Publicité

Les Chagossiens sur tous les fronts

11 juillet 2004, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Tout n?est pas encore perdu pour l?île Maurice sur la question de souveraineté sur l?archipel des Chagos. Après une fin de semaine mouvementée à Londres, le Premier ministre, Paul Bérenger est rentré hier, fort du soutien du secrétaire général du Commonwealth, Don McKinnon. Il rendra sans doute compte de sa mission au Conseil des ministres avant d?envisager la prochaine étape du combat.

Dans un autre contexte, les Chagossiens font feu de tout bois contre le gouvernement anglais, dont ils sont théoriquement les sujets. Leur unique but est d?amener la Grande-Bretagne à réviser sa position à leur égard. Le Groupe Réfugiés Chagos (GRC) a réuni ses membres hier pour les informer des derniers développements.

Leur première action s?adresse à la reine d?Angleterre. Il lui demande, par voie d?une pétition, d?annuler les décrets émis le mois dernier réattribuant aux Chagos le statut de zone militarisée et donc interdite d?accès. Ceux-ci neutralisent la victoire légale des Ilois, obtenue en novembre 2000. La Haute cour de Londres avait décrété que le dépeuplement de l?archipel des Chagos en 1973 était illégal. Les plaignants avaient obtenu le droit de retourner dans certaines îles de l?archipel mais la compensation réclamée leur avait été refusée.

Le GRC fait appel au sens de l?honneur et de la justice de la reine. Les décrets, dite la pétition, ont été introduits en catimini, à la faveur de l?absence de bon nombre de députés pris par des élections communales. Ces projets n?ont pas été débattus au Parlement et servent clairement un dessein peu honnête, soutiennent-ils. Ils soulignent que le Parlement a ainsi utilisé ses prérogatives pour renverser une justice rendue par la Haute cour du pays. Les Chagossiens prévoient une manifestation pacifique devant le Haut commissariat britannique demain. La pétition sera enssuite remise au haut commissaire David Snoxell pour transmission à la reine.

Les Chagossiens entendent aussi initier les procédures pour obtenir un avis consultatif sur leur déracinement de la Cour internationale de justice de La Haye. Deux organisations reconnues par l?Onu leur ont offert leur aide. Il s?agit de Liberation, menée par le député britannique Jeremy Corbyn et de Minority Rights Group. Liberation invitera probablement l?assemblée générale de l?Onu à solliciter l?avis consultatif de La Haye. Cette initiative devrait conforter la position du gouvernement mauricien qui envisage une action similaire par rapport à la souveraineté sur l?archipel.

L?Union européenne s?intéresse aussi au cas des Chagossiens en tant que citoyens de l?UE. Le député Paul Vergès s?est engagé à demander au Parlement européen d?instituer un comité parlementaire sur les Chagos dès la reprise le 19 juillet.

La GRC a également informé les Chagossiens du progrès du dossier de la compensation. La Haute cour de Londres ayant rejeté la demande du GRC, celui-ci a demandé à faire appel. Cependant, son homme de loi, Me Robin Mardemootoo, explique que la perspective d?une victoire est mince. Les juges britanniques s?en tiennent à une interprétation stricte de la loi selon laquelle les Chagossiens auraient dû se manifester avant 1990. L?avoué est toutefois plus optimiste par rapport à la Cour européenne des droits de l?homme. Il estime que les juges européens auront une interprétation plus large du facteur temps.

Dans cette démarche, la Grande-Bretagne n?est pas seule visée. Les Chagossiens réclament également une compensation aux Etats-Unis. Le gouvernement fédéral a argué que des non-Américains ne peuvent recourir à la justice US. La cour de Washington, avant de statuer, attendait le dénouement de cas similaires. Les jugements sur quatre cas, dont certains ont trait à la base cubaine de Guantanamo, viennent de tomber. Ils ne soutiennent pas l?initiative chagossienne.

Mais qu?à cela ne tienne ! Me Mardemootoo a expliqué aux Chagossiens qu?il ne leur reste plus qu?à aller poursuivre les Etats-Unis dans un pays tiers dont les cours ont une juridiction internationale. Ils pourraient aller en Espagne, qui a jugé le dictateur chilien Pinochet, en Suisse ou en Belgique.

Les Chagossiens poursuivent la résistance. Ils n?ont plus rien à perdre, de toute façon. Et cela est apparent dans leur état d?esprit.

Publicité