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Yuichiro Yamamoto : Rêves quadrillés
Toujours en transit. Nomade dans une réalité qui est ailleurs. Yuichiro Yamamoto est de ces rêveurs qui font de leurs songes des buts à atteindre. Des lieux où l?on ne parvient qu?au bout de 13 heures sans bouger, plongé dans les transes de la méditation. Des espaces où l?on n?arrive qu?après avoir poussé cinq portes coulissantes, comme celles des maisons traditionnelles japonaises.
Partitions quadrillées par des couleurs vives où domine le mauve. Placées derrière elles : des bougies allumées qui font ressortir davantage les teintes d?un onirisme cultivé. Une quête du fugace que le peintre japonais partagera avec nous à partir d?aujourd?hui, à l?invitation de Firoz Ghanty et Ismet Ganti. Exposition en trio sous le signe d?une interrogation : Why If, jusqu?au 14 août à la galerie d?art de l?école des Beaux-Arts du MGI, à Moka.
Densité du silence
Why If : Dream. Depuis qu?il a 18 ans, Yuichiro s?interdit de brider son imagination. Le culte du beau il connaît. N?a-t-il pas vu le jour, en 1978, à Nara, une préfecture abritant les monuments bouddhiques Horyu-ji, 48 temples inscrits sur la liste du patrimoine mondial de l?Unesco.
Nourrie par la densité du silence, l?âme aventureuse de Yuichiro est tout de suite intriguée par l?évocation d?un pays dont il n?avait jamais entendu parler. Maurice. Les premiers Mauriciens qu?il rencontre en mars 2002 sont un ?cerveau vif-argent,? Ismet Ganti et un ?homme-mystère,? Firoz Ghanty. Il n?en faut pas plus au jeune homme touche-à-tout qui a étudié l?art dramatique à Shibuya, l?équivalent japonais de Soho, pour brûler de curiosité.
?Je voulais tout savoir de leur parcours. J?ai sauté sur l?occasion quand ils m?ont proposé de venir dans leur île.? Après trois ans comme acteur freelance ? parcours ?couronné? par une figuration dans Le dernier samouraï, d?Edward Zwick, Yuichiro débarque à Maurice début mai.
Dans ses valises, un tas d?expériences a priori hétéroclites : sa ?rencontre? avec Tom Cruise dans les toilettes du tournage. Sa longue cicatrice au bras droit, souvenir d?un grave accident de moto, qui lui révéla que sa couleur fétiche était le vert citron.
?C?était le printemps. J?étais immobilisé sur un lit d?hôpital. Je passais des heures à regarder par la fenêtre. A chercher le bonheur. Avant de me rendre compte qu?il était là, à portée de main dans la nature qui bourgeonnait, qui étalait ce vert intense rien que pour moi.? Une exposition d?un soir dans un bar néo-zélandais, le Powder Room. Intitulée Love and Peace, c?était la manière qu?avait trouvée Yuichiro d?exorciser les images emmagasinées en 2001, après plusieurs mois passés dans un camp de réfugiés en Afghanistan.
?Si je reste trop longtemps au même endroit, je ne suis pas bien.? Pour guérir ses propres blessures, l?artiste peint celles des autres. Quatre mois à Maurice et sa vision de notre quadricolore est plus parlante qu?un discours. Étalé sur un cadre peint en noir, le rouge et le bleu sont troués par une paire d?yeux. Un regard triste, égaré, torturé. A l?inverse, le jaune et le vert sont égayés par un sourire rayonnant et féminin, assortis d?un c?ur rouge. Dès que l?on s?en approche, on jurerait l?avoir entendu battre.
Echo des envies d?infini de Yuichiro qui après Maurice, compte retrouver son pays natal, avant de se préparer à percer à Berlin, ?le prochain grand marché de l?art mondial, au même titre que New -York.?
TRIO
?Why If? : question de vision
■ ?Je suis un raisonnement vertical, qui veut sortir de l?académisme occidental.? Une impression de papier raccommodé, agencé dans un ordre qui refuse le conformisme. Avec ?Rapiesté?, Firoz Ghanty livre ses réflexions sur le carcan des modèles établis, ?occidentaux, coloniaux, les notions d?école, de format, de matériau.? Une vision tracée dans une palette marron, ocre, terre de sienne, or et argent, agrémentée de légendes bien senties.
Même thème, ?Why If?, mais univers différent. Ismet Ganti nous plongera dans Gothica. Esthétique du morbide, en ?évitant les clichés de sang sur une scie,? mais en s?élevant au niveau de la mélancolie, le spleen de Baudelaire.
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