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«Le concept duty free me laisse sceptique»
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«Le concept duty free me laisse sceptique»
Deux semaines après le budget, quels sont vos sentiments ?
Je pense que c?est un budget très dynamique. La controverse demeure la question du duty free. Mais c?était inévitable. Maurice n?avait pas le choix. J?étais moi-même partie prenante des discussions à la NPCC et on avait réalisé que Maurice devait trouver autre chose.
Donc la marge de man?uvre du ministre des Finances était très réduite ?
Il ne pouvait pas se permettre de rester sur le statu quo. It was a bold statement. Maintenant tout est dans la façon de faire.
Êtes-vous un consommateur heureux après le budget ?
Difficile de le dire maintenant. Je constate dans les journaux que les prix commencent à baisser. Je crois que c?est une bonne chose pour les consommateurs. C?est le producteur local qui ne sera pas très content.
Pensez-vous qu?on a exagéré les conséquences néfastes que la réduction des taxes douanières auront sur la production locale ?
Je crois que cela sera très dur pour les petites et moyennes entreprises. Je sais qu?elles sont très inquiètes. Mais je ne les connais pas assez pour me prononcer à ce sujet. Elles produisent néanmoins pour un marché local qui est très petit et les géants étrangers peuvent entrer et y faire du dumping. C?est cela un peu le drame.
On a mis la charrue avant les b?ufs. Avant de mettre en place tout cela, il fallait passer une loi anti-dumping. Il fallait contrôler les prix. Le prix du producteur mauricien est contrôlé. Par contre, si vous importez, votre prix n?est pas contrôlé. Ce sont des anomalies un peu bêtes.
La baisse des prix se fera-t-elle sentir ?
Il y aura une baisse mais ce n?est pas parce que la baisse des tarifs est de 80 % à 40 % que les prix vont baisser de moitié. Il ne faut pas oublier que nous avons une roupie faible. Ce qui fait que nous n?aurons pas toute l?amplitude de la baisse. C?est ce que certains critiquent. Personnellement je ne suis pas pour la roupie faible. Maurice a la vocation d?exporter pour le moment.
C?est la roupie faible qui rend la vie des petites gens plus dure ?
L?inflation à 5 % est très raisonnable à Maurice. Je préfère cela à la déflation comme au Japon.
Sommes-nous prêts pour le concept duty free ?
On parle de ce concept depuis 1983. On a vu le succès incroyable de Singapour et plus récemment celui de Dubayy. Personne ne va remettre ce concept en question. C?est bien joli tout cela, on va vendre des produits duty free. Mais où est-ce qu?on va les vendre ?
Je suppose qu?il y a ces boutiques ex- Ralph Lauren qui pourraient être converties. Mais elles ne vendaient que Rs 2 milliards de produits. Et il nous faut vendre Rs 20 milliards de produits pour être rentables. Je vois que certaines prévisions disent que le tourisme va augmenter de 700 000 aujourd?hui, à 3 millions, en 2010. Je suis content d?entendre cela mais je reste sceptique.
Nous comparer à Dubayy et à Singapour serait donc trop ambitieux ?
Depuis 20 ans, on dit que l?on veut être comme Singapour. Its easier said than done. Nous en sommes bien loin, des shopping malls à n?en plus finir, dix mille boutiques? Ils ont 10 millions de touristes. Certes, il faut bien commencer quelque part mais je pense que les prochaines années seront très dures.
Et le rôle du gouvernement ?
Disons que le gouvernement a péché dans sa façon de faire. Il aurait fallu plus de discussions avec le secteur privé notamment concernant le timing et comment faire pour aider l?industrie locale.
Peut être aurait-il fallu faire une TEST, comme on l?a fait pour le textile. Peut être qu?il aurait fallu l?effectuer un peu plus tôt et attendre un peu pour la duty-free island.
La Chambre de commerce représente les commerçants ? qui sont heureux, et les manufacturiers qui ne le sont pas. On nous dira qu?on ne peut pas faire plaisir à tout le monde. Mais on aurait pu faire plaisir à plus de personnes en discutant avec tout le monde.
