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?Il faut maintenir la croissance à 8 %?

2 mars 2005, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

● Un récent rapport d?experts néerlandais sur l?accès aérien, commandité par le gouvernement, estime que les hôtels mauriciens sont trop chers. Qu?en pensez-vous ?

Je ne viens apporter aucun démenti à ce rapport mais je veux plutôt évoquer les raisons derrière la réalité du produit.

Le rapport néerlandais fait ressortir que le prix des hôtels a augmenté de 31,5 % entre 2001 et 2004, ce qui veut dire une augmentation cumulée de 9,5 %. En réalité, les clients n?ont pas forcément payé plus cher leurs prestations, en euros. Le chiffre évoqué dans le rapport renvoie, en fait, au revenu moyen par chambre. Celui-ci est élevé car les chambres se vendent mieux pendant la haute saison et moins durant la basse saison.

Il est important de noter que sur les trois dernières années et jusqu?à septembre 2004, il y a eu une faible croissance, après les attentats du 11 septembre 2001 et avec l?appréciation du dollar. Face à une telle situation, il n?y a pas eu de réaction. Pour emprunter un terme sportif, nous aurions dû ?rehausser le niveau de notre jeu??

Les hôtels sont montés en gamme, entre 2001 et 2004, avec des investissements de Rs 12 milliards, répartis entre les rénovations et les ouvertures. Parallèlement, le budget de promotion des hôtels a augmenté de 20 %, chaque année, durant la même période.

● Mais au-delà du prix des hôtels, la destination mauricienne n?est-elle pas trop chère sur le marché international ?

Oui, de mai à septembre, pour le marché international, pour le rapport qualité-prix, Maurice est chère. Ce qui explique les creux, car de mai à septembre l?offre de l?hôtellerie en Europe, notre principal marché (près de 70 % des parts, Ndlr), se multiplie par 100, sur la Côte d?Azur, dans les Baléares, en Sardaigne, en Turquie. Alors qu?ici la température de l?eau baisse?

Afin de contourner le problème, il faudrait résoudre l?inadéquation entre sièges d?avion et chambres d?hôtels. Quant à la baisse des prix, nous la pratiquons déjà, en basse saison.

● L?introduction de vols charters contrôlés serait-elle l?une des solutions ?

C?est une solution. On l?a déjà fait sur une base ad hoc. Cela aide à remplir les trois-étoiles. Mais ça n?aide pas le c?ur du business qui est d?augmenter la part des grands marchés comme la Grande-Bretagne, l?Allemagne et l?Italie en les amenant au même niveau que la France.

L?introduction de vols journaliers, par Air Mauritius, sur Londres devrait être l?offre qui créera la demande. Avec quatorze vols hebdomadaires sur la Grande-Bretagne ou l?Allemagne on peut s?attendre à une réelle croissance.

● A la lumière du rapport néerlandais quelle est aujourd?hui la position de l?AHRIM sur la question de l?accès aérien ?

Le rapport est très pertinent. Il recommande notamment qu?il y ait une nouvelle politique d?accès aérien pour plus de fréquences. La création d?un département indépendant pour appliquer la politique d?accès aérien et évaluer les demandes des uns et des autres, serait un pas dans la bonne direction. Ce sera un peu comme ce qui se fait au niveau des télécommunications dans l?île.

Les hôteliers, pour leur part, souhaitent plus de dynamisme au niveau du marché et plus de places dans les avions. Mais il y a déjà beaucoup de travail qui a été abattu au niveau de la promotion et de l?accès aérien, malgré l?inadéquation qui existe parfois entre le nombre de sièges et le nombre de chambres.

On note en tout cas une croissance depuis septembre 2004. Il faut la maintenir à 8 %. C?est la vitesse de croisière à laquelle la destination mauricienne doit évoluer.

● A ce rythme, le nombre de touristes devrait vite atteindre le million?

Une île comme Ibiza qui abrite 300 000 habitants, accueille 3 millions de touristes. À Maurice, l?hôtellerie n?occupe que 20 % du littoral et dans des îles comme les Baléares, la densité est plus forte. Un million de touristes ça fait, pour un mois comme décembre, quelque 40 000 visiteurs sur l?île, en même temps. On est loin du seuil de tolérance?

Le défi c?est plutôt de remplir les chambres disponibles, toutes celles qui sont venues s?ajouter au parc hôtelier entre 2003 et 2004.

● Faut-il donc arrêter les projets ?

Non, ce n?est pas ce que je dis. Je dis plutôt qu?il ne faut pas tuer la poule aux ?ufs d?or.

● Il y a beaucoup de nouveaux venus dans ce secteur, depuis quelques années?

Il y a effectivement beaucoup de nouveaux venus. Mais nous évoluons sur un marché libre. Les projets ces dernières années ne proviennent pas des deux plus gros groupes. Et pourtant je note qu?au chapitre des projets le gouvernement en prévoit seize, avec un investissement de Rs 7 milliards.

● Les grands groupes ne sont plus intéressés à investir dans de nouveaux projets hôteliers ?

Il faut en avoir les moyens? En quatre ou cinq ans One & Only a investi Rs 3,3 milliards, Hôtels Constance Rs 2,5 milliards, Naïade Resorts Rs 2 milliards. Il faut donc rembourser et surtout consolider les assises.

● Les grands groupes n?ont donc plus ?faim? ?

Bien sûr que si ! Il faut cependant développer en fonction de ce qui est disponible mais surtout essayer d?élargir la zone économique mauricienne. En ce qui concerne les sites, on ne peut pas installer un cinq-étoiles sur un site trois-étoiles. Les Integrated Resort Schemes (IRS) peuvent attirer les hôteliers?

Mais il s?agit surtout d?ajouter de la valeur aux établissements existants, introduire de nouveaux concepts. La restauration, par exemple, a beaucoup évolué et Maurice est aujourd?hui reconnue comme une destination de tout premier plan pour la gastronomie. De plus, il y a les spas, les golfs?

● Y a-t-il aujourd?hui consensus au sein de l?AHRIM, notamment entre les grands et les petits opérateurs ?

À l?AHRIM, il n?y pas de grands ou de petits membres. Chacun a un droit de vote égal. Il y a de petits hôtels, de moins de cinquante chambres, qui sont très performants qui sont de belles success stories. Il y a de plus en plus de place pour ce type d?établissements mais ils devront apporter de la valeur ajoutée à leurs produits.

Le soleil brille vraiment pour tout le monde, surtout à Maurice. Mais le tourisme, c?est un secteur qui demande cependant beaucoup d?efforts. Il faut être le premier à se lever et le dernier à se coucher.

Propos recueillis par Thierry CHATEAU

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