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Un demi-siècle avec Pepsi
Une campagne publicitaire évoque aujourd?hui le premier demi-siècle d?implantation à Maurice de la boisson gazeuse Pepsi Cola. Elle fait de la concurrence, à partir de septembre 1955, à sa s?ur aînée de la marque Coca Cola, boisson déjà très prisée par les Mauriciens de tous âges et mises en chopine King and Small Size par Phoenix Camp Minerals Co Ltd, depuis plusieurs années déjà, au grand dam de la Limonaderie Merven, la référence, jusque-là, en matière de boissons gazeuses.
Pour preuve, nous avons un article de G.A. Decotter dans l?express, en date du 21 août 1980, et où il évoque le train, la gare Victoria, le buffet de la gare, pompeusement baptisé Symposium où des ?platées de choux à la crème et des verres multicolores de limonade Merven attendent les passagers assoiffés?.
Mais si le contenant comme le contenu Pepsi surprennent moins un public mauricien plutôt blasé parce qu?il connaît déjà la petite chopine Coca, son goût indéfinissable mais tellement in, en revanche la nouvelle usine de Quality Beverages de la maison Currimjee Jeewangee à Belle-Rose, le surprend agréablement de par sa modernité et sa transparence. Pensez-y une baie vitrée aussi haute que large, permettant généreusement au public, tant piétonnier que celui se déplaçant par autobus, d?avoir une vue plongeante sur le vaste intérieur nickelé, de voir le défilé des chopines se promenant des robinets remplisseurs à l?appareil les capsulant hermétiquement d?un béret dentelé aux trois bandes tricolores.
Le bâtiment industriel de Belle-Rose compte un demi-siècle d?avance sur toutes les constructions de ce genre, existants alors à Maurice ou qui viendront après. Il ne paraît nullement démodé dans le paysage architectural de l?île Maurice de 2005. Il rivalise toujours avec bonheur avec nos bâtiments les plus futuristes qu?il s?agisse de la cybertour d?Ebène, de la Télécommunication Tower, des bâtiments d?Air Mauritius et bien d?autres encore.
Mais en 1955 et depuis, il impressionne toujours sur la route Royale entre Saint-Jean et Rose-Hill, à la seule différence près que la cour d?usine, au départ, déserte ou presque, offre aujourd?hui un aspect plutôt gare Victoria aux heures de pointe. Le défilé des camions entrant et sortant dans cette cour d?usine fait en tout cas de l?ombre à celui des petites chopines.
La construction de ce grand bâtiment transparent est plutôt rapide quand on sait qu?il faut une quinzaine d?années, à différents gouvernements, pour relier Ebène à la route Vandermeersch à Rose-Hill et vice versa, alors bien qu?on dispose déjà d?un ancien pont ferroviaire.
Abdullabai Currimjee, co-propriétaire de la firme Currimjee Jeewanjee, pose, le 7 janvier 1955, la première pierre de ce bâtiment, pourtant sans pierre ou presque mais déjà demi-centenaire. Il se situe en face du marché de Belle-Rose.
S?élève ensuite un grand immeuble en vitroblocs de la marque Rosacometta. Le toit est en forme de dôme prolongé. La devanture vitrée résistera victorieusement aux cyclones Alix-Carol en 1960, à Jenny en 1962, à Gervaise en 1975, à Claudette en 1979 et à Hollanda en 1994.
Grâce à l?immense baie vitrée, les Mauriciens suivent avec intérêt l?installation des équipements d?embouteillage dans les conditions hygiéniques les plus rigoureuses. Norman J. Shaw de Pepsi Cola International, New York, contrôle leur installation. Ils sont automatisés et exigeront la présence d?un personnel restreint et non allergique au carrousel musical des chopines vides et des chopines pleines, les unes donnant dans l?aigu et les autres dans le grave. Notons la présence d?un inspecteur des chopines. Il est équipé d?un miroir qui réfléchit l?intérieur des dites chopines. Il sera sans pitié pour les fêlées, les ébréchées, les mal lavées, les pas nettes. Nous parlons de chopines, bien sûr.
Les chopines reçoivent leurs doses de sirop, d?eau, de gaz carbonique. Elles sont automatiquement capsulées, agitées, comptabilisées, mises en caisse, soulevées par des fork-lifters, entreposées en attendant le camionnage, la promenade de distribution, la fugace attente sur les étagères ou dans la fraîcheur des réfrigérateurs. Les voilà alors, sagement alignées, attendant le bon vouloir de la clientèle voulant étancher sa soif d?une sherazade de Pepsi, dûment partagé à la ronde car ?entre amis, c?est déjà Pepsi?. Chopines et caissettes viennent de l?Afrique du Sud honnie de l?apartheid. A l?avenir, les caissettes seront made in Mauritius.
Nous oublions de vous entretenir d?une salle voisine où l?eau de la Mare aux Vacoas, qui n?est pas encore celle de la Central Water Authority, est de nouveau filtrée. Ce n?est pas que Belle-Rose n?a pas confiance dans la Marie mais comme le proverbe saharien le dit bien : ?deux filtrages valent mieux qu?un surtout quand il s?effectue loin du regard?. L?eau de la Marie, ainsi refiltrée à Belle-Rose, au moyen de chlore, gravier et sable, est ensuite déchlorinée.
Une troisième salle sert de cuisine au sirop. Préparé dans le secret, il passe au travers d?un filter-press, composé de 26 papiers-filtres. Après quoi, il reçoit sa dose de concentré de ? Pepsi Cola. De là, il est pompé vers les équipements de remplissage. A toute heure du jour, on procède à des tests rigoureux. Chaque mois, une chopine, choisie au hasard, a droit au voyage, en Angleterre, pour être testée par Pepsi International. A partir de janvier 1956, Pepsi International aura un fieldman en permanence à Belle-Rose.
La dictature hygiénique, qui prévaut à Belle-Rose, s?étend à la cantine du personnel. Le personnel a droit à un vestiaire avec petite armoire individuelle, lavabos, douches, patio. On veille même à ce qu?il ne soit pas dérangé par le gros générateur fournissant la vapeur à la machine à laver.
Plus loin, se trouvent les bureaux administratifs. Le grand patron est le capitaine Russell. Il commande à une quarantaine de personnes. La flotte (automobile) comprend, au départ, six. Le capitaine Russel rappelle que l?objectif est de mettre en pratique un précepte bien connu : ?J?avais soif et vous m?avez donné un Pepsi?.
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