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Une autre douleur pour Charlesia
Charlesia Alexis n?imaginait pas revenir à Maurice dans des circonstances aussi tragiques. A peine débarquée hier matin du Royaume-Uni, elle a accouru à Pointe-aux-Sables, pour voir une dernière fois le visage de son fils cadet avant qu?il ne soit inhumé. Son corps a été découvert pendu à un manguier dans sa cour à Pointe-aux-Sables, mercredi dernier.
Serge, plus connu comme Codor, avait 41 ans. Dépressif et miné par la drogue et l?alcool, il n?a pas supporté le départ de son épouse. Celle-ci a délaissé le toit conjugal avec leurs deux enfants, lundi soir, après une énième dispute. La vie de Codor était tout sauf un long fleuve tranquille. Il venait de passer quelques mois à l?ombre d?une cellule pour une affaire de parjure.
Nouvelle vie en Angleterre
Le chagrin de Charlesia est immense. Citoyenne britannique depuis trois ans, elle espérait secrètement que son cadet viendrait un jour la rejoindre à Orlay dans le sud de Londres, où elle vit avec sa fille aînée Maude depuis cinq mois. Il n?avait que trois ans lorsqu?elle a été forcée à quitter Diego Garcia. Depuis, l?eau a coulé sous les ponts. Les natifs chagossiens et la première génération de descendants ont eu droit au passeport britannique le 14 février 2002 après que le Parlement anglais a adopté en troisième lecture le British Overseas Territories Bill.
Charlesia préfère s?asseoir sous un arbre, à l?écart de la foule massée près du cercueil. Les amis et les proches qui défilent dans la cour mal entretenue bafouillent quelques mots de sympathie. A Olivier Bancoult, le président du Groupe Réfugiés Chagos qui vient la saluer, elle demande des nouvelles de la prochaine visite des îlois à l?archipel des Chagos, prévue pour le 7 mai. « Malchance, mo pa pou kapav vini. Guet kot mo été? » soupire-t-elle.
Puis, la conversation tourne immanquablement autour de sa nouvelle vie en Angleterre. Charlesia parle alors de la cherté des produits de consommation, de la nouvelle façon de vivre qui s?est imposée à elle et à ses compagnons. Elle raconte sa joie de voir enfin le retour des jours ensoleillés.
Mais l?intégration se fait lentement, parfois difficilement. « Ena dimoun korek, me ena racis. » A Orlay, elle vit dans un hôtel avec 13 autres Chagossiens en attendant de voir sa situation se régulariser. La vieille dame a déjà rempli tous les formulaires pour l?obtention d?une maison. « Bientôt nou pou gagn ene lacaz?»
En attendant, ses amis et elle se serrent les coudes et s?organisent pour que la vie loin des leurs soit moins insupportable. « Kan ena pou sorti nou al ensam, ki li dispenser ousoi laboutik. » Elle encourage les autres à venir en Angleterre.
Quelqu?un lui offre une cigarette. Charlesia en savoure chaque bouffée et fait remarquer qu?au pays de Sa Majesté ce produit coûte les yeux de la tête. « To donne enn biye 5 livres pour aste enn boit=-, zot retourne toi zis 1 livre et deux trois pièces », confie-t-elle.
Une femme, à l?intérieur de la maison, éclate en sanglots. Charlesia revient subitement à la réalité. Elle écrase sa cigarette et accourt pour la réconforter, le visage empreint de tristesse.
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