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?Il faut être motivé pour devenir chirurgien?
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?Il faut être motivé pour devenir chirurgien?
● Parlez-nous de vous.
Cela peut paraître prétentieux formulé ainsi mais je suis ce qu?on appelle un professeur de classe exceptionnelle, c?est-à-dire que dans le système médical français, je suis au point le plus élevé de la pyramide. A la base, je suis chirurgien thoracique et vasculaire. En 1985, j?ai créé un service de chirurgie thoracique et vasculaire au Centre hospitalier universitaire (CHU) de Montpellier. Aucune autre équipe que la nôtre ne faisait les deux spécialités. Chaque année, le journal Le Point publie un classement des meilleurs services de France et nous nous sommes classés 10es pour la chirurgie thoracique et 16es pour celle vasculaire. Ce qui constitue une très bonne performance. J?ai présidé la Société française de chirurgie vasculaire en 1999 et organisé la même année le congrès national de ladite société à Montpellier. J?ai enseigné à l?université. Le premier professeur que j?ai formé a été nommé en 1994 et le second l?an dernier. J?ai créé une antenne de chirurgie thoracique et vasculaire à l?hôpital de Nîmes et actuellement j?agis comme consultant auprès du CHU de Montpellier. Je n?ai jamais exercé dans le privé alors que j?en avais le droit mais pour moi, c?est une question d?éthique personnelle.
● Quel est le but de votre visite à Maurice ?
Je suis fier d?avoir formé le Dr Reuben Veerapen. Ce chirurgien thoracique et vasculaire mauricien est actuellement chef de clinique au CHU de Montpellier. Lui et moi sommes à Maurice depuis un mois dans le cadre de la signature d?une convention entre le ministère de la Santé et le CHU de Montpellier. L?objectif de cette convention est de former en chirurgie générale et sur une période de cinq ans, cinq généralistes mauriciens. Nous serons plusieurs à assurer cette formation. Outre Reuben et moi, il y aura aussi le professeur Navarro qui est chirurgien viscéral. D?autres urologues interviendront aussi. La formation théorique dure deux ans et s?accompagne de démonstrations chi- rurgicales généralistes. Cette année, ils auront trois séminaires théoriques dont le premier a déjà démarré lundi et à la fin de l?année, ils seront évalués par nous. L?an prochain, trois autres séminaires théoriques les attendent avec une autre évaluation en fin d?année. Ensuite, ils viendront sur Montpellier comme internes pour trois ans et effectueront une rotation dans tous nos services. S?ils réussissent à la fin de l?évaluation terminale, ils recevront un diplôme de l?université de Montpellier.
● Comment ces cinq généralistes mauriciens ont-ils été sélectionnés ?
Ils se sont portés volontaires pour cette formation de chirurgiens généralistes. Cela peut paraître étrange mais nous préférons prendre des volontaires car il faut de la motivation pour devenir chirurgien. Autrement, on ne peut tenir le rythme. Le plus âgé a 42 ans et le plus jeune, 32 ans. Nous les avons soumis à un examen écrit et à un entretien. Tous sont extrêmement motivés. Et c?est un atout. Cette formation en chirurgie générale est une demande du ministère de la Santé mauricien car elle correspond aux besoins locaux. Cela dit, il y a un manque de relève en France également. D?ici cinq ans, il y aura une pénurie de chirurgiens mais aussi de généralistes en Europe. Et ceci parce que les médecins d?aujourd?hui n?ont pas la même motivation que les médecins d?autrefois, qu?ils sont mal payés dans le service public, qu?ils veulent tous avoir une qualité de vie et ne pas travailler au-delà de 35 heures. Et puis, il y a un phénomène à l?américaine qui s?est répandu : les gens sont devenus procéduriers, c?est-à-dire que les malades sont agressifs et leurs parents aussi. Je me demande qui soignera nos petits enfants demain. C?est inquiétant.
● Comment avez-vous trouvé l?hôpital SSRN où vous avez évolué hier ?
Un hôpital vieillit comme tous les hôpitaux. Le vôtre date de 1968 mais je le trouve correct. De plus, les gens connaissent leur métier. De ce fait, je suis favorablement impressionné.
● La chirurgie cardiaque coûte cher. Croyez-vous qu?un service public comme le nôtre puisse faire les frais d?une médecine de pointe ?
Les interventions spécialisées sont onéreuses. Votre système de santé public ne pourra pas indéfiniment les supporter. Il faudrait trouver un système d?assurances car autrement, vous ne vous en sortirez pas.
Propos recueillis par Marie-Annick SAVRIPÈNE
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