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Fumisterie
Il est juste et éthique de demander la reconnaissance de l’esclavagisme comme crime contre l’humanité. Mais ce n’est ni raisonnable ni réaliste de revendiquer une compensation aux descendants d’esclaves. Pourtant, ce slogan était à nouveau, hier, le thème d’un rassemblement des Verts-Fraternels
La demande d’une compensation directe n’a aucune chance de réussir. Sylvio Michel leurre ses partisans en leur faisant miroiter, à la manière de Robin des Bois, la possibilité d’un enrichissement individuel facile. Il faut stopper la fumisterie. Mais le leader des Verts-Fraternels a peur de se dédire. Il est entré tête baissée dans un engrenage qui le force à durcir chaque fois sa position rien que pour sauver la face.
Qui est censé payer? Certains avancent une réponse simpliste : “Bien sûr, tous ceux qui ont bénéficié de l’argent provenant de l’esclavage” (Voir l’express du mardi 29 juin). Mais ils sont tous morts ceux-là ! Et, dans un Etat de droit, on ne rend de comptes que pour ses propres actes, pas pour ceux de ses ancêtres
La question de réparation est autrement plus complexe que ne veulent bien l’admettre les politiciens qui en font le leitmotiv de leur action. Si on réfléchit, au lieu de s’émouvoir, on comprendra que la demande de compensation ne peut pas avoir un fondement juridique acceptable dans un pays avec des lois et des normes modernes.
Sur le plan social, l’agitation qui est menée peut aggraver les tensions existantes. Non seulement parce que le sujet a des connotations raciales mais surtout en raison des particularités mauriciennes. Nous sommes une nation fortement métissée et ce ne sera pas facile d’établir “l’européanité”, “l’africanité” ou “l’indianité” de chacun en vue d’établir la part qu’il doit recevoir ou payer. Sylvio Michel souhaite-t-il vraiment que chaque Mauricien envoie son sang à un laboratoire pour en certifier les origines ?
La question de réparation est parfois abordée dans une perspective collective et non individuelle. Elle propose le paiement d’une compensation par les anciennes puissances esclavagistes aux Etats qui ont souffert du phénomène. Même là les choses ne sont guère simples. Contrairement aux idées reçues, les pays du Nord n’ont pas été les seuls à œuvrer dans la traite. Des historiens ont estimé que le nombre de Noirs mis en esclavage par les Arabo-Berbères s’élève à 20 millions. Les souverains africains et des chefs de tribus vendaient eux-mêmes aux Arabes ou aux Européens des esclaves.
Quant à la lutte visant à faire accepter l’esclavage comme crime contre l’humanité, cela fait des années qu’elle a déjà porté ses fruits. Des Etats coupables ont confessé leur part de péché à la conférence sur le racisme qui s’est tenue à Durban en septembre 2001. A propos de la réparation financière, les chefs d’Etat africains disaient alors pouvoir en trouver un mode d’expression adéquat dans l’aide au développement. C’est précisément la voie que le gouvernement soutient. Dans son manifeste électoral, l’alliance au pouvoir “s’engage à souscrire à toute action internationale visant au paiement d’une compensation aux descendants des esclaves”. Pourvu que des agitations de rue ne viennent pervertir une lutte qui doit être menée délicatement.
Pour faire évoluer une situation donnée, il n’est jamais utile de rouvrir les plaies du passé. Ni de vendre des rêves.
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