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Du droit de grève
Il est un fait que l?«Industrial Relations Act » (Ira) est une loi archaïque et contraire aux droits des salariés. L?éventuelle introduction du « Employment and Labour Relations Bill » constitue une opportunité. Dans un pays où les grèves du début des années 70 ont été décrites comme un des actes les plus irresponsables, la notion de responsabilité professionnelle et syndicale mérite d?être interrogée. Le droit de grève a toujours été un droit refusé aux salariés. Cela a été un moyen de contribuer au processus de désyndicalisation. Un processus accéléré au point de faire des syndicats des relais sans réels pouvoirs sauf dans des secteurs précis.
Avec l?«Employment and Labour Relations Bill», il ne s?agit pas seulement de se conformer aux dispositions du Bureau international du travail (BIT). Il n?est pas non plus uniquement question de relations industrielles. Il s?agit de doter ce pays de dispositions relatives au monde du travail qui accélèrent la dynamique de maturation de toute une société. Avec des employeurs qui, au mieux, se montrent condescendants et, au pire, indifférents aux syndicats, il était important de redéfinir les rapports industriels.
Dans les faits, le patronat n?a guère intérêt à se montrer trop exigeant ou voyant dans toute cette affaire. Dans une société et un univers professionnels où l?individualisation des régimes s?impose comme la règle, il ne tirera rien d?un quelconque antagonisme. Les salariés, eux-mêmes, du moins ceux qui ne sont pas dans certains services publics, fonctionnent au-delà des canons du rapport classique patronat-syndicat. Pour les autres, il y a un besoin d?un recours crédible. A ce chapitre, l?Etat incarne mieux ce relais que les syndicats. C?est ce qui explique d?ailleurs le phénomène graduel de désaffection syndicale. Les syndicats ne peuvent donc rester stoïques face à une situation qui confirme l?érosion de leur champ d?intervention.
Dans un tel contexte, il est évident qu?ils continueront à se battre pour quelques symboles et références qui ont depuis toujours constitué des déterminants essentiels de leurs actions. Une situation qui est devenue d?autant plus précaire qu?ils ont perdu leur charme en tant que pourvoyeur d?individus susceptibles de se joindre à la classe politique. Dans un tel environnement socio-politique, il faut s?accrocher à certains idéaux. Le droit de grève en fait partie. S?il ne s?agissait que de cela, une banalisation des revendications et attentes des syndicats n?aurait étonné personne. Mais il n?est pas seulement question de cela. Il s?agit du droit de tout salarié de bénéficier d?un moyen d?entrer dans un rapport de force avec l?employeur où sa fonction et sa personne ne sont pas simplement instrumentalisées.
Reconnaître le droit de grève aurait été un moyen à l?Etat de pourvoir l?employé de cet outil qui ne le soumet plus aux seuls diktats de son employeur. Mais c?est un pas que de nombreux gouvernements ont peur de franchir. Peur que ce soit les syndicats qui n?instrumentalisent les employés. Peur que le monde du travail ne vienne enrayer la machinerie de la société économique libérale.
Ces constats ne seraient pour certains observateurs que du simplisme, voire une tentative désespérée de s?accrocher à des ordres anciens. Ils n?auraient pas entièrement torts. Il n?empêche que le capital, lui, reste un groupe homogène même s?il ne l?affiche pas. Il est un interlocuteur pris en compte et pris au sérieux par l?Etat. Il a une parole d?autorité et il exploite les multiples possibilités que lui offre cette parole. Il n?en est pas de même pour les employés. Surtout ceux qui évoluent dans des secteurs sensibles. L?Etat a une responsabilité à cet effet.
Les lois du travail protègent déjà les entreprises. Même s?il ne s?agit pas de remettre entre les mains des salariés un outil de marchandage, il est important de rappeler que le droit de grève est un droit fondamental même s?il est controversé. Le fait qu?un gouvernement tente aux derniers moments de sa législature d?introduire une nouvelle loi industrielle en dit long sur le rôle du salarié.
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