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A chacun son métier
Le secrétaire de la Mauritius Sanatan Dharma Temples Federation (MSDTF), Pramanund Newoor, a tiré la sonnette d?alarme hier pour prévenir contre toute politisation de la fête Maha Shivaratree. Cet avertissement est opportun. Il s?applique tant aux dirigeants politiques qu?aux chefs religieux eux-mêmes.
En raison des récents événements politiques, dont la défection d?Anil Bachoo, le Ganga Talao risque d?être converti cette année en champ de bataille avec des activités plus intenses que d?habitude. Si les uns et les autres ne s?imposent pas une rigueur le lac sacré deviendra une plate-forme pour des règlements de compte politiciens.
Manifestement, il y a deux camps qui se préparent pour l?affrontement. D?un côté, se trouvent les responsables des sociétés religieuses proches de la mouvance des frondeurs du MSM. Et de l?autre, les ministres qui cherchent à contrecarrer l?influence d?Anil Bachoo sur ces sociétés.
Au final, il est possible que les pèlerins soient amenés à écouter des messages religieux des politiciens et des harangues politiciennes des chefs religieux. La confusion des genres aura atteint son comble.
La responsabilité de ces dérives est partagée. Quand les responsables des sociétés religieuses ou socio-religieuses offrent le micro aux dirigeants du pays, ils cherchent surtout à s?attirer les bonnes grâces des princes. Et, pour leur part, quand des hommes politiques sont invités à prendre la parole à des rassemblements à vocation religieuse, ils n?ont aucun scrupule à accepter l?offre.
Cet enchevêtrement entre la politique et la religion ? de quelque confession que ce soit ? a des conséquences néfastes pour la gestion du pays. Des chefs religieux peuvent utiliser leur position pour déchaîner des passions et influencer des décisions d?intérêt national. Des lobbies socio-religieux profitent de leurs accointances avec les notables pour influencer le choix des ministres ou des grands commis de l?Etat. Le dirigeant politique qui est prisonnier de ses fréquentations cède facilement aux chantages des groupes religieux.
Le mélange entre la politique et la religion est fondamentalement mauvais. Il n?appartient pas aux ministres de la République de s?adresser à des fidèles réunis pour des offices religieux. De même, il ne viendra à l?esprit de personne de demander à un chef religieux de donner son point de vue sur un projet de développement économique ou sur la manière de mener une enquête policière. Il y a une ligne de démarcation que chacun se doit de respecter.
Un raisonnement vicieux pousse parfois les responsables religieux à expliquer leur motivation à offrir le droit à la parole aux politiciens à l?occasion des fêtes religieuses. L?un d?eux, Samraj Auckloo, ancien vice-président de la Mauritius Sanatan Dharma Temples Federation, se justifiait ainsi peu après la Maha Shivaratree l?an dernier : ?Des ministres, et non des moindres, ne se sont épargné aucune peine pour faire de ces célébrations un succès. On aurait difficilement apporté des améliorations sans le soutien du gouvernement, donc des politiciens.? Il y a quelques semaines, à Belle-Terre, une société hindoue glorifiait des politiciens qui avaient accédé à sa demande pour un lopin de terre pour la construction d?un temple.
Pourtant ces actions des politiciens ne constituent pas des faveurs. Le politique qui répond à une attente collective ne fait qu?exercer son métier. Cela ne doit forcer personne à chanter ses louanges en retour. Il vaut mieux les réserver pour les vrais dieux.
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