Publicité

Maurice et Rodrigues présentes au Festival de Musiques Métisses en France

28 mai 2004, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

C?est un homme modeste, à la voix captivante et aux doigts fiévreux de vibration. Lelou Menwar, le chanteur qui renverse la logique, sculpte des instruments et sème des pulsions chez les mélomanes. C?est lui qui représente Maurice au 29e Festival de Musiques Métisses à Angoulême qui se déroule du 28 au 31 mai. Il sera sur la scène de Mandingues à 15h00 aujourd?hui. Rodrigues sera représenté au festival à travers Marlin Augustin, un chanteur de séga piké.

Métissage d?îles et de pays du monde sur des terres françaises. C?est le but de cette fusion de Musiques Métisses au Festival d?Angoulême. Un seul chanteur serait capable de virevolter autour d?un feu de camp tout en mélangeant l?oriental au traditionnel avec des volées de sagaï. L?homme au timbre frais, vrai jusqu?au bout de ses tresses rastas et de ses nombreux instruments qu?il prend soin de créer lui-même. Après avoir baigné dans le succès dans notre île avec son concert Tandela en avril, Menwar et son groupe de six musiciens se sont envolés mercredi pour Angoulême, en France.

«Mo pa pé ale laba pou la gloir, mo pé fair sa voyaz la pou porte mo kiltir morysien lor la scène internationale !» C?est ce que clame Menwar en toute simplicité. Sur les planches françaises, Menwar symbolise le reflet du vrai mauricien. C?est avec sa langue maternelle dans ses valises et sa modestie habituelle qu?il enchante de chansons l?île de Bourgines, à Angoulême. Ce 29e festival regroupe cette année des styles musicaux diverses, avec une forte senteur marine émanant des îles comme

La Réunion, la Jamaïque, la Guinée, l?Haïti et Madagascar entre autres. C?est Christian Mousset, directeur du festival, qui a invité Menwar à se produire. Depuis qu?il a été créé en 1976, le Festival d?Angoulême s?est ouvert aux horizons musicales des îles du globe, recherchant toujours à privilégier la découverte de talent. Christian Mousset le dit bien : «Il est urgent de soutenir tous ceux qui privilégie l?identité culturelle et la création locale !» Cela, Menwar le fait toujours. C?est un chanteur qui met surtout en exergue les instruments, les sonorités du sagaï, un savant mélange de ravanne et de mélopée orientale. Avec des notes sucrées qui proviennent de son sanza, il va constamment à la pêche des nouveaux sons qu?il capture quand il est dans la nature.

C?est à coups de djembé, de conga ou de sanza que Menwar et son équipe séduiront Angoulême aujourd?hui à 15h. Hier encore ils étaient sur les planches musicales de Mandingue à Angoulême. Rien de présomptueux, c?est seulement avec une dose de fierté de représenter son île que Menwar s?est envolé. Lelou Menwar ou Stéphano Honoré, est né en 1955 mais depuis qu?il a ouvert les yeux, il ne parle qu?en chanson, toujours plus véridiques les unes comme les autres. Sa carrière a débuté en 1970. A l?époque, il sortait des 45 tours, avec des cris de chansons folkloriques sur fond d?histoire triste. Un début de carrière promotteur certes pour Menwar, qui fera peut-être dans quelques temps, une tournée en Belgique avec son groupe Tandela pour lancer l?album Le Prince Maurice sous l?égide du producteur belge Tom de Graeva. Mais l?alchimie sur scène bouillonne aussi grâce aux musiciens de Menwar.

Au djembé, Johan Leste excelle. Sous ses claquements de mains, l?instrument devient maître. Didier Prudent s?occupe de faire pivoter les sonorités du conga tandis que la «ravanne pistache» de Kerwin Castel chante une mélodie épicée à l?oreille mauricienne. Kerty Oclou se penche quant à lui sur les histoires enfouies de la ravanne traditionnelle et Clyke Armoojum sur la bass. Cet événement n?est non seulement un tournant dans la carrière de ces cinq musiciens, mais il est aussi impressionnant.

<B>FUSION DE CULTURES</B>

En 2003 ils avaient participé au Festival de l?océan Indien, aujourd?hui ils avancent toujours plus loin. «C?est une occasion unique de faire valoir notre culture et notre style,» lance Didier Prudent. Et c?est cette culture que recherche le Festival Musiques Métisses. En passant par le son canelle de l?Afrique à travers Taarab de Zanzibar, qui apporte cette année quelques meilleurs artistes. Ou encore la présence de la Mauritanie avec la voix teintée de blues américain et de folklore mauritanienne, celle de Malouma. Cette femme qui défie les interdits et les préjugés de ceux qui croient qu?être chanteurs est un métier dégradant.

La culture se peint aussi dans les yeux de Marlin Augustin. Ce chanteur rodriguais qui cisèle les notes des instruments typiques, comme celles de son accordéon diatonique. La musique rodriguaise avec une poignée de polka, un zeste d?accent écossais et un pincement de lueurs valses. C?est cela que porte fièrement Marlin Augustin, avec son groupe de Rodriguais. Ce soir à partir de 19h30 au cabaret Shebeen, Marlin montrera pour la première fois peut-être à Angoulême, une île Rodrigues au séga piké, au one-step et au quadrille. Demain au Shebeen toujours, à 19h30, il aura une unique chance de se produire.

Marlin Augustin a aussi un riche parcours. Porteur du souffle de son île crème nature dans le monde, il s?en est allé jusqu?en Inde pour extirper de nouveaux sons et promouvoir son style et son identité entre les fusions orientales. Il était aussi invité à participer à la première édition du Festival Culturel Tournant de l?océan Indien qui s?est déroulé à Maurice en 2003. C?est en malaxant le passé de Rodrigues, avec ses goûts de limon aigre et son parfum de poisson frais, que Marlin s?est créé un style à lui avec du «mazok» et un brin de folklore celte.

Angoulême est peut-être une solution pour bien démarrer une carrière internationale. C?est l?île de Bourgines qui accueillent les 24 artistes de pays divers. Parmi nous retrouvons Pat Jaune de La Réunion, celui qui fait valser le séga et les romances. Ou encore René Lacaille, Réunionnais qui virevolte dans chaque recoin du monde comme la Chine et le Brésil avec son compagnon, l?accordéon.

Le Festival de Musiques Métisses d?Angoulême, c?est le lieu de rencontre des styles et des artistes. Maurice s?est frayé une place dans cet endroit de rêve, du 28 au 31 mai.

Tandis que Menwar enflamme les pigments de la kiltir créole de Maurice, Marlin Augustin communique des saveurs rodriguaises à l?île de Bourgines. C?est avec une bonne poignée de chance qu?on leur souhaite de méduser les Européens.

Publicité