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Éclairage

Les retraités méritent plus qu’une pension

22 juillet 2026, 18:00

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Les retraités méritent plus qu’une pension

À la faveur du rassemblement du Reform Party dimanche, la réforme de la pension est entrée dans une nouvelle phase : celle de la récupération politique. C’était presque inévitable. Après la manifestation syndicale du 11 juillet, le débat a définitivement quitté le terrain des réalités économiques pour devenir un enjeu de conquête du pouvoir.

Les discours se succèdent. Les promesses aussi. Les chiffres, eux, passent souvent au second plan. Pourtant, derrière les slogans et les calculs électoraux, une évidence demeure : Maurice vieillit rapidement. Et le véritable défi dépasse largement la seule question du montant de la pension universelle. C’est là que le débat public semble passer à côté de l’essentiel.

Il serait injuste de nier les inquiétudes exprimées par des milliers de retraités. Elles sont légitimes. Lorsqu’ils entendent parler de ciblage de la pension, de réforme ou de conditions d’éligibilité, beaucoup y voient une menace directe sur leur seule source de revenus. Cette angoisse est d’autant plus compréhensible qu’ils ignorent de quoi demain sera fait.

Le gouvernement a rapidement remisé l’idée d’un ciblage de la pension universelle face à la contestation populaire. Mais le simple fait que cette option ait été évoquée a suffi à installer un sentiment d’insécurité. Pourquoi une telle réaction ? Parce que, dans l’esprit de nombreux Mauriciens, la pension n’est plus seulement un revenu. Elle représente leur unique filet de sécurité. Et c’est précisément là que réside le véritable problème.

Les chiffres du rapport intérimaire du comité d’experts montrent pourtant que le statu quo devient difficilement soutenable. La pension universelle de Rs 16 555 représente aujourd’hui près de 93 % du salaire minimum de Rs 17 745. Dans ces conditions, l’incitation à poursuivre une activité professionnelle après 60 ans devient naturellement plus faible.

Parallèlement, le coût de la Basic Retirement Pension est passé de 1,1 % du PIB en 1987 à 8,8 % du PIB en 2024, soit une multiplication par huit. Les experts parlent désormais d’un dispositif qui est passé d’une simple protection sociale à un véritable mécanisme de remplacement du revenu (Income replacement mechanism), exerçant une pression croissante sur les finances publiques.

Ces constats méritent d’être entendus. Mais réduire le débat à une simple opposition entre ceux qui veulent préserver la pension et ceux qui souhaitent maîtriser les dépenses publiques serait aussi une erreur. Car la pension n’est pas une politique du vieillissement. Elle n’en est qu’un élément.

Pendant plusieurs décennies, Maurice a progressivement laissé s’installer l’idée qu’une pension plus élevée suffisait à assurer une vieillesse digne. Cette logique a certainement permis d’améliorer le pouvoir d’achat de nombreux retraités. Mais elle a aussi masqué un retard considérable dans la préparation du pays au vieillissement de sa population.

Transition démographique

Or, partout dans le monde, les pays confrontés à cette transition démographique ont compris qu’une politique des seniors ne peut se résumer à un simple transfert monétaire. Le Japon, qui compte l’une des populations les plus âgées de la planète, investit massivement dans le maintien à domicile, la médecine gériatrique, les technologies d’assistance et le maintien des seniors dans l’emploi. À Singapour, des programmes publics adaptent progressivement les logements avec des rampes d’accès, des ascenseurs et des équipements destinés à prévenir les chutes. Les pays nordiques développent depuis longtemps des services de soins à domicile qui permettent aux personnes âgées de conserver leur autonomie le plus longtemps possible tout en retardant leur entrée dans des établissements spécialisés. À Maurice, cette réflexion demeure largement embryonnaire. Le vieillissement est encore abordé principalement sous l’angle budgétaire. Pourtant, les défis sont nombreux.

Le premier est celui du logement. Une grande partie des maisons n’a jamais été conçue pour accueillir des personnes perdant progressivement leur mobilité. Escaliers difficiles d’accès, salles de bains inadaptées, absence de dispositifs de sécurité… autant d’obstacles qui transforment le quotidien des personnes âgées en parcours du combattant.

Vient ensuite la santé. Le pays dispose certes de services accueillant les personnes âgées dans les hôpitaux régionaux. Mais il ne possède pas encore un véritable réseau de prise en charge gériatrique comparable à ce qui existe dans les pays les plus avancés. Or, vieillir ne consiste pas seulement à traiter des maladies. C’est accompagner la perte d’autonomie, prévenir les chutes, lutter contre les troubles cognitifs, assurer des soins à domicile et coordonner l’ensemble du parcours médical.

Le troisième défi est celui de l’isolement. Pour beaucoup de retraités, la pension permet de survivre, mais elle ne protège ni contre la solitude ni contre la dépendance. Une fois la vie professionnelle terminée et les enfants parfois partis vivre à l’étranger, nombreux sont ceux qui vivent seuls. Les quelques activités proposées dans certains centres sociaux, les séances de gymnastique ou les sorties organisées restent utiles, mais elles ne constituent pas une véritable politique d’inclusion des seniors.

Les transports représentent également un enjeu majeur. Une personne âgée autonome est une personne qui continue de participer à la vie économique et sociale. Des bus accessibles, des trottoirs sécurisés, des passages piétons adaptés ou encore des services de transport à la demande deviennent progressivement des éléments essentiels d’une société vieillissante.

Maisons de retraite

À cela s’ajoute la question des maisons de retraite. Faute de proches ou lorsque la dépendance devient trop importante, de plus en plus de familles se tournent vers ces établissements. Or, leur coût dépasse souvent largement le montant de la pension universelle.

Le secteur s’est développé principalement sous l’impulsion du privé, avec des niveaux de qualité et de tarifs très variables. Là encore, une réflexion nationale sur les normes, le financement et l’accompagnement des personnes âgées devient incontournable.

Enfin, il faudra sans doute changer notre regard sur le travail après 60 ans. Tous les retraités ne souhaitent pas cesser toute activité. Beaucoup possèdent une expérience précieuse qui pourrait être valorisée par le mentorat, le travail à temps partiel, le bénévolat qualifié ou l’accompagnement des jeunes entrepreneurs. Dans plusieurs économies vieillissantes, les seniors restent des acteurs à part entière de la création de richesse.

Le débat sur la pension ne devrait donc pas opposer réforme et statu quo. La véritable question est ailleurs : quel modèle de société Maurice souhaite-t-elle construire pour ses citoyens âgés ? Car une pension, aussi généreuse soit-elle, ne remplacera jamais un logement adapté, des soins de santé spécialisés, des services à domicile efficaces, des transports accessibles, des espaces de vie favorisant les interactions sociales ou une véritable politique de lutte contre la dépendance. C’est probablement pour cette raison que toute réforme de la pension suscite aujourd’hui autant de craintes. Non pas uniquement parce que les retraités redoutent une baisse de leurs revenus, mais parce qu’ils savent qu’au-delà de ce chèque mensuel, il existe peu d’autres garanties capables de leur assurer une vieillesse sereine.

Pendant des années, Maurice a cru que la pension universelle constituait la réponse au vieillissement. En réalité, elle n’en est que le point de départ. Le véritable chantier reste à ouvrir : bâtir un écosystème où les Mauriciens ne se contenteront pas de vivre plus longtemps, mais vieilliront surtout dans la dignité, l’autonomie et la sécurité. C’est à cette condition que le débat sur la pension cessera d’être une source permanente d’angoisse pour devenir enfin une réflexion de société.

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