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Le ?serial writer? de pulpeuses fictions

18 avril 2005, 00:00

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Un personnage est né. Il s?agit de Zan Balak, détective privé mauricien qui a pris corps sous la plume de Sedley Assonne. Poète, nouvelliste, l?auteur prolifique est surtout un ardent défenseur et un porte flambeau de la littérature du terroir mauricien.

? J?ai voulu faire un polar qui soit une parodie, tant au niveau de l?écriture qu?à celui de la description de la société?, explique d?entrée de jeu Sedley Assonne. L?écrivain place son pion : Zan Balak, un héros narrateur qui tire les ficelles du ?je?.

Ni Marlowe ni Poirot, encore moins Colombo, Zan Balak occupe un petit bureau à la rue Moka, se déplace en autobus, boit de la bière et aimerait bien se taper des filles? Non violent, il ne sait pas vraiment se battre. Le détective privé enquête sur un meurtre qui a eu lieu à Sodnac, quartier chic de Quatre-Bornes. Le tout se déroule sur une semaine, celle qui marque le début du carême chrétien, comme par hasard?

?Je suis croyant mais pas religieux, j?admire le pape pour l?homme qu?il a été mais pas pour ses positions religieuses?, intervient d?emblée l?auteur, comme pour bien situer son personnage. Le sien, celui qu?il met aussi en scène dans la vie de tous les jours. Car Sedley Assonne n?en est pas à son premier polar. En 1996, entre moult poèmes et nouvelles, il avait déjà publié Robis, une histoire de meurtres aux Salines, écrite en créole et couronnée du Prix du roman de Ledikasyon pu travayer.

Véritable fan des romans de James Hadley Chase, d?Agatha Christie ou de Dashiel Hammett, Sedley Assonne a surtout voulu écrire une histoire mauricienne avec un personnage bien de chez nous, qui n?a rien à voir avec les héros américains des romans noirs, bourrés et bourrus, forts en gueule et as de la gâchette. ?Lisez ses aventures avec les yeux d?un Mauricien et non avec ceux d?un lecteur de ces romans policiers qui sont très prisés (comme le tabac et donc nuisibles à la santé) chez nous?, écrit l?auteur dans une note de présentation à son nouveau polar.

Dans sa démarche, Sedley Assonne rend un hommage discret à Roger Marcello, un détective privé un fin limier à la retraite, fondateur d?une agence de sécurité et de gardiennage. Un homme qu?il a lui-même personnellement connu et qui fréquentait le quartier des Salines, dans la région port-louisienne. Un quartier où Sedley Assonne a usé ses culottes et qui est l?une de ses sources d?inspiration principales.

Il est beaucoup question de social dans Zan Balak, une histoire ?ancrée dans la réalité mauricienne.? Le personnage principal parle de son quartier, de la vie des gens. ?Qui dit polar, dit social?, intervient l?auteur, ?car en général dans ce type d?histoire, il est beaucoup question du milieu social des protagonistes. Par exemple, dans les romans d?Agatha Christie, l?histoire se déroule la plupart du temps dans le milieu bourgeois.?

Avec Zan Balak, l?auteur expose aussi son admiration sans bornes pour Charles Baudelaire, ?le? poète qui l?a marqué. Un poète dans un polar ? Cette drôle d?idée est un peu la trouvaille de l?histoire. ?La poésie joue un rôle dans l?histoire parce que le meurtrier utilise des bouts de texte qui sont des extraits de Baudelaire pour faire peur à sa victime?, explique Sedley Assonne.

Une autre référence qui donnera le ton de l??uvre de l?écrivain : Quentin Tarantino. Un cinéaste de fictions cultes, pulpeuses. Zan Balak s?inscrit dans cette mouvance et Sedley Assonne compte persister dans cette voie. La pulp fiction est finalement le genre dans lequel Sedley Assonne se sent le plus à l?aise. Il a imaginé faire de Zan Balak un prequel à Robis, une histoire antérieure. Et pour bien faire, il a décidé de traduire et de ré-éditer cette histoire de meurtres aux Salines.

L?auteur fonctionne en électron libre. Publiant à compte d?auteur, il milite pour les écrivains mauriciens ?qui écrivent ici?. ?Si Gallimard ou un autre éditeur français veut m?éditer, d?accord. Mais je n?irai pas frapper à leur porte, car ils exigent trop de compromis de la part des auteurs mauriciens. J?en ai fait l?expérience et on m?a demandé de faire trop de concessions. Tout ce que je cherche, c?est que le lecteur mauricien se retrouve dans ce qu?il lit et je veux qu?on respecte ce choix?.

Un militant, donc et qui bouscule les préjugés. Tous ceux que l?on peut avoir envers l?écrivain mauricien, c?est-à-dire celui qui ne publie pas à l?étranger. Celui qui fait partie de cette littérature qui se heurte aux portes fermées de l?institutionnalisation de l?art plumitif local.

Sedley Assonne mène finalement un combat, comme celui que mena jadis Marcel Cabon, pour la reconnaissance des auteurs mauriciens du terroir. ?Pourquoi n?y a-t-il pas d?études de la littérature mauricienne dans le cursus scolaire et pourquoi ne pas mettre en scène Un septembre noir, de Yusuf Kadel plutôt que Le voyage de M. Perrichon, d?Eugène Labiche?, interroge sans détour Sedley Assonne. Mystère et boule de gomme, à moins que Zan Balak n?ait une petite idée sur la question?

?ZAN BALAK?

<B>Extrait</B>

■ "Qui donc pouvait bien avoir tué ce type, et ensuite le sodomiser ? Un homosexuel ? Un sadique qui s?est défoulé sur lui, faute d?avoir pu trouver une nana ? Ou l?aura-t-on sodomisé pour brouiller les pistes ?

En tout cas, si la police, deux jours après le meurtre, n?avait toujours pas trouvé l?assassin, cela voulait dire que ce serait coton pour moi de faire mieux que les flics. Mais cela ne m?inquiétait pas pour autant. La chance que j?avais sur les flics, c?est que je n?en étais pas un. Je ne raisonnais jamais comme eux, et même si nos façons d?enquêter étaient plus ou moins similaires, on ne travaillait pas de la même façon.

Par exemple, je n?aurais jamais permis que le lieu du crime où fut tué la styliste blanche fut lavé à grande eau, et laissé sans protection policière. Tout lieu du crime doit être gardé par un flic. Mais dans notre île, les flics n?ont pas l?air de savoir que les bandes adhésives jaunes, qui servent à délimiter la scène du crime et l?interdire aux badauds, doivent être utilisées dans tous les cas suspects où il y a mort d?homme. Et comme je le pressentais, la maison de mon ancien client n?était même pas sous scellés. Et depuis le temps que j?étais là, je n?avais vu aucune patrouille policière dans les environs. N?importe qui pouvait donc entrer chez Sylvestre Anamalay, soit pour effacer des traces, soit pour voler.

Les flics commettaient donc la même erreur ici aussi. Et je doute fort qu?ils retrouvent l?assassin avec cette méthode de travail. Et moi, comment allais-je donc procéder ? Appréciez le travail :

Le soir du crime, monsieur Proag, vous n?avez rien entendu ??

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