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Le bonheur est dans l’alphabet

28 août 2005, 00:00

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Linda voulait apprendre à lire pour raconter des histoires à ses enfants, Marie-Ange souhaitait décrypter un journal, Brigitte voulait gommer l’embarras qu’elle ressentait lorsqu’elle se rendait à des réunions du troisième âge et où elle faisait semblant de lire les dépliants qu’on y distribuait. Elle désirait aussi effacer de sa mémoire la terrible humiliation qu’elle avait subi une fois. « Dan koze, enn dimounn dir moi bann ki pa konn lir bann sovaz. Sa ti bien bless moi », raconte-t-elle.

Comme Linda, Marie-Ange, et Brigitte, elles sont dix à avoir obtenu leur attestation en alphabétisation fonctionnelle mercredi au Centre of Learning (COL), à Cité Barkly. Le regard pétillant, le sourire aux lèvres, elles tiennent dans leur main le certificat précieux qui atteste de leur rigueur et de leur soif d’apprentissage. Pendant deux ans, quatre heures par semaine, ces femmes au foyer, dont certaines sont grands-mères et arrière-grands-mères, ont délaissé maris et casseroles pour étudier.

Ce cours s’adresse à des jeunes et moins jeunes qui n’ont pas eu l’occasion d’avoir un apprentissage normal. Ca-dette d’une famille de sept enfants, Brigitte a trois ans lorsque son père décède. « Ma petite sœur et moi n’avons pas pu aller à l’école, contrairement aux grands. Pendant longtemps je l’ai reproché à ma mère, puis j’ai compris qu’elle n’avait pas eu le choix ni les moyens de nous scolariser. Sa priorité c’était de nous faire vivre… »

<B>Une réussite porteuse d’espoir</B>

Ce cours, dont un deuxième groupe a été lancé en mai, sert aussi à développer le savoir-parler, le savoir-lire et le savoir-compter, explique-t-on au Centre of Learning. La formation, qui a eu lieu en partenariat avec l’École pour la solidarité et la justice (ESJ) et Caritas de Maurice, constitue ainsi un moyen professionnel et crédible de combattre l’analphabétisme.

« Aster mo debrouye, mo konn ekrir nom mo bann ti-zanfan, mo konn bus Vacoas », souligne Ontee, 63 ans. Jamais elle n’aurait cru, comme son amie Marie-Claire, pouvoir lire une affiche de film. « Je me contentais de regarder les images. » Marie-Claire utilise surtout ses connaissances pour dénicher les produits en promotion au supermarché ! Chantal, 58 ans, n’a plus besoin de ses petits-enfants pour lui lire une lettre. « Aster mo anvi konn plis… »

Pour Jonathan Ravat, le directeur du Centre, et Majo Ramhotar, enseignante volontaire, la réussite de ces dix dames « à volonté de fer » est porteuse d’espoir. L’enseignante encourage ceux qui veulent lire et écrire à venir les rejoindre.

« Tout à l’heure en voyant Linda lire cette prière, j’ai imaginé la fierté que ressentait ses fils dans l’assistance. Rendre la dignité et l’espoir aux autres, c’est un peu cela notre objectif », souligne Jonathan Ravat.

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