Publicité
Nouvelle édition de TED×ALCHE
«What’s Next?», une réflexion collective sur l’avenir que nous voulons construire
Par
Partager cet article
Nouvelle édition de TED×ALCHE
«What’s Next?», une réflexion collective sur l’avenir que nous voulons construire
Nikhita Obeegadoo, professeure à l’université de Chicago, a abordé les transformations que l’IA impose au monde de l’éducation
Et si la question n’était plus seulement de savoir ce que l’avenir nous réserve, mais de décider collectivement de ce que nous voulons en faire ? C’est autour de cette réflexion que s’est tenue, ce lundi 5 octobre au Caudan Arts Centre, la nouvelle édition de TED×ALCHE, placée sous le thème What’s Next?.
Soutenu par l’African Leadership College of Higher Education (ALCHE), l’événement a réuni des intervenants issus de l’éducation, de la culture, de l’entrepreneuriat, du monde des affaires et de l’innovation. À travers des parcours et des expertises variés, les échanges ont porté sur certaines des grandes transformations qui redessinent déjà notre avenir : leadership durable, intelligence artificielle (IA), éducation, santé mentale, transformation numérique, culture, climat et héritage historique.
Regards différents
Dans un monde marqué par des changements technologiques, sociaux et environnementaux de plus en plus rapides, What’s Next? pose une question à la fois simple et fondamentale : comment voulons-nous construire la suite ? Pour les organisateurs, TED×ALCHE ne se veut pas uniquement une succession de conférences, mais un espace permettant de confronter les idées, de questionner les certitudes et d’imaginer de nouvelles perspectives. L’événement a ainsi donné la parole à des personnalités capables d’apporter des regards différents sur les défis et les opportunités qui se présentent aux nouvelles générations.
Sidee Dlamini, Chief Executive Officer (CEO) de l’African Leadership University (ALU), a partagé les enseignements tirés des dix premières années de l’institution et sa réflexion sur son avenir. Les consultations menées auprès de différentes parties prenantes ont notamment montré que la valeur d’ALU repose sur la combinaison de plusieurs éléments : ses pratiques pédagogiques, l’expérience des étudiants et la communauté qui les accompagne.
Cette approche contribue, selon elle, à former des jeunes capables de penser de manière critique, d’agir avec confiance et de faire face à des défis complexes. Une vision qui place la responsabilité collective au cœur du leadership et de l’éducation et qui, dans le contexte africain, peut constituer un levier de croissance durable.
La culture et l’imaginaire ont également occupé une place importante dans cette réflexion. Gabrielle Emem Harry, étudiante à l’ALCHE, Cultural Strate gist et autrice primée de fiction spéculative, a rappelé que «les récits sur l’avenir nous touchent aujourd’hui». À travers ses travaux, elle utilise la fiction spéculative et l’innovation numérique pour rendre les savoirs africains et afrodiasporiques plus accessibles et, surtout, pour ouvrir de nouvelles possibilités narratives autour de l’avenir du continent. Une autre question centrale a émergé : quelle place pour l’humain dans un monde de plus en plus façonné par l’IA ? L’IA peut-elle remplacer la pensée critique ?
Nikhita Obeegadoo, professeure de littérature à l’université de Chicago, a abordé les transformations que l’IA impose au monde de l’éducation. Dans les salles de classe, des outils comme ChatGPT ou Gemini permettent désormais aux étudiants d’obtenir rapidement des résumés et de produire des textes sophistiqués. Mais cette facilité soulève une question essentielle : si une machine peut produire une réponse convaincante, que reste-t-il à apprendre ? Pour la professeure, la réponse se trouve précisément dans ce que l’IA ne devrait pas rem- placer : la lecture attentive, l’interprétation, le doute, la réflexion et la construction d’une pensée personnelle.
Elle a notamment évoqué son expérience dans l’enseignement de la littérature postcoloniale à travers le roman La Vie de Joséphin le fou, d’Ananda Devi. Face à des étudiants arrivant en classe avec des résumés générés par l’IA, les premières discussions peuvent rester superficielles. C’est la lecture approfondie du texte qui permet ensuite de faire émerger les ambiguïtés du personnage de Joséphin et de susciter de véritables débats.
Les étudiants sont alors amenés à défendre leurs interprétations, à s’appuyer sur le texte et à accepter que plusieurs lectures puissent coexister. Pour Nikhita Obeegadoo, l’IA peut donc servir de point de départ, mais elle ne doit pas se substituer à l’engagement intellectuel. Dans un monde où les machines produisent de plus en plus d’informations, la capacité à leur donner du sens devient justement plus importante que jamais.
La professeure a également plaidé pour la mise en place d’un cadre clair concernant l’utilisation de l’IA dans les prix littéraires. Elle a rappelé que l’écriture et le travail de l’écrivain reposent souvent sur un important processus de recherche et de conceptualisation. Qu’il s’agisse d’un roman historique ou d’un récit autobiographique, une œuvre littéraire s’appuie généralement sur un contexte, des recherches et des choix précis. L’intérêt réside notam- ment dans la manière dont chaque écrivain sélectionne certains détails, les organise et les met en valeur, car ces choix contribuent à façonner le récit.
Rester fidèle à son essence
Les réflexions sur l’avenir ont également été nourries par des regards sur le passé et le présent, notamment avec la participation de Stefan Gua, président du conseil d’administration de l’Intercontinental Slavery Museum, Jason Delorie, *Managing Director et Partner à La Plage Factory, et Nassima Sadar-Gravier, fondatrice et CEO d’AfroClimate.
Stefan Gua a ainsi illustré la capacité d’une culture à évoluer sans perdre son identité. «La résilience d’une culture se manifeste le mieux par sa capacité à se réinventer tout en restant fidèle à son essence même», a-t-il souligné.
Le jerrican, devenu un élément emblématique du séga mauricien, lui a servi d’exemple pour montrer comment un objet né dans le contexte de la Seconde Guerre mondiale a pu être réapproprié et intégré à une expression culturelle locale. Une histoire qui rappelle que les cultures ne sont jamais figées : elles se transforment, s’adaptent et se réinventent.
Au final, What’s Next? n’est pas tant une invitation à prédire l’avenir qu’à s’interroger sur notre responsabilité dans sa construction. Les technologies évolueront, les métiers changeront, les sociétés se transformeront et de nouveaux défis apparaîtront. Mais derrière toutes ces évolutions demeure une question essentielle : quels choix faisonsnous aujourd’hui pour créer le monde dans lequel nous souhaitons vivre demain ?
Publicité
Publicité
Les plus récents