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Drame de St.-Paul : l’enquête s’oriente vers la secte Eckankar
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Drame de St.-Paul : l’enquête s’oriente vers la secte Eckankar
Deux médaillons portant le sigle EK se trouvent sur les cadavres de Crithika Mawooa et de Rajesh Dhayam. Ces indices ont conduit les enquêteurs à l’hypothèse selon laquelle la secte Eckankar serait derrière la mort de dix personnes à Béchard Lane, St.-Paul.
Le Forensic Science Laboratory (FSL) a de son côté confirmé hier que les victimes sont mortes à la suite d’un empoisonnement au cyanure. L’express, dans son édition de samedi, en avait déjà fait état.
Les enquêteurs s’attellent ainsi à rechercher plus de détails sur le fonctionnement et les rituels de la secte Eckankar. Ils cherchent également à établir l’identité des principaux dirigeants. Un homme, soupçonné d’avoir assisté à plusieurs reprises à des rassemblements de cette secte subit actuellement un interrogatoire serré.
Entre-temps, de nombreux indices recueillis par les enquêteurs sur les lieux du drame tendent vers la thèse de la secte. Notamment la découverte, au domicile des Mawooa à St.-Paul, d’une lettre de Maya Jhowry, l’une des victimes, adressée à Crithika Mawooa. Datée du mois de juin, la correspondance évoque l’admiration et le total dévouement de Maya à son “gourou”.
De nombreux témoignages recueillis démontrent en outre que Crithika évoquait sans cesse “ la spiritualité et la philosophie de la vie” avec des membres de sa famille. “ Elle se perdait fréquemment dans des débats interminables sur les différentes religions mais se livrait à ses propres interprétations”, affirme Vinod Mawooa, cousin de Crithika. Il ajoute que cette dernière s’exprimait de manière “inhabituelle” et que “l’influence dont elle faisait l’objet se voyait rien qu’à la façon dont elle s’exprimait”.
Dans une lettre de quatorze pages retrouvée à côté de son cadavre, Crithika fait part de ses désillusions et de sa détresse extrême par rapport à sa vie. Elle mentionne les noms d’une dizaine de personnes qui auraient refusé de lui accorder de l’aide. Parmi ces derniers, des casseurs qui auraient refusé de lui prêter de l’argent.
Selon une hypothèse des enquêteurs, le “maître de cérémonie” aurait fait croire aux autres victimes qu’il leur fallait ingurgiter de l’eau pour purifier leur corps et leur âme afin de retrouver la paix et le bonheur. Mais, au bout du rituel, la mort qui les attendait. Car leurs verres d’eau contenaient une certaine dose de cyanure, suffisant pour provoquer une mort quasi instantanée. Le maître de cérémonie se serait ensuite donné la mort comme il l’avait programmé à l’avance.
L’autopsie, pratiquée dans la journée de samedi, a révélé que le cadavre de Crithika Mawooa était dans un état moins avancé de décomposition que ceux des autres victimes. Ce qui laisse donc penser que cette dernière serait morte en dernier.
L’enquête policière est menée par la Criminal Investigation Division de Phoenix, dirigée par le surintendant de police, Anand Ramchandar. La Major Crime Investigation Team (MCIT) avec à sa tête, le surintendant de police, Clifford Parsad s’est aussi jointe aux investigations.
La police a également informé les familles des victimes qu’elle objecte à l’inhumation des corps. La raison : un nouvel élément pourrait surgir au cours de l’enquête. “Nous devrons donc enterrer Rajesh dès que nous serons autorisés à récupérer son corps”, explique Jayprakash Dhayam, frère de la victime.
La Corporation nationale de transport (CNT) a de son côté consigné dans la journée d’hier une déposition à la police. Elle voudrait récupérer un véhicule de la marque Toyota appartenant à son ancien directeur général adjoint, Rajesh Dhayam. Ce dernier s’était joint à la CNT en octobre dernier avant d’être employé comme Administrative assistant au Mahatma Gandhi Institute (MGI).
Il avait été licencié en mars dernier à la suite de rapports défavorables sur son emploi du temps. Des cadres de cet organisme avaient émis des critiques concernant ses compétences et sur l’absence de garantie pour un prêt bancaire de plus de Rs 350 000.
