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Sur la grande toile de la création

18 avril 2005, 00:00

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La culture est sortie, grâce aux multiples déclinaisons de la grande toile mondiale, de ses paramètres traditionnels. A Maurice, des auteurs ont commencé à publier sur le net. De nouveaux genres sont apparus. Un nouvel espace d?inventivité, un autre alphabet créatif et une nouvelle espèce d?auteurs sont apparus.

Ce nouveau paradigme culturel et esthétique conjugue l?art et la technique dans un rapport d?un autre type. Art signifie, il ne faut pas l?oublier, techné. L?Internet et la société de l?information mettent justement en scène la technoculture. Et c?est le contenant qui est en train de redéfinir la création artistique, le contenu, dans cette logique technoculturelle.

C?est un rapport différent à la culture qui se construit désormais. Avant de l?évoquer dans ses gran-des lignes et de faire intervenir des créatifs mauriciens qui explorent la nouvelle plateforme d?expression, il convient de procéder à un rappel des faits.

C?est au début des années 90 qu?apparaît le terme de cyberculture comme d?autres expressions tels que cyberespace, cyberpunk, etc? La culture se met à l?ère du réseau des réseaux. L?art se réécrit avec les outils des technologies de l?information. Musiciens, écrivains, chercheurs, graphistes? profitent de la virtualisation du réel pour habiller la fiction grâce aux outils et aux innombrables possibilités que permet le réseau.

C?est aussi une relation nouvelle qui se tisse entre le public et le créatif. Désormais, la notion de contact et d?échange devient plus effective. L?internet permet une mise en relation plus directe entre un auteur et son public. C?est une version désacralisée de la création mais c?est aussi une mise en réseau qui témoigne d?une nouvelle dynamique où la culture se nourrit de sensibilités, d?habitudes et de pratiques moins contraignantes.

<B>Révolution technologique</B>

Une métaphore de la connaissance et de la société se réalise graduellement. Nous n?en sentons pas entièrement les effets à Maurice. Pour une raison toute simple, le pays ne vit pas encore selon les canons de la société de l?information. Mais il est à parier que nous n?y échapperons pas. Entre-temps, il importe d?en prendre la pleine mesure pour pouvoir en tirer les enseignements nécessaires.

L?accès au savoir, cette nourriture de l?activité cérébrale et créative, se démocratise. Les professionnels, les artistes, les étudiants, les chercheurs, le citoyen lambda? tous ont fait un bond dans la quête de la connaissance. Celle-ci n?est le privilège de quelques nantis. Le citoyen moderne devient en quelque sorte un être culturel hybride.

Le World Wide Web a ainsi grandement contribué à décloisonner l?univers sémantique et les contraintes structurelles de la création. Certes un certain désordre y règne mais c?est éventuellement de ce désordre que naîtra un ordre nouveau. C?est une révolution technologique historique. C?est un basculement culturel, attitudinal et sociétal. Nous sommes sortis du quantifiable, de la mesure pour passer à l?intotalisable. L?intelligence collective en sort avec d?autres modes de fonctionnement et s?inscrit résolument dans une relation d?interconnection.

C?est le règne de la technoscience. Mais pas la fin de la communication traditionnelle ou de la civilisation moderne voire post-moderne. Les conditions d?émission et de réception donnent une nouvelle dimension au message. Des médias, des politiques, des artistes aux ?tchatchers? et autres abonnés des courriers électroniques, c?est le citoyen-navigateur qui part à l?aventure et à la conquête de nouveaux espaces de savoir. Il est dans un ?hors-contexte? qui brouille les repères anciens. Il est dans une nébuleuse universalité de sens et dans un paradigme de pluralité de signes.

Le cultureux est immanquablement aujourd?hui un être en ligne, ?on-line?. Il n?est pas dans la simulation, dans le virtuel. Il est une simulation, il est virtuel. C?est en cela que chaque être contemporain devient artiste. Il devient ?artisan-ingénieur? du monde. Dans chacun de ses gestes sur le réseau, il est constructeur de références nouvelles.

Architecte d?une structure qui tire son sens dans le processus même de création. Le sens n?est plus fini. Il est dans le processus. Ce n?est pas un état. C?est une évolution. C?est ainsi qu?explosent des mythes anciens. A l?âge de la cyberculture, toute une intelligentsia mauricienne, habituée à théoriser sur l?identité et la culture selon des procédés définitoires classiques, confirme son anachronisme.

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