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Maurice maintient la pression pour défendre le sucre
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Maurice maintient la pression pour défendre le sucre
Après une semaine de lobbying en Europe, le dossier sucre continue à dominer l?agenda des autorités mauriciennes. Le ministre des Affaires étrangères et du Commerce international, Jayen Cuttaree, a évoqué la question lors qu?il procédait à l?ouverture de la réunion des ministres du Commerce du groupe Afrique, Caraïbes, Pacifique (ACP), hier.
Maurice a en ce début de semaine de nouvelles occasions de défendre ses intérêts par rapport à la menace de baisse du prix du sucre dans le cadre de la réforme du régime sucrier européen.
En marge de cette réunion et de celle du G90, le ministre de l?Agriculture, Nando Bodha, aura ce matin une session de travail avec les pays ACP producteurs de sucre pour faire le point.
Pascal Lamy, le commissaire européen au commerce débarque au pays tôt demain matin pour assister à la réunion du G90 qui s?ouvre cet après-midi au Centre de conférences de Grand-Baie. Il aura plusieurs sessions de travail avec les autorités mauriciennes et notamment une rencontre avec le Premier ministre, Paul Bérenger, qui est rentré de Londres hier.
? Je parle à Pascal Lamy presque tous les jours mais ce sera évidemment une nouvelle opportunité de lui exprimer nos inquiétudes?, déclare le ministre des Affaires étrangères et du Commerce international, Jayen Cuttaree.
Un 14 juillet crucial
C?est demain, 14 juillet, que le collège des commissaires européens examinera le projet de réforme du régime sucrier que propose le commissaire à l?Agriculture, Franz Fischler. Le point essentiel pour Maurice et les ACP est la menace d?une baisse de 37 % du prix du sucre d?ici 2007. Franz Fischler insiste sur l?importance d?une réforme du régime sucrier car l?écart entre le prix du sucre en Europe et le prix sur le marché mondial devient insoutenable, estime-t-il.
Maurice et le G90 réclament une compensation intégrale pour toute perte de revenus découlant d?une éventuelle baisse de prix. Le porte-parole de Franz Fischler, Gregor Kreuzhuber, laisse entrevoir une lueur d?espoir en évoquant la nécessité d?étudier des mesures pour atténuer l?impact de la baisse du prix du sucre.
Maurice compte également capitaliser sur la tenue à Grand-Baie de la réunion des ACP hier et du G90 aujourd?hui et demain pour obtenir le soutien des pays en développement sur le dossier sucre.
Jayen Cuttaree a en tout cas donné le ton hier à l?ouverture de la réunion des ACP. Il a rappelé le désastre occasionné par la révision du régime de la banane pour les producteurs des ACP. ?Le sucre est maintenant confronté à une situation similaire. Nous aimerions rappeler à nos partenaires l?importance vitale des exportations des produits de base et l?importance d?un environnement commercial prévisible et sécurisé pour nos économies vulnérables.?
Ces pré-conditions essentielles sont prises en compte dans l?accord de Cotonou quand il prévoit expressément la sauvegarde des bénéfices découlant des protocoles sur les produits de base en général et du protocole sucre en particulier. ?Nous espérons que les propositions émises ne sont que le début d?un long processus de dialogue et de consultations avec les ACP qui permettraient de prendre en compte toutes nos inquiétudes.?
Jayen Cuttaree renforce le désir de dialogue des pays ACP et soutient : ?Nous sommes prêts à accepter le changement, à nous adapter et à nous moderniser et nous nous attendons à ce que la réforme nous aide à réaliser justement cela mais pas à saborder notre propre réforme dans laquelle nous nous sommes courageusement engagés à grands frais.?
Sur ce dossier les ACP sont tous sur la même longueur d?onde. La présidente du conseil des ministres des ACP, Adelaïde Moundele-Ngolio, rappelle que l?accord de Cotonou prévoit la préservation des acquis issus des arrangements précédents. ?Toute remise en cause nécessite des mesures correctives adéquates. Nous devons donc saisir toutes les occasions qui se présentent à nous pour rappeler ces dispositions à nos partenaires européens.?
Négociations multilatérales
Le G90 affûte ses armes avant d?aller à Genève
Si le sucre intéresse plus particulièrement Maurice, l?agenda des ACP et du G90 est beaucoup plus vaste. Les réunions des deux groupes se tiennent en effet à quelques jours de la tenue du conseil général de l?Organisation mondiale du Commerce (OMC) à la fin de juillet à Genève. Cette réunion devrait permettre de relancer les négociations après l?échec de Cancun.
Les réunions des ACP hier et du G90 aujourd?hui sont donc cruciales pour permettre aux pays en développement de passer en revue l?évolution des discussions depuis Cancun et d?ajuster leurs positions sur les dossiers épineux que sont l?agriculture, l?accès aux marchés pour les produits industriels ou encore les ?Singapore issues?.
Jayen Cuttaree, comme les autres responsables du dossier de l?OMC, sont satisfaits du taux de participation aux réunions des ACP et du G90.
