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Rajahcadabra
Bienvenue dans la maison de la magie. Nous sommes chez Ustad Rajah, grand maître des tours de passe-passe. Lors de l?émission Le Plus Grand Cabaret du monde sur France 2, animé par Patrick Sébastien, le magicien mauricien aura cinq minutes d?antenne où il compte épater la galerie de ses mystères et brandir haut le pavillon quadricolore qu?il a dû acheter.
Il sera ensuite membre du jury pour une remise de trophée à la Society of American Magicians. Mais nul n?est prophète en son pays. Pas même un magicien.
«Il m?est arrivé de proposer des spectacles à des écoles ou à des institutions qui ont compris sorcellerie à la place de magie. Pour beaucoup, je suis une sorte de longaniste. Mais c?est faux, je n?ai pas de don particulier. Je ne suis qu?un artiste.»
Affaire de famille
Même vis-à-vis des autorités, il dit ne jamais avoir reçu la reconnaissance escomptée. «Cela fait 30 ans que je suis un talent caché et personne, dans mon pays, n?est venu me trouver, alors que Patrick Sébastien, de la télévision française, a réussi à me dénicher dans mon petit village et m?invite à son émission».
On peut être amené à penser qu?un magicien est un homme au calme maîtrisé, un homme de patience. Mais Ustad Rajah déjoue les pronostics. Il vit à 100 à l?heure, sans pour autant de précipitation. Car la vitesse c?est son credo. Il court (ou vole) de projets en projets, aux quatre coins du monde comme dans tout le pays, de son école de magie dans une région pauvre du Bihar, en Inde, à ses spectacles gratuits une fois par mois, dans les centres sociaux de villages reculés de Maurice.
Au même moment, comme par magie, il fait apparaître des colombes dans les hôtels, et fait rire et rêver les petits enfants lors d?anniversaires. Quand il ne peut pas assurer cet emploi du temps déjà surchargé, ce sont ces enfants qui prennent la relève.
Chez Ustad Rajah, la magie, c?est une histoire ou plutôt un secret de famille. «Ici, on respire la magie, on mange la magie. Nous nous sacrifions, c?est notre vie. Je crois même que si un jour j?oublie de parler de magie, je serai malade».
Ustad Rajah perpétue une tradition familiale et conserve encore aujourd?hui un profond sens de l?héritage. «Mon aïeul était un coolie, un jadugar, un magicien». Les tours se sont transmis de père en fils. Ustad est l?un des deux magiciens de sa génération qui compte neuf frères et s?urs.
Il est né avec un jeu de cartes dans les mains et des pigeons dans les manches de sa grenouillère. Enfant, il était déjà le magicien, à l?école, où il amusait ses amis avec des tours de magie utilisant du matériel scolaire. «Je mystifiais mes professeurs», se souvient le magicien.
Sa famille, c?est la magie et inversement. Sa femme, Vishwanee aide à la préparation de tous les spectacles, depuis 25 ans. Ses deux fils, Dilesh et Sailesh, alias Rajah Junior et Junior Rajah, participent aussi aux spectacles depuis leur petite enfance. «Mon rêve, c?est de voir mes enfants gagner un Mandrake d?Or», une distinction mondiale.
Lorsqu?il parle de sa famille, c?est poster à l?appui. Un grand pan du mur de la salle à manger fait figure d?arbre généalogique. Ses ancêtres coolies, ses parents, ses enfants et lui-même, avec son diplôme de magicien, en costume d?or ou plus tard en uniforme de police. Ustad a passé plus de 20 ans au Police Press Office, en tant que photographe. La photographie est une autre de ses nombreuses passions.
Lieux secrets
Des photos, il en a partout. Sur les murs, dans les tiroirs, dans des valises. Toute l?histoire de Maurice qu?il conserve dans un joyeux désordre dont il s?excuse de ne pouvoir inviter personne. Celui qui a l?art de faire disparaître les objets accorde pourtant une grande importance aux choses. De vieux objets aujourd?hui disparus, ici une pièce de 25 sous, là un biberon à deux tétines, un ticket de train.
Du salon, il nous fait visiter le reste des pièces, des chambres façon arrière boutique où l?artiste et ses magiciens d?enfants entassent objets, costumes, baguettes magiques.
Il y a des as de c?ur dans tous les recoins et des valets de trèfles cachés ça et là. On avance difficilement dans les couloirs, à éviter une peluche, des fils, les piles de livres « techniques secrètes de l?hypnose» et un monocycle, des têtes de personnages Disney, une plaque recouverte de tissu. «C?est pour la lévitation,» indique-t-il. On compte en moyenne, deux balais volants, quatre paquets de 53 cartes à jouer, 20 minutes d?émerveillement, une centaine d?étoiles, et au moins une cassette de David Copperfield. Et ce, sans compter la caverne d?Ali Rajah.
Le lieu secret du magicien, là où reposent tous ses secrets. Difficile d?y avoir accès. La pièce est bondée à ras bord. Une corde raide, des bouts de cheveux, des chapeaux magiques, une boîte mystérieuse. Mais Ustad parvient à trouver quelques objets magiques et fait apparaître un bouquet de fleurs d?une tige de métal, et nous amuse de quelques petits tours avant de refermer la porte. Juste pour nous le temps de constater l?investissement d?une vie, d?une passion au service de la magie. Ce qu?il souhaite aujourd?hui, c?est faire rire. Les corps coupés en deux ne sont pas très bien vus à Maurice et l?humour a l?avantage de moins frustrer le public. La magie devient plus amusante et plus fascinante encore. Tant pour le public que pour le magicien, dont le véritable bonheur se nourrit des yeux pleins d?étoiles et des grands sourires.
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