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Un peu plus près des étoiles

28 mai 2004, 20:00

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«Enn levenman rar sa non ? » Rozida Ramjeet serre fortement les manches de son pull de laine noire entre ses doigts gelés. Les pans de son churidar rose ont l?air bien minces, face au vent qui tourbillonne dans le parking du Rajiv Gandhi Science Centre. C?est après avoir lu un encart publicitaire que cette habitante de Curepipe a décidé d?affronter les embouteillages jusqu?à Bell-Village. A l?arrivée : la possibilité de visser son ?il droit à des télescopes pour voir des morceaux de ciel de plus près.

Entre deux bouffées d?air chaud soufflé sur ses poings, Rozida partage en souriant ce qu?elle sait du transit de Vénus à venir. Debout dans la pénombre portlouisienne, elle vient tout juste de « voir » la lune pour la première fois. «Lalinn la briyan, li telman pre ou envi touss li.» Patiemment, sans gémir malgré le froid, sans signe d?impatience devant ceux qui apprécient plus longtemps que les autres le spectacle, Rozida attend son tour. Elle ne veut rater aucun des trois rendez-vous qu?elle a avec les astres.

Derrière elle, la suivant pas à pas, sa fille Nabiha, 16 ans, qui la dépasse d?une bonne tête. «Mo kroir li vini tou le 122 an non ?» Souffrant visiblement du froid, la jeune fille à du mal à ramener en chignon les longs cheveux flottant sur ses épaules. « Li interesan,» lâche-t-elle, soudain timide, après un bref coup d??il dans l?objectif.

Dans la file d?à-côté, celle qui attend de voir Jupiter «ek so kat ti poin» ? comprenez ses satellites ? Darren, 11 ans, prend tout son temps. Il tire un peu la langue, plaque la main gauche sur son ?il gauche, se hausse sur la pointe des pieds. « Wow, mo pa ti kone li koumsa, » lance-t-il spontanément. Quelques rires amusés réchauffent l?atmosphère, avant que le silence quasi studieux ne reprenne ses droits.

Il est bientôt brisé par le cours magistral dispensé par Nawsheen Hossenkhan, Ressource Officer du Rajiv Gandhi Science Centre. Orientée face au vent ? la Croix du Sud oblige ? elle montre d?un doigt assuré les repères inscrits dans le ciel depuis des milliards d?années. «Notre mission est de populariser la science.» Et l?officier d?énumérer les ressources de son centre : planétarium gonflable, muséobus? Avant de revenir à l?essentiel. Ne tient-elle pas entre les mains une carte du ciel ?

«Il faut s?y prendre au crépuscule.» C?est à la tombée du jour que l?équipe du centre a dirigé son trio de télescopes vers la voûte céleste. Le premier vers la lune, le deuxième en direction de Jupiter et le dernier droit sur Saturne et ses anneaux. «Les gens montrent plus d?intérêt dès qu?on cite les constellations qui rappellent l?astrologie. C?est souvent le point de départ de discussions passionnantes.»

Devant nous, une image attendrissante. L?objectif du télescope pointé sur Saturne est trop haut pour la petite Vanessa. Sans hésiter, David, son père, la prend dans ses bras. La porte quelques minutes, le temps qu?elle distingue la planète qui descend inexorablement « plus bas que l?horizon, » avant de la reposer par terre.

Après dix minutes d?attente dans la file « lunaire, » notre tour est enfin arrivé de faire un clin d??il au satellite naturel. «Ce sont les femmes qui poussent le plus d?exclamations,» dit l?officier de service. Les secondes d?adaptation passées, notre ?il se régale à la vue de la surface tourmentée de la lune. Curieusement, sa texture semble à la fois liquide et cendrée. Rien de commun avec cette surface lisse et brillante que nous devinons chaque soir à l??il nu. Au télescope, chaque crevasse est nettement dessinée. Idem pour les mers, qui ressemblent plus à des prairies poussiéreuses où l?on se surprend à vouloir se promener.

Mais il y a le froid. Les rafales qui réduisent à néant les rangées de laine et de coton que l?on a mises entre le vent et la peau. Il y a tous ces enfants qui attendent leur tour. Leurs parents aussi. Pratiquement cent personnes venues se rapprocher des étoiles.

<B>Transit de Vénus, le cosmos fait son show</B>

A vos agendas. Le 8 juin, la planète Vénus passera devant le soleil. La dernière fois que ce cycle s?est produit, c?était en 1882. Le transit débutera à 9 h 15 pour prendre fin à 15 h 26.

Attention, il est impératif de se protéger les yeux avant d?admirer le phénomène. «Au centre, nous n?avons pas de filtre solaire», explique Nawsheen Hossenkhan. «C?est pour cela que nous allons projeter une image du soleil sur écran géant, afin que le public puisse suivre le transit.»

En sus des lunettes spécialisées, les télescopes munis de filtres spéciaux sont les seuls équipements indiqués pour prévenir les lésions à la rétine. Le site du transit de Vénus, www.venus-transit.mu explique que «trois secondes d?observation directe, sans aucune protection suffisent pour rendre aveugle». Ce site construit par le comité national sur le transit de Vénus a pour but d?informer au maximum sur l?événement à venir.

<B>Mgr Nagapen reconstruit l?événement</B>

«Transit de Vénus», le livre de Mgr Amédée Nagapen, est plus historique que technique. «J?ai surtout recueilli plusieurs tranches de notre patrimoine», explique l?historien chevronné.

Il a voulu, en effet, faire découvrir les quatre coins de l?île d?où le transit de Vénus avait pu être exploré le 9 décembre 1874. Charles Meldrum se trouvait au Royal Alfred Observatory à Pamplemousses, le capitaine Bews dirigeait l?observatoire de fortune du quai de Port-Louis, les deux docteurs allemands, Löw et Pechule, étaient sur le monticule de Solitude à Plaisance alors que Lord Lindsay s?était installé à Belmont, Quartier Poudre d?Or.

Ce dernier était le poste le mieux équipé pour admirer cette éclipse. Le site a d?ailleurs été décrété monument historique en 1958.En 1988, lors de ses recherches sur le transit de Vénus, l?auteur découvre que l?événement avait pu être observé de notre île il y a 130 années, soit en 1874. Mais ce n?est qu?en 1991, que, devenu membre de l?Académie des Sciences d?Outre-Mer, il s?attelle vraiment au phénomène.

«Transit de Vénus», a été présenté hier au Musée de Port-Louis par le ministre des Arts et de la culture, Motee Ramdass, qui a dit «sa grande satisfaction de lancer un livre de cette envergure». L?ambassadeur de France, Henri Vignal, et le cardinal Jean Margéot étaient aussi présents. Les images sont signées Pierrot Easton et Gérard Mongelard et la couverture est de Pascal Lagesse. «Transit de Vénus» est en vente à Rs 300.

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