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Ces ongulés et leurs gros sabots
Au cours de nos jeunes années, un marchand ambulant transportait des toileries dans une petite charrette tirée par un âne. Réputé bête par certains, le bourricot est astucieux pour d?autres. Témoin cette histoire de notre livre de lecture au primaire. Un baudet chargé de sacs de sel s?aperçut que cette denrée fondait dans l?eau. Lors d?un voyage, il se laissa glisser dans une rivière et, bien allégé, fut heureux pour le reste du trajet. Hélas, son maître n?était pas un âne, et au voyage suivant remplit les sacs d?éponges. Et le bêta ressortit de l?eau avec des sacs plus lourds qu?auparavant.
Plus véridique est le canular de Raymond Dorgelès, qui présenta, au Salon des indépendants, une toile abstraite intitulée Coucher de soleil sur l?Adriatique du peintre Boronali. La critique fut enthousiaste. Mais le farceur révéla que le tableau avait été exécuté par un pinceau attaché à la queue d?un âne. Elle frétillait quand on présentait des carottes crues à l?animal et frottait une toile bien disposée. Boronali est anagramme d?Aliboron, nom d?un âne chez La Fontaine. Pour les critiques, les carottes étaient cuites !
Gare au poids lourd !
L?âne saillant une jument donne comme rejeton mule ou mulet, animal stérile au pied sûr. Mais on dit aussi têtu comme un mulet du Poitou. Continuons avec un nombre impair de sabots, en précisant que si l?impair est une bévue, le nombre impair d?orteils chez certains ongulés ne les rend aucunement gauches.
Beaucoup d?entre eux ne se laissent pas faire si on en veut à leur vie. Le rhinocéros, par exemple, paisible herbivore, est un lourdaud de deux tonnes. S?il charge un ennemi, le résultat peut être dévastateur. Comme le signale son nom, il porte des cornes sur le nez. Une seule, ou deux, selon l?espèce.
Ces proéminences sont convoitées parce que réputées aphrodisiaques. Comme beaucoup de ?remèdes? naturels, ils ont du succès malgré les insuccès répétés. Ces cornes ne sont pas les équivalents de celles d?ovins et de bovins, mais des amas compacts de poils. Les lignes lourdes, comme celles des chars de combat qui dessinent ces cornus, sont associées à un corps complètement dévêtu. Mais l?absence de poils ne rend pas ces poids lourds aussi séduisants que la vérité sortant toute nue d?un puits.
Moins en vue sont les tapirs, qui se tapissent dans des forêts sud-américaines ou malaises. Craintifs, mais bons nageurs, ils se jettent à l?eau s?ils se sentent menacés. Le museau se termine en une courte trompe et on les voit rarement dans des films sur la nature. Comme ils vivent cachés, il leur est permis de vivre heureux.
Nous pouvons pivoter maintenant vers les orteils en nombres pairs. Quand nous étions encore écolier, il nous semblait qu?un petit quelque chose manquait aux nombres impairs. La nature est-elle du même avis ? En tous cas, le nombre d?espèces équipées de sabots pairs est beaucoup plus élevé que celui de sabots impairs.
Brosses et jambons
Une pratique utile de certains porteurs de sabots pairs est de ruminer. Non des pensées, comme vous et moi, mais des aliments consommés à la va-vite. Ils sont ensuite ramenés à la bouche pour être convenablement mastiqués. Les animaux qui ne ruminent pas ne s?en portent pas plus mal. Témoin les porcs. Ils ont beaucoup de poids dans l?esprit de gens pensant que les animaux n?existent que pour nous être utiles.
Ces égoïstes soulignent que tout sert à quelque chose chez le porc. Les soies font des brosses, la peau contribue à fabriquer des porte-feuilles pour brasseurs de sous. La chair est consommée telle quelle ou transformée en jambon et saucisses. A l?avenir, des organes de porcs particulièrement soignés serviront de greffes pour remplacer nos propres organes. Et on entendra murmurer, ?cet homme porte au c?ur celui d?un porc qui ne sommeille pas ?.
Au cours de nos jeunes années, des porcs étaient élevés dans des parcs logés dans l?arrière-cour. En temps et lieu, un charcutier enfonçait lentement un couteau dans le c?ur d?un malheureux animal bien ligoté et récoltait le sang pour en faire du boudin. On disait aussi de quelqu?un étrennant des habits neufs : ?Li finn vann so koson?.
Le porc et son parc étaient synonymes de saleté. Et pas seulement physique. Les gravures osées étaient déclarées cochonnes. On les montrait secrètement. Aujourd?hui, elles ont la côte sur l?Internet. Il y a des gens qui ne les apprécient pas. Les amateurs disent qu?en montrer de particulièrement réussies à ces béotiens, c?est jeter des perles aux pourceaux.
L?ancêtre du porc est le sanglier. Antan, il était chassé par des braves, l?épieu à la main. Quand il était acculé dans sa bauge et se défendait bien, le chasseur n?était pas toujours vainqueur.
La Nature connaît diverses espèces de sangliers et des proches, comme pécaris et phacochères. Ce nom associe lentille et petit cochon. Il risque donc de nous retourner à table. Aussi, restons-en là.
?Tout sert chez le porc. Les soies font des brosses et la peau, des porte-feuilles pour brasseurs de sous. La chair est consommée telle quelle ou transformée en jambon. A l?avenir, leurs organes serviront de greffes pour remplacer les nôtre.?
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