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La CNT affiche la satisfaction
Le Project Manager de la CNT, le Pr M. N.V.P. Sarathi, est satisfait du démarrage de cette corporation. Depuis le 1er mars 1980, elle a recruté 881 anciens employés de la défunte Vacoas Transport Co. Ltd et a pu remettre sur routes 180 autobus. La CNT songe à étendre ses activités sur un plan, non pas régional, mais national.
Le Pr Sarathi est à Maurice comme conseiller au ministère des Travaux et du Transport. Auparavant, il enseignait le Transport Management à l?université de Singapour. De 1972 à 1974, il est responsable de travaux et de recherche sur le transport à l?Asian Institute of Technology de Bangkok. Il est originaire de l?Inde et commence sa carrière professionnelle au ministère du Transport à Delhi.
Pour leurs débuts, les 180 autobus de la CNT (dont 30 restant chaque jour au garage aux fins d?entretien) parcourent 15 000 mille (24 000 km), effectuent 900 courses ou trajets, transportent 55 000 usagers du transport en commun et rapportent entre Rs 80 000 et Rs 100 000. La CNT espère recevoir dans un proche avenir 100 à 200 nouveaux autobus.
Le gouvernement demande à la CNT de prendre la relève de la seule Vacoas Transport. La Moka Flacq Transport et la Savane Bus Service sont ainsi laissées de côté. Le Pr Sarathi estiment que leurs autobus ne sont pas aussi bien entretenus que ceux de la VTC. Le Pr Sarathi ne doute pas que la CNT est promise à un bel avenir et qu?elle sera un partenaire majeur du transport par autobus dans les années à venir. Celles-ci ne lui ont pas donné tort.
Il est aussi question dans l?actualité de la mi-avril 1980 d?une autre catégorie de travailleurs licenciés. Il s?agit de ceux devant perdre leur emploi en raison de la mise en service du chargement du sucre en vrac. Aurélie Perrine fait partie de cette triste catégorie d?employés portuaires. C?est la fin d?une époque. Ils sont 1 862 débardeurs à devoir ainsi s?éloigner des quais, des chalands, des entrepôts, des greniers. Il est le président de la Port Louis Harbour and Dock Workers Union (PLHDWU), un des syndicats à avoir donné ses plus belles lettres de noblesse au syndicalisme mauricien. Il se met au service de ce port qui est le poumon économique de Maurice, en 1954. Il débute comme employé de Noël Frères. En 1957, il est transféré au New Mauritius Dock. Il compte, en 1980, 26 ans de service. Il est alors âgé de 53 ans. Avant 1968, il fait partie de la Port Authority and Other Workers Union que dirige Eliézer François. Il n?est pas satisfait du fonctionnement de ce syndicat. Il est de ceux qui fondent la PLHDWU en 1971, avec Paul Bérenger comme négociateur. Il est détenu politique du 8 janvier au 23 décembre 1972 en raison de sa participation aux grèves de 1971 et en vertu de l?état d?urgence décrété par un gouvernement dirigé alors par Seewoosagur Ramgoolam et Gaëtan Duval, état d?urgence qui sera imposé à la population mauricienne jusqu?en octobre 1976.
Il est aussi question d?un autre travailleur portuaire mais aussi d?un autre son de cloche. La presse fait l?éloge de Sheik Hossen qui compte 58 ans au service du port. Il y entre en 1922, à l?âge de 14 ans. Il est embauché comme batelier par la compagnie de stevedores Desmarais Frères. Sa tâche principale est de conduire, autant de fois qu?il le faut, le directeur, Gaston Desmarais, du Chien de Plomb aux navires en rade. Il n?a jamais fait partie d?aucun syndicat, estimant être bien placé pour négocier directement avec le patronat. Reconnaissant, ce dernier encourt ses frais d?opération chirurgicale et d?un voyage à l?étranger pour sa famille et lui. Ils se souvient du temps du travail portuaire de 7 à 17 heures, des bandes chargeant jusqu?à 4 500 sacs de sucre par jour, des navires ne restant pas au Port Louis plus de six ou sept jours.
Ce double portrait de travailleur portuaire nous renvoie aux commentaires de haute tenue d?André Masson du Mandement de Carême 1980 de Mgr Jean Margéot. Il reprend les causes d?irresponsabilité menant le pays à la ruine sur les plans politique, économique, social et spirituel. Les six causes de cette dégringolade sont la corruption, le communalisme, la dépersonnalisation jointe à l?anonymat, l?abandon des principes moraux et la désorganisation générale des structures.
Il désigne l?homme responsable sous quatre aspects : (1) celui qui sait dépasser ses intérêts personnels, (2) celui qui sait devoir dépendre des autres pour progresser car nul homme n?est une île, (3) celui qui agit par solidarité avec ses frères humains témoignant ainsi du sens du dialogue, (4) celui qui possède des convictions solides et qui demeure prêt à payer de sa personne pour les mettre en pratique.
André Masson y voit un appel à l?héroïsme. Mgr Margéot y voit une nécessité de risquer son emploi plutôt que d?aller à l?encontre de ses convictions. André Masson souligne, pourtant et à juste titre, la valeur d?un emploi, d?un gagne-pain.
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