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Roger Clency, toujours le mot pour rire
On ne le dirait pas. Roger Clency est resté quinze ans loin de la scène mauricienne. Pour mieux revenir. C?était samedi soir à l?hôtel The Sands. Une heure de cabaret, à reprendre les vieux tubes et les nouvelles compositions.
Le chanteur, qui revendique ? à raison ? sa place dans le patrimoine ? a passé plus d?une décennie à ?bouger sur la Suisse, Londres, l?Allemagne et les îles.? Un désamour par choix aussi. Parce que les conditions ne lui convenaient pas. Quand il dit le fond de sa pensée aux directeurs d?établissements, cela se résume à : ?C?est votre hôtel mais c?est moi qui dirige quand je fais le cabaret chez vous.?
Fort en gueule Roger Clency ? Les yeux pétillants, il dit de sa voix rauque, ?Mais non, je suis très doux. Je suis un timide.? Propos confirmés par Marie Noëlle Emilien, sa chorégraphe depuis sept ans et aussi sa partenaire dans la vie. Difficile de le croire. Surtout quand il nous livre sans hésitation sa recette pour conserver sa voix. ?Quatre à cinq cigarettes par jour, trois à quatre canettes de bière, et deux whisky avant le dîner. Personne ne m?a jamais vu soûl.?
C?est à ce régime que Roger Clency nous a déjà gratifié de six albums sur supports CD, sans compter les innombrables compositions sur cassettes. Source intarissable, à la base de la sortie prochaine de Amba, le CD de deux titres que le chanteur nous promet pour octobre. Pour ce qui des textes, Roger Clency est resté fidèle à lui-même en racontant une tranche de quotidien. Amba parle donc de lamok delivre, jeu d?antan souvent délaissé au profit des playstation. Ce qui n?a pas l?air de décourager l?auteur-compositeur-interprète.
Déphasé Roger Clency ? Lui qui a souvent le mot pour rire, nous laisse comprendre qu?il aime beaucoup la compagnie des nouvelles générations, surtout celle des jeunes filles. ?Zot konn tir plan, mo finn aprann ar zot.?
S?il déteste que l?on dise qu?il fait des chansons osées, il reste un coquin qui dit les choses de la vie avec gouaille et sans détour. Son exemple favori : la chanson Pas tous mo zoue zoue. Le sourire en coin, il raconte avec délectation comment les censeurs n?ont rien trouvé à redire quand ils ont lu le texte. ?Zame mo pa fer maleve?, insiste-t-il.
C?est d?ailleurs avec force excuses qu?il va diriger la répétition pour le cabaret, prévue tout de suite après l?entretien. Sur la moquette bleue de The Sands, il n?y a pas de doute. C?est Roger Clency, le chef d?orchestre. Sous sa baguette : Philippe Thomas à la trompette, Christophe Serret à la basse et l?ensemble Couleur Café de Thierryno Gangou.
L?histoire de Rosa qu?il faut réveiller en lui mettant un doigt dans l??il, suivie de celle d?une société arc-en-ciel où ?Salim tous tous Mala, sa so zafer less li.? La voix est riche, le son cuivré. On se surprend à taper du pied. La chanson est exécutée d?un trait. Roger lui a détecté les anomalies. Il s?approche des musiciens. Avec calme et sérieux, il tire le meilleur d?eux. Le chanteur fait de même avec les danseuses. Si elles sont distraites, Roger Clency ne juge pas utile d?élever la voix. ?Les filles, je vous parle. Batri pou donn signal pou zot kone kot bizin rentre.? Cela marche. Elles obéissent sans broncher aux directives de Roger. C?est qu?elles ont du être briefées par Marie Noëlle Emilien, la chorégraphe. Celle qui sait que trop bien à quel point Roger Clency peut être exigeant. ?Dans le travail, il est le patron. Il vous dira ce qui ne va pas devant tout le monde. C?est fait sans méchanceté, il est comme cela.? L?air bonhomme, le principal intéressé répète son show. En attendant octobre.
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