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L?avenir de Megh Pillay crée la division
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L?avenir de Megh Pillay crée la division
Le Paille en Queue Court est confus et le gouvernement indécis. Alors que les spéculations sur l?avenir de Megh Pillay, le directeur général d?Air Mauritius s?amplifient, les ministres et conseillers du gouvernement sont divisés. Partira, partira pas ? La question est sur toutes les lèvres, mais ce n?est pas demain que le flou se dissipera.
Depuis l?installation du nouveau régime, deux ailes s?affrontent au sujet de l?avenir de Megh Pillay. L?une souhaite qu?il reste à son poste pour finir le travail en chantier, estimant qu?il est «the right person in the right place». L?autre est constituée de ministres et conseillers qui veulent son départ pour diverses raisons. La guerre des arguments fait rage, mais l?arbitre sera le Premier ministre, Navin Ramgoolam.
Certains ministres estiment que Megh Pillay a été trop proche de l?ancien Premier ministre, Paul Bérenger. C?est ce dernier qui l?a encouragé à quitter le poste de chief executive de Mauritius Telecom (MT) en 2003 pour prendre les rênes d?Air Mauritius. Cette proximité aurait bloqué la libéralisation de l?accès aérien.
Cette aile du gouvernement est en faveur d?une ouverture quasi-totale du ciel. «Si on n?ouvre pas le ciel, que faire d?autre pour relancer l?économie ? » Cette question sert désormais d?argument massue en faveur de la libéralisation au sein du gouvernement. Celle-ci ouvrira Plaisance à une pléiade de transporteurs. Ce qui équivaudra à davantage de touristes et aura un effet boule de neige sur l?économie.
Le sucre et le textile, les deux grands traditionnels pourvoyeurs d?emplois, sont fragilisés. Les secteurs émergents comme l?informatique, le seafood hub ou l?île duty free ne fonctionneront pas à plein régime de sitôt. Le tourisme est donc le seul à pouvoir absorber les chômeurs. Mieux, il a un effet multiplicateur : ses résultats se répandant à travers l?économie formelle et informelle.
Ce secteur, Maurice le maîtrise déjà très bien. Les infrastructures ? dont un excédent de chambres d?hôtels ? sont déjà en place. Pour redynamiser le tourisme, l?Etat dispose de trois leviers : jouer avec le marketing, positionner l?image de la destination et libéraliser l?accès aérien. Pour beaucoup, l?accès aérien ne doit plus être perçu comme «un problème Air Mauritius» mais plutôt comme une question d?importance nationale. La libéralisation comporte certes un risque pour la compagnie d?aviation, mais celle-ci devra alors obtenir la latitude de revoir son business model afin de fonctionner comme une véritable entité commerciale. Sans filet de protection mais aussi sans interférence politique.
<B>Libéralisation graduelle</B>
Le camp adverse adopte la même position que Megh Pillay. Mené par Xavier-Luc Duval, le ministre du Tourisme, il s?oppose à une ouverture totale du ciel, estimant qu?elle nuira à Air Mauritius ainsi qu?au tourisme. Il prône une libéralisation graduelle et prudente, donc nettement plus lente. Ces ministres et conseillers ajoutent que l?image de Maurice sera affectée si la destination change en gamme.
Ce à quoi les défenseurs de la libéralisation répondent qu?environ 40 % des touristes ne logent pas dans les hôtels de luxe. Maurice étant une destination long courrier, la distance (qui influence le prix du billet) agit comme une «protection naturelle» contre les touristes sac-à-dos.
Mais les opposants ajoutent que les transporteurs étrangers déguerpiront dès qu?il y aura des problèmes (comme Corsair délaissant les Maldives après le tsunami) et Maurice risque de se retrouver sans compagnie aérienne. Sans compter qu?Air Mauritius n?a aucune intention de diminuer sa rentabilité au profit des hôteliers. La direction dit travailler pour ses actionnaires (dont l?Etat et 13 600 membres du public) et non pour gonfler les caisses du secteur privé. Mais d?autres arguments se profilent.
Plusieurs personnes au sein de l?Alliance sociale digèrent mal le fait qu?Air Mauritius ait choisi d?acheter trois avions neufs «à la veille des élections générales». La décision a été prise le 3 mai, deux jours après l?annonce de la date du scrutin. Selon eux, la direction aurait dû attendre les résultats avant de signer un contrat aussi important. Pourtant, ils n?insinuent pas qu?il y ait eu malversation.
<B>Pas d?interférence</B>
Le conseil d?administration d?Air Mauritius a maintenu qu?il n?y a eu aucune interférence politique dans le processus. Il a dû se décider en mai afin de s?assurer un créneau de fabrication chez l?avionneur. Sinon, les nouveaux avions n?auraient pas été livrés avant octobre 2007. D?ailleurs, le troisième A340-300E commandé n?arrivera pas avant cette date.
Il existe également un groupe de cadres d?Air Mauritius très proches de l?Alliance sociale. Certains ont d?ailleurs été recrutés entre 1995 et 2000, quand le Parti travailliste était au pouvoir. Ce groupe fait pression auprès du gouvernement pour un changement à la tête de la compagnie. Leur ambition est claire : une direction plus «rouge» pourrait accélérer leur promotion dans la hiérarchie. Toutefois, le camp pro-Pillay brandit le bilan de l?actuel directeur général : Agricultural Marketing Board, MT et Air Mauritius.
Le flou qui persiste sur la direction a un impact sur le quotidien d?Air Mauritius. La compagnie tourne au ralenti, ce qui n?est guère idéal dans le contexte actuel. Les noms de Dass Thomas et de Nirvan Veerasamy ont été cités comme les éventuels successeurs de Megh Pillay. Le premier est un ex-haut cadre d?Air Mauritius alors que le second, un ex d?Airbus, s?est forgé une solide réputation dans la vente, la location et le financement d?avions. Les proches de Nirvan Veerasamy affirment qu?il serait irrité par les rumeurs et ne serait pas intéressé par «un job qui n?existe pas».
Megh Pillay reste à son poste mais son avenir à la tête d?Air Mauritius est entre les mains de Navin Ramgoolam. Certains spéculent même sur son éventuel retour à MT, pour remplacer John Leung Yinko, le chief executive officer qui part à la retraite en octobre. Rien n?est donc encore joué sur l?Executive Floor de l?Air Mauritius Centre. Toutefois, le Paille en Queue ne pourra continuer à voler dans le flou. Air Mauritius a besoin d?excellents pilotes pour mater les turbulences qui s?annoncent.
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