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Prison des femmes de Beau-Bassin
«We are powerful» : la voix des détenues brise les murs du silence
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Prison des femmes de Beau-Bassin
«We are powerful» : la voix des détenues brise les murs du silence
Angèle Angoh et Rachael Rose.
De passage à Maurice, la musicothérapeute américaine Rachael Rose collabore avec l’ONG Carpe Diem et sa fondatrice, Angèle Angoh, sur un projet inédit auprès de détenues de la prison des femmes de Beau Bassin. Le titre «We are powerful», inspiré des mots et émotions recueillis lors d’ateliers d’art-thérapie, est sorti officiellement le 4 octobre. Un clip réalisé avec Olivier Marie doit être dévoilé prochainement. En attendant, elles nous livrent les coulisses de cette œuvre de réhabilitation.
Rachael Rose, interprète-compositrice de folk-rock-pop : «Cette chanson porte le message et le vécu des détenues»
■ Comment est née cette chanson ?
Le projet est né du travail qu’Angèle Angoh réalise depuis de nombreuses années auprès des détenues. Depuis environ deux ans, elle recueille dans ses ateliers d’art-thérapie des phrases et des émotions exprimées par ces femmes. Elle m’a transmis ce matériau alors que j’étais aux États-Unis. À partir de ces témoignages, j’ai construit une grande partie de la chanson. Lorsque je suis venue à Maurice pour la première fois en 2024, nous avons poursuivi le travail directement avec les détenues. Ensemble, nous avons écrit le dernier couplet afin que leur voix soit réellement présente dans l’œuvre finale. Cette chanson porte leur message et leur vécu.
■ Comment le morceau a-t-il été réalisé ?
Une fois les paroles finalisées, j’ai ramené le projet aux États-Unis. J’ai travaillé avec une école de musique à but non lucratif, des musiciens, des étudiants et des ingénieurs du son, qui ont participé à l’enregistrement et au mixage du morceau. Le titre We are powerful est disponible sur la plateforme Bandcamp. Les personnes qui le souhaitent peuvent acheter la chanson ou effectuer un don. Un clip vidéo, réalisé avec Olivier Marie, accompagnera bientôt cette sortie. L’intégralité des bénéfices sera reversée à Carpe Diem pour poursuivre ses actions en milieu carcéral.
■ Que retenez-vous de vos rencontres avec les détenues ?
Cette expérience a été profondément marquante. Avant cela, je n’avais jamais travaillé avec des personnes incarcérées. Pourtant, dès les premiers ateliers, j’ai découvert des femmes pleines d’espoir, de sensibilité et de résilience. Selon les séances, entre dix et vingt détenues ont participé aux activités. Bien que nous ne nous connaissions pas, la confiance s’est installée rapidement. À travers la musique et la création artistique, elles ont pu exprimer des émotions parfois enfouies depuis longtemps. Il y a eu des larmes, mais aussi beaucoup de soulagement et de joie.
■ Quel message souhaitez-vous transmettre dans cette chanson ?
Nous sommes tous humains et personne n’est à l’abri de la souffrance. Derrière chaque détenue se trouve une personne qui mérite respect et dignité. J’espère que cette chanson contribuera à réduire les préjugés et à rappeler que chacun mérite une seconde chance. La musique peut créer des ponts et permettre de regarder l’autre avec davantage d’empathie.
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Angèle Angoh, artiste peintre et art-thérapeute : «Un processus de guérison qui redonne une identité et un sentiment de dignité»
■ Vous intervenez depuis 1999 en milieu carcéral à Maurice. Comment est née cette initiative ?
À mon retour de New York, où je m’étais formée à l’art-thérapie, la prison des femmes de Beau-Bassin initiait ses tout premiers programmes de réhabilitation. Sollicitée par l’administration pénitentiaire de l’époque, j’ai accepté immédiatement, portée par l’appui de proches devenus membres du conseil d’administration. C’est ainsi qu’est née l’aventure Carpe Diem, officiellement enregistrée comme ONG en 2018. Dès le début, nous avons perçu l’art comme un puissant moyen d’expression capable d’offrir un espace de liberté intérieure et de reconstruction humaine.
■Concrètement, qu’apporte cette démarche artistique aux détenues ?
Notre but n’est pas d’en faire des artistes professionnelles, même si certaines le deviennent. Manipuler les lignes, les formes et les couleurs permet d’ouvrir des portes que l’enfermement avait fermées. C’est un processus de guérison qui redonne une identité et un sentiment de dignité aux participantes. Les femmes que nous accompagnons ont fait des choix parfois tragiques, mais toujours façonnés par leur passé, leur histoire familiale et leur environnement social. À travers des créations ou des projets musicaux comme We are powerful, l’art leur redonne l’espoir d’être enfin comprises et reconnues comme des êtres humains à part entière.
■ Quels sont vos projets pour faciliter leur réinsertion ?
La prison est une forme d’exclusion extrême et le rejet social à la sortie alimente inexorablement la récidive. Sans certificat de caractère ni emploi, la réintégration reste une épreuve. Pour rompre ce cercle vicieux, nous mettons en place un «abri de nuit» afin d’offrir un toit de transition aux personnes libérées. En parallèle, nous collaborons avec l’Université de Leicester sur un projet d’artthérapie au sein de la prison. Au-delà du milieu pénitentiaire, Carpe Diem intervient aussi auprès des enfants et des jeunes vulnérables. Changer le regard collectif et faire le choix de comprendre plutôt que de stigmatiser reste un devoir essentiel pour toute la société.
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