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Oublier le Heysel pour toujours

5 avril 2005, 00:00

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Excitation et euphorie. Douleur et recueillement. Entre les plus jeunes supporters de Liverpool et de la Juve et les plus anciens, qui ont connu le drame du Heysel, il y a un fossé émotionnel, voir de l?incompréhension.

Mais quels que soient les sentiments qui assailleront les téléspectateurs du monde entier ce soir, tout le monde est d?accord pour arrêter de ressasser l?atrocité de la catastrophe du Heysel et rendre hommage aux 39 morts, pour la plupart Italiens, qui avaient été piétinés après une charge de supporters anglais.

Si les supporters des deux camps se disent prêts à pardonner, ce sont les joueurs qui vont donner un vrai sens au remake de ce soir, vingt ans après la victoire de la Juve sur la bande à Dalglish sur un penalty de Michel Platini.

Le même Platini donnait un témoignage poignant, quelques jours après la tragédie, dans Paris-Match (NdlR : que notre confrère Robert Deschambaux a gentiment mis à notre disposition). Le lendemain de ce match funeste, il était conduit dans les studios de la RAI, la télévision italienne, en compagnie du reste de l?équipe italienne.

?Là, j?ai vu défiler les images de l?assassinat collectif?, dit-il. ?C?était horrible. Nous étions atterrés. J?ai eu le coeur brisé. La veille, en entrant sur le terrain, nous ne pouvions mesurer l?étendue et les circonstances de ce carnage. Tandis que là?

?(?) Quand je suis retourné auprès de mes camarades, j?avais la tête pleine des souffrances des supporters italiens. J?entendais des interpellations désespérées : ?S?il vous plaît, ne jouez pas ! C?est une honte ! Il y a des morts ! Ne jouez pas !?

(?) Plus tard, en me rendant à la conférence de presse, j?ai croisé les joueurs anglais. Nous nous connaissons, fatalement, Dalglish, Neal etc. Bien sûr, ils n?étaient pour rien dans le désastre, mais ils baissaient la tête. Ils portaient la honte sur eux.?

Édifiant témoignage de l?ancien capitaine des Bleus qui avoua que son envie d?aller jouer en Angleterre était passée après cet épisode traumatisant en finale de la Coupe des champions 1985?

Le plus étonnant c?est que le match se déroula quand même, alors que les corps sans vie étaient regroupés sous un chapiteau à l?extérieur du stade, sous prétexte de ne pas provoquer encore plus la colère des hooligans. Une aberration impensable 20 ans plus tard.

Michel Platini expliquait encore : ?Un match il y en a eu un et, paradoxalement, un bon match. Liverpool a joué crânement sa chance. Mais nous avons gagné. J?ai marqué le but vainqueur et, si j?ai esquissé un geste de joie, c?était surtout de rage, dans le feu du jeu. Un jeu auquel nous nous sommes abandonnés comme pour mieux chasser la souillure.? Les supporters des Reds soutiennent habituellement, quant à eux, que leurs protégés n?avaient plus le coeur à jouer normalement après les incidents d?avant match.

Par la suite, les dirigeants des deux équipes ont souvent essayé d?organiser des matches amicaux afin de rapprocher les deux camps et les deux clubs se disent aujourd?hui amis. Il est vrai que beaucoup d?eau a coulé sous les ponts et que le phénomène du hooliganisme a changé de camp?

Mais que l?on soit un très jeune fan de Liverpool ou un vieux de la vieille, une seule chose comptera ce soir : chasser les vieux démons du Heysel et vaincre enfin, la Juventus, pour ne plus repenser aux déceptions du passé. D?ailleurs, l?ancien stade belge a été détruit et remplacé par le stade du Roi Baudouin.

Coïncidence ou pas, les Reds quadruples vainqueurs de la C1 n?ont plus atteint la finale de cette compétition depuis le fameux 29 mai 1985. À Turin comme à Liverpool, on veut boucler la boucle à travers ces retrouvailles historiques, et ranger le Heysel au placard à souvenirs à tout jamais. Anfield, le monde te regarde !

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