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Avancer sans jeter les baguettes (chinoises)

11 septembre 2005, 20:00

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La visite à Maurice du vice-Premier ministre chinois, Ji Peng-Fei, suscite de nombreux commentaires sur les éléments et l?importance de cette présence chinoise sur le territoire mauricien. Une des plus pertinentes et qui n?a rien perdu de son acuité, un quart de siècle plus tard, est celle de Joseph Tsang Mang Kin qui recommande à tous d?avancer certes mais sans jeter leurs baguettes. Que deviennent les enfants des différentes générations d?immigrés chinois ? Comment s?effectue leur implantation dans la société mauricienne ? Sont-ils davantage chinois ou mauriciens ? Notre diplomate ne voit aucune ambiguïté dans la personnalité du Mauricien d?origine chinoise. Il y a en lui deux composantes indissociables : sa mauricianité et sa sinité. On est diplomate ou on ne l?est pas et le futur ministre des Arts de Navin Ramgoolam ne précise pas s?il est possible que sinité précède ici mauricianité. Ce qui ne manquerait pas de relancer le débat.

Joseph Tsang Mang Kin rappelle que Sir Harold Barnwell, président d?une commission d?enquête, chargée d?étudier les réformes à apporter à notre système électoral, posa la question dans les années 1965 : qu?est-ce qu?un Sino-Mauricien ? Sa réponse fait référence à (i) l?appartenance à un clan et (ii) à un mode de vie.

L?appartenance à un clan est une unité sociale réunissant un ensemble de familles portant le même nom. Maurice compte une soixantaine de clans chinois dont les plus nombreux sont les Li, les Ng, les Chan et les Lim. Le nom du clan se trouve à la première syllabe des noms tri-syllabiques. Sur plusieurs fiches d?état civil, les noms du clan disparaissent en raison de l?ignorance et de la maladresse d?officiers d?état civil.

Le mode de vie se rattache principalement aux célébrations semestrielles, en mars et en septembre, du culte des ancêtres. On organise à cette occasion des banquets réunissant les membres du clan, quel que soit leur âge, des plus jeunes aux plus vieux. La participation au banquet dépend essentiellement de l?appartenance au clan.

Cela paraît simple mais ne l?est pourtant pas. Joseph Tsang Mang Kin cite un ami diplomate qui lui confie un jour : « A vous voir, Mauriciens d?origine chinoise, on conclut que vous êtes chinois mais en fait vous ne l?êtes pas ». La remarque séduit Tsang Mang Kin qui voit dans ce refus de sinité l?apparition de la mauricianité de ses compatriotes (?). Il voit dans cette mauricianité tout ce que les Mauriciens d?origine chinoise reçoivent des autres communautés ethniques formant la nation arc-en-ciel mauricienne. Cet apport exogène concerne la langue, la culture, la religion. Mais aucun Mauricien ne saurait refuser à ses compatriotes d?origine chinoise une sinité que soulignent la couleur de leur épiderme, la forme de leurs yeux et de leurs traits.

Les Mauriciens d?origine hakka ou cantonaise ont conservé leur langue ancestrale. En revanche, le fonkienois n?est guère plus parlé à Maurice. Les locuteurs hakka ou cantonnais appartiennent aux anciennes générations et sont peu nombreux. Ils parlent chinois à leurs enfants qui leur répondent en créole. Le dialogue devient difficile sinon impossible. Il ne porte que sur les besoins essentiels. De plus l?importance des langues orientales et universelles incite les parents à délaisser la langue chinoise pour mieux imposer à leurs enfants l?étude de l?anglais et du français. Ils répondent en cela à un réflexe d?adaptation tout à fait chinois. De ce fait, les enfants d?origine chinoise ne connaissent guère la littérature chinoise d?hier ou d?aujourd?hui. Joseph Tsang Mang Kin observe qu?un hooligan anglais n?ayant jamais lu le moindre verset du théâtre ou des poèmes de Shakespeare n?en est pas moins un Anglais. Les jeunes Mauriciens d?origine chinoise ne savent pas grand-chose de la géographie et de l?histoire de la Chine. Ils s?intéressent davantage à l?étude de leurs matières scolaires et, bientôt, l?histoire, la géographie, la langue, la littérature de la Grande-Bretagne ou de la France leur deviennent plus familières que les réalités chinoises correspondantes. La musique chinoise trouve difficilement grâce à leurs oreilles. ?Nés, à la veille de l?Indépendance et loin de Chinatown, ils n?ont pas connu les sanglots longs des violons et des pipas qui, tard le soir, transportaient le quartier sur les bords de Han Jiang?, remarque poétiquement le futur auteur du ?Grand chant hakka?. Les danses chinoises continuent à embellir nos célébrations. Les troupes continuent de venir de Chine et nous sommes nombreux à les applaudir. Mais on n?est pas moins chinois même si on n?excelle pas dans les danses du folklore et du répertoire chinois.

Il faut donc chercher ailleurs la sinité de la communauté d?origine chinoise. Joseph Tsang Mang Kin offre quelques pistes pouvant surprendre, comme le goût pour les jeux de hasard. Mahjong ou sapsiwaï, les Chinois aiment jouer et ce goût du risque les prédispose au commerce.

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