnes qui ne sont pas conscientes des conséquences de leurs retards. Elles ne réalisent pas que cela a une influence sur l’emploi du temps d’autres gens. Sans parler de ceux qui aiment se faire désirer.
« Pour prévenir les retards, il faut avoir impérativement le sens de l’anticipation »
Pour gérer ses retards, il faut avoir impérativement le sens de l’anticipa-tion : prévoyez le temps du trajet, les embouteillages, quand vous avez une sortie, prévenez si vous serez en retard, donnez-vous, pour chaque tâche, un temps limite à ne pas dépasser. Et quand le retard chronique est fréquent même chez les personnes organisées, il faut aller au plus profond des choses et livrer bataille sur deux fronts : gestion du temps et facteurs psychologiques. Pour en finir avec cette habitude, il faut déjà que les éternels retardataires agissent… sans plus tarder.
CE QU’EN PENSENT LES PATRONS
■ Erika Bouchereau, directrice de l’agence de la Banque des Mascareignes à Grand-Baie :
« Je suis très à cheval sur la ponctualité, c’est très important pour moi, et je ne tolère pas les retards. Si une personne a un problème et arrive en retard une fois, je laisse passer, je ne suis pas à ce point rigide. Mais si le problème devient récurent, ça ne va plus. Je convoquerai la personne dans mon bureau pour discuter calmement afin de comprendre d’où vient le problème et essayer de trouver des solutions. Je pense que les retardataires sont des personnes qui sont mal organisées. Certaines d’entre elles habitent plus loin et réussissent malgré tout à arriver à l’heure, comment font-elles ? Le fait de ne pas être ponctuel représente aussi un manque de respect par rapport aux autres et à la hiérarchie. Être en retard constamment au travail peut avoir des répercutions sur le bon déroulement de celui-ci. Quand on arrive à l’heure, on a le temps de s’asseoir, d’allumer son ordinateur et de commencer à travailler dans le calme. Par con-tre si on est en retard, on est abruti, stressé, pressé et cela suffit à gâcher la journée ! »
■ Jérôme Appavoo, partenaire chez Appavoo & Associates.
« Je suis intransigeant avec les employés, mais tout dépend du secteur dans lequel ils travaillent. Nous avons des deadlines à respecter, c’est pour cela qu’un simple retard peu nous causer du tort. Chaque personne travaille en autonomie, mais les fonctions sont toutes liées les unes aux autres. Si par exemple un chef de département arrive en retard alors qu’il devait faire un travail, cela va obliger le reste de l’équipe à prendre du retard. Dans notre entreprise nous avons un système de cartes de pointage, et au bout de trois retards, la personne est convoquée dans le bureau de son chef de département. Si cela persiste, c’est avec moi que la personne viendra discuter. Nous allons essayer de trouver en-semble les raisons de ces nombreux manquements et proposer des solutions. Dans ma démarche, je culpabilise souvent l’employer dans le but de le sensibiliser, lui dire qu’il pénalise beaucoup de gens en étant en retard. En général ça marche un certain temps. Mais si le problème devient vraiment grave, c’est au directeur des ressources humaines de prendre des sanctions. »
QUESTIONS A JULIETTE FRANÇOIS, PSYCHOLOGUE
« Le retard chronique relève de la procrastination »»
À quoi reconnaît-on un retardataire ?
C’est quelqu’un qui est toujours en train de courir car il se retrouve à faire les choses à la dernière minute. En principe, il s’est maintes fois promis de tout faire pour que ça ne lui arrive plus, il a beau régler sa montre en avançant l’heure, mais il est toujours en retard. Et s’il lui arrive d’être ponctuel au travail, il est en retard aux réunions, au rendez-vous. Il a des phrases toutes faites, se confond toujours en excuses du genre « il y avait un bouchon », « je voulais vous appeler mais je me suis dit que je serais encore plus en retard ». Il est persuadé qu’il est plus performant quand il est sous pression. Si quelqu’un peut s’identifier à deux ou plus de ces caractéristiques, c’est qu’il a un problème avec la ponctualité.
Peut-on dire que c’est une maladie dans les cas des éternels retardataires ?
Le retard chronique ne relève pas d’un diagnostic psychiatrique. Il est relié à la procrastination. Les retardataires et les « procrastineurs » n’ont pas de problèmes avec le temps, mais avec l’autodiscipline. Ils ont peut-être aussi un problème d’anxiété concernant les choses qu’ils doivent faire. Renvoyer sans cesse des choses qui les stressent, comme un rendez-vous chez le médecin, une situation nouvelle, est leur façon de faire face à leur anxiété. Mais si une personne est en retard pour une affaire de routine qui ne la stresse pas, le problème est une question de discipline.
Y a-t-il des solutions ?
Si vous voulez venir à bout de votre habitude d’être en retard, ce n’est pas seulement en mieux planifiant votre emploi du temps que vous y arriverez. Vous devez d’abord comprendre comment fonctionne votre mécanisme de pensée, comment il s’arrange pour saboter vos efforts pour être à l’heure en faussant vos priorités. Il faut éliminer ce qui entrave vos projets, vous donner des gratifications qui pourraient vous encourager à accomplir votre travail, revoir vos attentes, vos priorités, accepter qu’il y a des choses que vous ne pouvez pas changer, et apprendre également à gérer le temps.