Le prêt a été utilisé pour l’achat d’une voiture de couleur gris métallisé. La CNT a entré une action en Cour suprême pour réclamer un ordre de saisie du véhicule qui reste pour l’instant introuvable.
IDENTIFICATION
<B>Hervé Janvier, le 10e cadaver</B>
■ Il était porté disparu depuis le 20 novembre 2002. Et Hervé Janvier, 49 ans, a finalement été identifié hier comme étant le dixième cadavre retrouvé vendredi d’une des deux chambres situées au rez-de-chaussée dans une maison à Béchard Lane, St-Paul.
La victime résidait aux Flats Bhunjun, Quatre-Bornes. Elle était connue dans le milieu des courtiers des environs du bâtiment Emmanuel Anquetil à Port-Louis. Son nom a été cité dans le cadre de l’enquête de l’ Anti-Drug and Smuggling Unit (ADSU) dans l’affaire Vinay Deelchand.
Le jour de sa disparition, il aurait été en possession de plusieurs documents et disquettes concernant la vente des terres. Hervé Janvier était par ailleurs recherché par le Central Criminal Investigation Departement pour une affaire de fausse carte d’identité.
RITES ET RITUELS
<B>Eckankar, classée secte “dangereuse” en France</B>
■ Eckankar dont le siège se situe dans le Minnesota, aux Etats-Unis, a quelque 50 000 adeptes répartis dans 100 pays dont Maurice. Des ex-disciples racontent sur des sites Internet que ceux qui ont tenté de s’éloigner “du maître” ont perdu leur statut spirituel et doivent recommencer leur “journée” dans les plantes, les animaux ou les boissons minérales telles que l’eau, un agent purificateur. La crainte est telle chez certaines personnes qui croient avoir trahi leur “maître” souffrent d’une forme de dépression qui les pousse au suicide. La dépression peut durer des années et pour s’en sortir nombreux de ces ex-adeptes ont eu recours à des psychologues.
Comme dans le bouddhisme et l’hindouisme, le karma est un facteur clé pour l’adepte d’Eckankar. Selon les détracteurs, la secte aux Etats-Unis aurait des rituels assez proches ceux de l’église de Scientologie, aussi classée secte “dangereuse” en France.
L’argent alimentant la caisse de la secte Eckankar provient des ventes de cassettes, vidéos, livres de méditations, entre autres.
<B>Entre démence et foi aveugle</B>
Mourir pour une cause. L’histoire des hommes abonde en récits de tels “dons ultimes” de soi, tantôt glorifiés comme gestes de bravoure, tantôt décriés comme actes de démence. Tout dépend de la cause. Mais quand la raison de se tuer n’est que la volonté de croire en un idéal de fraternité et de partage, en un dieu, mourir semble moins héroïque. Pourtant, les gens ont toujours éprouvé le besoin de croire, au risque de se livrer à quelque messie autoproclamé et suicidaire. L’histoire en est souillée d’exemples.
<B> L’Ordre du Temple solaire</B>
D’octobre 1994 à mars 1997, une série de massacres où disparaissanent 74 adeptes de l’Ordre du Temple solaire, secte créée dix ans plus tôt par Luc Jouret. Ce médecin belge, spécialisé en homéopathie, adepte de l’ésotérisme et de l’occultisme, est inspiré du Suisse Joseph Di Mambro, ancien patron horloger et fondateur d’un mouvement ésotérique en 1974, la “Fondation Golden Way”.
L’Ordre du Temple solaire se fonde sur l’avenir précaire de la Terre. Il se donne pour mission de réunir une élite spirituelle et de la préparer à survivre à l’Apocalypse.
Les membres, quelque 350 au total, sont recrutés parmi les nantis et professionnellement bien établis en France, au Canada et en Australie. Ils sont complètement assujettis à Di Mambro et Jouret et mettent des fortunes au service du mouvement.
Mais avec le temps, l’autorité des deux gourous est fragilisée. Pris de paranoïa et s’estimant menacés par les adeptes et les autorités policières et fiscales, ils décident de précéder l’Apocalypse en supprimant tout le produit de leurs œuvres.
<B>La Porte du Paradis</B>
“La vie terrestre est fondamentalement corrompue par le mal. La civilisation est condamnée. L’Apocalypse approche et seule une minorité d’élus, choisis pour leur niveau au-dessus des hommes seront sauvés : ils quitteront leurs corps, ces conteneurs temporaires de l’âme, embarqueront dans un ovni, et seront réincarnés dans une autre planète.” Paroles du couple fondateur de la secte de la Porte du Paradis. Le 26 mars 1997, ce mouvement fait 39 victimes à Santa Fé, en Californie.
