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Incorrigible, SSR reparle de ?prospérité sans précédent?

7 novembre 2004, 20:00

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Il suffit de l?inauguration de la State Bank de Triolet pour que Seewoosagur Ramgoolam reprenne le refrain de la ?prospérité sans précédent? qui a pourtant conduit le pays à une dévaluation de 30 % de sa roupie. ?Ena ene prosperite kouma zame tiena me dimoun zame pou kontan?, affirme-t-il, en déplorant cependant la ? furie de consommer et de dépenser? des Mauriciens depuis le boom sucrier de 1973-76. Il donne la garantie formelle qu?il n?y aura pas d?autre dévaluation. Il tiendra parole jusqu?à la date de la prochaine élection (fin septembre 1981). Ringadoo donne la même garantie. La lang pena lezo. Ils se prévalent de la multiplicité des succursales bancaires pour vanter ?la prospérité sans précédent? de Maurice.

Toujours insolent, l?express, en guise de légende à une photo de coupe-ruban inaugural, parodie une chanson très connue : Tout va très bien/, Monsieur l?Premier ministre/, Tout va très bien (bis)/ Mais après tout, il faut qu?on vous le dise/ On déplore un tout petit rien/ Un incident, une bêtise/ Dévaluation d?une roupie/ Mais à part de ça/ Monsieur l?Premier ministre/ Tout va très bien (bis) Zoin ! Zoin ! Ringadoo explique que, contrairement aux autres banques, la State Bank n?exige pas de solides garanties pour prêter de l?argent aux? petits.

Le Parlement est sur?pris quand le ministre des Prix, Simadree Virahsawmy, lui annonce que la dévaluation de Ringadoo, ayant été faite le 24 octobre, un des? 22 jours fériés de l?année, ce n?est que le surlendemain que son ministère a pu mettre en place le dispositif anti-hausse des prix indue, anti-pénurie artificielle et anti-stockages illégaux. La dévaluation n?a pas été précédée d?une évaluation adéquate des stocks existants, permettant, de ce fait, le Festival des commerçants.

La surprise devient générale quand le député PSM (ex-contestataire du PTr), Radha Gungoosingh, dépose une lettre émanant du ministère de Ringadoo demandant aux détaillants, peu après l?annonce de la dévaluation, de suspendre provisoirement la vente des fertilisants. Gungoosingh n?écarte pas la possibilité que d?autres documents officiels analogues existent concernant d?autres articles de consommation. ?Pourquoi le gouvernement n?avoue-t-il pas qu?il protège les commerçants ?? demande-t-il. Notons, à propos des fertilisants, que la Mauritius Chemical and Fertilizer Industry augmente ses prix de 32%.

L?express évoque quelques ?joies de la dévaluation?. Jean Allot, directeur de CODIP, constate que les prix de vente des magazines prennent l?ascenseur : Paris Match (Rs 9.45 au lieu de

Rs 6.50), L?Express de Paris (Rs 13.85 au lieu de Rs 9.45 et d?une roupie pour l?express de Port-Louis), Shoot, un magazine très prisé par les enfants (Rs 11.60 au lieu de Rs 7.50). Eta ! dévaluation meillère ki dépréciation !

Bertyco Berthelot interroge Maurice Paturau. Avec sa sagesse coutumière, le coordonnateur du Joint Economic Council propose de payer nos importations avec nos seules exportations. Ne confondons pas causes et symptômes. Vivre au-dessus de nos moyens est un crime. Maurice dépend de ses importations pour obtenir ses produits essentiels. Elle doit donc baser son développement sur une industrialisation axée vers l?exportation et maintenir coûte que coûte sa compétitivité. Si ?Sugar Mentality? il y a, elle a permis une diversification industrielle exemplaire. Partie de rien en 1972, l?île Maurice compte, en 1979, 80 usines de zone franche, employant 18 000 personnes et rapportant une demi-milliard en devises.

Le sucre bénéficie de deux siècles d?expérience qui ne s?acquièrent pas aisément. L?industrie de substitution, préconisée par Meade, a montré ses limites dans les années 1960, en raison de l?exiguïté du marché mauricien. La voie est sans retour quand le ?made in Mauritius? coûte plus cher que le produit importé. La dévaluation a au moins le mérite de protéger les produits locaux. L?autosuffisance est un mythe pour une île comptant un million d?habitants. La dévaluation soutient nos exportations. Maurice progresse sur le plan industriel. La situation serait meilleure sans une surenchère salariale anéantissant certains aspects positifs. La dévaluation est une excellente occasion de faire le point en tant que nation. Revoyons donc nos priorités et nos stratégies.

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