À FORCE DE TOUT REMETTRE A DEMAIN…
Il y a ceux qui écrivent une lettre mais ne l’affranchissent que trois semaines après. Il y en a d’autres qui contemplent leurs devoirs pendant des jours avant de s’y mettre. Il y a aussi ceux qui n’arrêtent pas de faire une pause au lieu de s’attaquer au problème. Résultat : ce qu’ils devaient entreprendre reste inachevé, ils se con-fondent alors en excuses pour expliquer leur retard.
Êtes-vous du genre temporisateur, c’est-à-dire, à remettre invariable tout au lendemain, à retarder les choses, à remettre à plus tard la réalisation de projets importants ? Vous faites donc partie de ceux que l’on appelle les procrastineurs.
Vous avez tendance à ruminer, à envisager de faire les choses mais sans pour autant passer à l’action. Vous avez un travail à faire mais vous vous sentez tellement submergé que vous repousser les échéances. Vous négligez de vous occuper à temps de vos finances au point de devoir verser des intérêts pour avoir payé vos factures en retard. Les gens qui craignent de passer à l’action ont en général une idée erronée du temps qu’il faudra réellement pour accomplir les tâches qui les rebutent. En fin de compte, ils se sentent angoissés et coupables et n’arrivent pas à atteindre leurs objectifs dans les temps.
« Temporiser n’est pas une question de personnalité ou de caractère ! Il s’agit simplement d’une habitude, d’une attitude mentale », explique Rita Emmett, conférencière en matière de procrastination (parmi ses clients, on compte la société Merce-des Benz).
Elle propose dans son livre Ces gens qui remettent tout à demain (en vente chez Bookcourt), des conseils pour identifier les causes de procrastination, planifier et organiser de façon efficace votre emploi du temps, apprendre à vous acquitter facilement des tâches désagréables. Parmi les solutions qu’elle propose : maîtriser son discours intérieur qui est à l’origine des excuses et des prétextes (du genre « je travaille mieux sous pression »), morceler le travail pour ne pas se sentir débordé, se fixer des délais intermédiaires, etc.
LES BONS ALIBIS
Le « Soundcover »
Ce matin encore vous êtes en retard ? Toujours au lit ou toujours en train de prendre votre café ? Il faudra appeler une fois de plus votre patron pour le prévenir de votre retard. Pour vous aider à être plus convaincant, un gadget a été conçu. Le logiciel Soundcover peut vous aider à fournir une explication plausible. C’est un « outil » pour le moins ingénieux élaboré par Liviu Tofan, un exilé roumain installé près de Munich. Il a pour particularité, une fois que vous l’avez installé sur votre portable, de créer un environnement sonore qui vous permet de faire croire, par exemple, que vous êtes chez le dentiste, coincé dans un embouteillage ou encore que vous vous trouvez sur un chantier. Résultat : il est possible de faire croire, depuis son lit, qu’on est bloqué quelque part. Ce logiciel, qui se vend comme des petits pains à 15 euros via Internet, est en quelque sorte l’outil idéal pour vous créer des alibis lorsque vous êtes en retard. De quoi pouvoir roupiller tranquillement !
Cartes de vœux en retard
Comme pour chaque événement, vous êtes en retard pour adresser vos vœux à vos amis ou à vos parents. Pas de panique, il existe des atouts pour vous faire pardonner. Les cartes de vœux vendues en librairie ou sur le Net ne manquent pas d’imagination pour vous excuser. Les messages du genre « Moi j’aime bien envoyer mes cartes un peu plus tard que les autres… parce que je suis toujours plus remarqué » ne laissent pas indifférents. Nos coups de cœur dans toute la galerie : cette carte avec une tortue et qui dit « La nature m’a fait lente… vraiment lente. Bon anniversaire en retard. ». Il y a cette autre qui montre quelqu’un est dans l’ascenseur et puis soudain, c’est le black out. La carte dit : « Oops, sorry ce n’est pas de ma faute. » La plus astucieuse, c’est la carte qui dit : « Tu dois croire que j’ai raté ton anniversaire et que je t’envoie cette carte trop tard. Eh bien cette carte est en avance, elle n’est pas en retard, elle est en avance pour ton anniversaire l’année prochaine. » Finalement, envoyer ses vœux en retard semble plus marrant.
COMMENT REAGIR FACE A EUX ?
Il est parfois gênant de se mettre en colère contre un collègue qui arrive en retard, mais ce serait lui rendre un service que de mettre les choses au point. Il faut attirer son attention sur ce problème, car si les retards ne sont souvent qu’un détail pour les retardataires, ils peuvent constituer un problème pour ceux qui le subissent. D’abord manifester son désagrément lorsque quelqu’un arrive en retard. Il faut qu’il soit conscient que son retard perturbe. Ne jamais attendre les retardataires pour une réunion. Quand ils arrivent et s’excusent, surtout ne pas répondre « ce n’est pas grave, on vient à peine de commencer ». Mieux vaut répondre à leurs excuses par le silence. Les commentaires au coup par coup ne sont pas toujours suffisants.
Il faut donc recourir aux explications en tête-à-tête pour leur faire comprendre que leur arrivée tardive gêne le travail. Leur faire comprendre que leur comportement signifie qu’ils accordent peu d’égard et d’attention aux autres, qu’on ne pourra plus compter sur votre tolérance Essayer de voir quels sont ses problèmes d’organisation, quelles sont les causes de ses retards. Bref faire comprendre qu’après l’heure ce n’est plus l’heure.
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