Les autorités sont aussi optimistes quant à la teneur du document final qui exposera la position du G90 sur les négociations à l?OMC. Les préoccupations de Maurice notamment sur l?agriculture et le textile seront prises en compte.
Neanmoins les ACP qui constituent l?essentiel du G90 n?ont pas pu créer comme prévu un ?Steering Committee? ministeriel qui aurait été une maniere de structurer et de formaliser le groupe des pays en développement.
?Nous avons preferé remettre cette question à plus tard. Notre priorité est d?avoir une position commune pour aborder la réunion du conseil général de l?OMC à la fin du mois?, declare Jayen Cuttaree.
?Notre plus grande victoire est d?avoir pu réconcilier les intérêts des uns et des autres qui sont parfois divergents. et d?avoir une position commune pour aller à Genève. Cela renforcer notre crédibilité. Le G90 existe déjà?, déclare un haut cadre du commerce international.
Relancer Doha
La participation des négociateurs américain et européen, notamment l?United States Trade Representative (USTR), Robert Zoellick, et le Commissaire européen au commerce, Pascal Lamy, témoigne de l?importance de la réunion du G90 qui s?ouvre à Grand-Baie aujourd?hui. Le directeur de l?OMC, Supachai Panitchpakdi, s?est décommandé à la dernière minute, étant retenu par d?importantes discussions à Genève.
Avant d?arriver à Maurice, Robert Zoellick et Pascal Lamy ont participé à une importante réunion sur l?agriculture qui comprenait également des représentants de l?Australie, de l?Inde et du Brésil. Ils feront donc connaître les dernières évolutions sur le dossier agricole au G90.
La réunion du conseil général de l?OMC à la fin du mois devrait donc relancer le round de négociation de Doha qui avait piétiné lors de la dernière réunion ministérielle à Cancun. Or le round de Doha est en principe celui qui prend le mieux en considération les intérêts des pays en développement dans le cadre de la libéralisation et de la globalisation.
Jayen Cuttaree a rappelé que l?échec de Cancun a finalement été davantage au détriment des pays pauvres et en développement. Un système multilatéral juste et équitable est encore plus dans l?intérêt des petits pays.
Les grandes économies ont l?option de négocier des accords bilatéraux et des zones de libre-échange avec ceux qui les intéressent le plus et dans un tel scénario les pays pauvres et en développement risquent d?être marginalisés.
Dans le cadre multilatéral de l?OMC, l?émergence du G90 qui regroupe les pays en développement est crucial. Le G90 regroupe 93 des 147 pays membres de l?OMC. ?Nous avons le nombre mais ce n?est pas suffisant?, analyse Jayen Cuttaree.
Tout en défendant les intérêts des pays en développement et en balisant les limites des compromis au-delà desquelles ils ne peuvent aller, il faut aussi adopter une approche constructive et positive. Ceci est nécessaire de ne pas être perçu comme le groupe qui fait échouer les négociations comme cela a été le cas à Cancun.
Le G90 doit faire preuve de flexibilité tout en défendant ses positions. Il faut adopter une attitude de recherche de solutions plutôt que d?être prisonnier de ses positions. Une négociation n?est pas à sens unique et on ne peut s?attendre à ce qu?il y ait un seul gagnant.
Déclaration finale
Les ACP veulent un traitement spécial
- Les ministres du Commerce des ACP ont adopté hier une déclaration finale qui représente la position des ACP pour la prochaine réunion du conseil général de l?OMC. Les ministres ACP ont réitéré l?importance de l?agriculture pour le développement économique des pays membres. Tout en rappelant que l?objectif de l?accord sur l?agriculture est de créer un système commercial juste et dicté par le marché, les ACP soulignent que la déclaration de Doha demande un traitement spécial et différencié pour les pays en développement.
Sur les produits non agricoles, les ACP souhaitent des mesures correctives pour compenser l?érosion des préférences. Une baisse des tarifs pour les produits industriels telle que proposée, réduira l?utilité de l?accès préférentiel sur le marché européen dont bénéficient les ACP. L?industrie textile de Maurice verrait son avantage fondre si les tarifs étaient réduits pour ses concurrents. C?est pourquoi les ACP réclamment un assouplissements des règles d?origine qui les permettraient d?importer des matières premières de pays tiers et de bénéficier quand même d?un accès en hors taxe au marché européen. Par ailleurs, les ACP rappellent que le développement est au c?ur de l?agenda du programme de travail de Doha. Or peu de progrès ont été accomplis sur ces questions couvrant notamment un traitement spécial et différencié pour les pays en développement. Les ACP réclament un package de propositions concrètes et un calendrier détaillé pour la mise en ?uvre du programme de travail de Doha. Les ACP s?inquiètent des implications des négociations sur les ?Singapore issues? et réclament que des sujets tels que l?investissement, le commerce et la concurrence, la transparence et les contrats publics d?approvisionnement soient enlevés du programme de travail.
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