Les adeptes se sont tués au phénobarbital. Ce n’étaient pas des marginaux mais des gens souriants, réputés équilibrés. Ils habitaient dans des villas luxueuses et s’occupaient de la création de sites Internet. Le Web leur servait aussi d’outil de prosélytisme.
La secte de la Porte du Paradis est fondée par Marshall Applewhite, homme profondément catholique et passionné de musique qui vivait mal son homosexualité. Bonnie Lu Nettles, une infirmière qu’il rencontre lors d’un passage dans un hôpital psychiatrique, est son premier acolyte.
<B>Aum Shinri Kyo</B>
L’attentat au gaz sarin dans le métro de Tokyo à une heure de pointe en 1995 fait 12 morts et 5 500 blessés, plus ou moins graves. Ce bilan donne la mesure de la menace qui a pesé sur tout le Japon à un moment. Une menace nommée Aum Shinri Kyo.
La secte est créée en 1987 par un malvoyant mégalomane, Chiuzo Matsumoto, alias Shoko Asahara, qui s’autoproclame héritier spirituel du Bouddha et du Christ. La doctrine est plutôt hétéroclite : culte du dieu hindouiste de la destruction, Shiva, l’occultisme, vénérant entre autres, Hitler… Le gourou est surtout obsédé par l’idée de conspirations occidentales contre le Japon.
La secte réunit quelque 10 000 adeptes. Elle infiltre les sphères du pouvoir politique, militaire et administratif japonais. Elle investit des laboratoires high-tech et s’entoure de scientifiques et de techniciens doués. D’avocats aussi.
Après l’attentat du métro, les autorités japonaises agissent contre la secte. Les enquêtes exposent un projet d’annihilation.
Et la secte avait réuni suffisamment de produits chimiques pour tuer 6 millions de personnes. Avant l’arrestation de ses dirigeants et sa dissolution par les autorités japonaises, Aum Shinri Kyo brandissait la menace nucléaire. Elle avait une forte pénétration dans l’administration et l’armée russe et venait d’acheter un champ uranifère en Australie.
Les Davidiens de Waco</B>
Printemps 1993, Waco, Texas. Une ferme, érigée en forteresse où se réfugient les disciples de David Koresh, jeune Américain qui se prend pour Jésus-Christ, explose. Bilan : 72 morts.
Le groupe des Davidiens de Waco, une dissidence adventiste, est créé en 1935. David Koresh, jeune adventiste préférant la guitare et la Bible à l’école, s’y joint alors que la secte existe à peine. Il finit par en devenir le maître absolu. Avec ses disciples, il se prépare lui aussi à survivre à la fin du monde. Ils fortifient la vieille ferme où la secte a élu domicile, aménagent un bunker et réunissent un véritable arsenal.
Alertées, les autorités fédérales vont perquisitionner. Elles sont accueillies par une salve de feu. Débute alors une guerre des nerfs qui durent 52 jours. Les autorités misent sur l’instinct de survie des mamans se trouvant à Waco et ont ordonné une attaque au gaz lacrymogène.
Mais c’était sans compter l’ampleur de l’endoctrinement subi par les adeptes. L’arsenal rassemblé par les Davidiens prend feu. Accident ? Acte suicidaire ? Seules neuf personnes arrivent à s’échapper de l’énorme brasier.
<B>Temple du Peuple</B>
Novembre 1978. L’Amérique se prépare à fêter Thanksgiving quand la nouvelle tombe : un député à la Chambre des représentants, deux journalistes, dont un de la grande chaîne de Télé CBS et un photographe, viennent d’être tués sur un aérodrome de brousse de la Guyane anglaise. Les meurtriers seraient des membres d’une secte californienne, le Temple du Peuple.
La secte a installé une colonie au milieu de la jungle équatoriale, connue comme Jonestown, du nom du fondateur du mouvement, le révérend Jim Jones. Plus de 1 000 hommes, femmes, enfants et vieillards y vivotent. Sitôt après le meurtre du député et des journalistes venus se renseigner sur la situation réelle à Jonestown, il y a au camp un suicide collectif, par empoisonnement : 914 en définitive.
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