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Porto, une équipe est morte !

29 mai 2004, 20:00

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Le FC Porto s?apprête à tourner la page, à entamer une nouvelle ère, l?après-José Mourinho. Le triomphe européen de mercredi marque en effet, sans doute, la fin d?une génération, l?une des plus belles, si ce n?est la plus belle de toute l?histoire du club portugais.

Il y avait eu certes, en 1987, l?inoubliable génération Rabah Madjer, également championne d?Europe. Mais la cuvée 2004, qu?on se le dise, est appelée à rester à jamais unique.

Vitor Baia, Jorge Costa, Ricardo Carvalho, Costinha, Deco, Alenitchev ou encore Derlei, symboles de l?insolente flambée portugaise de ce nouveau siècle, ont en effet conduit Porto vers des sommets jusque -là jamais atteints par un club portugais. A leur actif, cinq conquêtes en six épopées, avec, notamment, l?enchaînement Coupe de l?UEFA l?année dernière et Ligue des Champions cette année. Seule zone d?ombre à ce remarquable tableau de chasse : la Coupe du Portugal 2004, arrachée de justesse il y a une semaine par le grand rival lisboète, le Benfica.

Comme il fallait s?y attendre, la presse portugaise n?a pas manqué de saluer l?avènement Porto. Au lendemain de l?exploit de Gelsenkirchen, A Bola a composé dans l?euphorie. « Sur le toît du monde », a titré le principal quotidien sportif du pays jeudi matin. Le Publico, quotidien généraliste, a rivalisé d?imagination : « On a touché le ciel. »

Mais, maintenant, Porto va devoir redescendre sur terre. Et vite. Trop vite d?ailleurs au goût de ses supporters, qui ont du mal à accepter le départ de José Mourinho, l?homme qui a transformé Porto en une redoutable machine à gagner.

Pourtant, ce départ se justifie amplement. Mourinho a en effet conduit Porto vers l?Everest du football. Et il ne peut évidemment prétendre faire mieux. Il n?y a pas de challenge plus ambitieux, plus enivrant, plus convoité que la Ligue des Champions. Et la Ligue des Champions, avouons-le, ça se gagne rarement deux fois de suite. Aussi, si Mourinho avait pris la décision de rester une saison de plus à la tête des bleu et blanc, il aurait bien

évidemment pris le risque d?effacer son propre chef-d?oeuvre. Comment, en effet, imaginer que les supporters de Porto s?attendront à moins de leur équipe, la saison prochaine, qu?un nouveau graal européen ?

De toutes façons, il ne sert à rien de spéculer. José Mourinho part. Il l?a lui-même confirmé. A Chelsea selon toute vraisemblance, si l?on se fie aux propres déclarations du désormais célèbre technicien portugais : « Je veux progresser, en faire plus sans cesse. Concernant mon avenir, j?ai aussi de bonnes opportunités. Je veux quitter Porto, je suis franc. J?ai eu des offres mais il y en a une en particulier que je désire accepter. C?est celle de Chelsea. » Voilà qui est dit. Et de manière on ne peut plus explicite. Seul petit souci pour Mourinho : les dirigeants de Porto n?ont pas encore signé son bon de sortie.

Ça se comprend. Quand on a à la tête de son équipe un technicien de ce calibre, on ne le laisse pas partir comme ça, sans sourciller. On négocie, on essaye de trouver un nouveau terrain d?entente, on lui propose le triple de son salaire, bref, on l?amadoue.

Mourinho, tout le monde l?a compris, est un architecte. Le FC Porto, il l?a construit patiemment, avec cette méthodie qui lui est propre et qui fait sa force. Il l?a modelé à son image, selon sa volonté. Il lui a donné un style, une rigueur, une science du jeu. Et quand la réussite s?en mêle, Mourinho savoure en toute discrétion, comme si le sort du match ne pouvait en être autrement, comme si il était écrit quelque part que Porto égale victoire. De mémoire, la seule fois où il a manifesté sa joie de manière disons excessive, c?était en huitièmes de finale, au terme de la fameuse bataille tactique remportée face au Manchester United de sir Alex Ferguson.

Porto, on vous le concède, ne fait pas rêver. Ce n?est pas une équipe Play-Station, comme on dit. Mais, Diantre, qu?ils sont efficaces ces Dragons-là. D?ailleurs, contre Monaco, en finale, mercredi, à Gelsenkirchen, ils se sont procuré trois grosses occasions de but et ils les ont toutes concrétisées ! On ne fait pas plus réaliste que ça.

Normal, dans ces conditions, que les dirigeants de Porto cherchent à garder l?oiseau rare. Mais ils n?y parviendront pas. Mourinho a déjà préparé ses valises et, dans sa tête, il est déjà à Londres. Et, apparemment, il n?entend pas partir seul. Il compte emmener avec lui l?ensemble de son staff technique, sans oublier quelques-uns de ses meilleurs joueurs, peut-être Vitor Baia, Derlei et Deco. Autant le dire tout de suite : une équipe est morte mercredi à Gelsenkirchen, une autre va peut-être naître la saison prochaine à Londres.

Vitor Baia, l?homme aux trois Coupes

Le gardien du but de Porto, Vitor Baia, est entré mercredi dans le gotha du football européen. Le Portugais fait désormais partie des joueurs qui ont gagné les trois différentes Coupes d'Europe au cours de leur carrière. Sous les couleurs de Barcelone, Vitor Baia avait, dans un premier temps, décroché la Coupe des coupes en 1997, face au Paris-SG. Revenu à Porto en 1999, il a gagné la Coupe de l'UEFA l?année dernière contre le Celtic, puis la Ligue des champions cette saison contre Monaco. Dans l'histoire des Coupes européennes, peu de joueurs ont réussi pareil triplé. On retrouve les Italiens Marco Tardelli et Gaetano Scirea, vainqueurs des trois trophées avec la Juventus en un peu moins de dix ans (C3 en 1977, C2 en 1984 et C1 en 1985).

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