A vos entendre, le concept duty free est une bonne idée, mais vous n?y croyez pas ?
Je dis que c?est une bonne idée parce que c?est une bonne idée. Mais il faut être prudent. Maybe we have thrown caution to the wind. Il va falloir maintenant gérer la situation difficile de manufacturiers locaux.
Le succès d?une « duty-free island » va dépendre en grande partie de la croissance du tourisme. Pouvons-nous augmenter ces arrivées ?
Le secteur privé est absolument emballé. On veut construire le plus d?hôtels possible parce que l?on veut accueillir plus de touristes. Pendant longtemps on a dit sun, sand and sea, ajoutons un quatrième S pour shopping.
A côté, nous avons 700 000 Réunionnais. Au lieu de 100 000, 500 000 pourraient venir faire du shopping. Mais pour cela il faut trouver des avions. A certaines périodes de l?année, il n?y a pas de places.
Le gouvernement a libéralisé la cinquième liberté pour Air India. Chapeau. Mais il faut ouvrir encore plus. Il y a un second transporteur français qui veut venir. Il faut bouger tous azimuts.
L?opposition pense que la seule façon d?«empower» les petites gens, c?est d?en faire une nation d?entrepreneurs. Qu?en pensez-vous ?
Ce sont de belles paroles. On aurait tous voulu plus d?entrepreneurs à Maurice. Le tout c?est de le pouvoir. Peut-être qu?avec la duty-free island, on découvrira de bons commerçants, comme on en a vu dans le port franc. Des mesures d?accompagnement, c?est bien, mais on ne peut transformer Monsieur tout-le-monde en entrepreneur d?un coup de baguette magique.
En termes d?investissements, quel est le signal que donne le budget ?
Il dit : «Messieurs à partir de maintenant nous sommes une société de services. Organisez-vous, il faudra développer l?aéroport, le port, le parc hôtelier et construire des shopping malls.» Bien malin sera celui qui trouvera de meilleures choses à faire que cela.
Allons-nous vers plus de chômage ?
Je ne pense pas que le gouvernement ait prévu plus de chômage. Je pense que c?est possible qu?il y aura des fermetures d?usines, mais je ne pense pas que ce sera en masse.
Qu?en est-il de la création d?emplois ?
Ce ne sera pas pour tout de suite. Nous n?avons pas de baguette magique. Il faut s?organiser et construire des centres commerciaux. On risque d?avoir une petite baisse d?emploi et il faut espérer que cela sera compensé dans deux à trois ans.
Nous allons vers une société de consommation. Est-ce que les gens en ont les moyens ?
Le gouvernement ne veut pas particulièrement faire une société de consommation. Le message du gouvernement est : «Je vous ai beaucoup taxés dans le passé, j?ai des engagements envers la WTO, la Comesa et la SADC de baisser les taxes. De par ces trois exigences, de par notre envie d?améliorer votre sort, je vais baisser les taxes.» C?est une bonne chose en soi, non ?
Quand on gonfle artificiellement le pouvoir d?achat d?une personne?
?elle peut faire deux choses. Si elle se montre maligne, elle va à la banque et ramasse ses sous pour investir plus tard. Le compulsif dépensera son argent tout de suite.
Mais on encourage quand même la consommation ?
(Hésitations?) Bonne question. Est-ce qu?on encourage la consommation en baissant les prix ? Oui. Mais je ne crois pas que cela a été fait sciemment pour augmenter la consommation. La duty- free island, c?est pas pour que les Mauriciens s?achètent des caméras, des Louis Vuitton et des Christian Dior. C?est pour attirer plus d?étrangers.
Totalement valable en soi. Ces 1 800 articles locaux, les petits pois, les jus qu?on va baisser, c?est pour aider le petit peuple?n
«Le gouvernement a péché dans sa façon de faire. Il aurait fallu plus de discussions avec le secteur privé concernant le timing et comment faire pour aider l?industrie locale.»
«Avant de mettre le concept en place, il fallait contrôler les prix. Celui du producteur mauricien est contrôlé. Par contre, si vous importez, votre prix n?est pas contrôlé.»
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