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Le Board of Investment vacille

28 mai 2004, 20:00

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Le Board of Investment (BOI) est en mauvaise posture. Après l?épisode Dev Chamroo, où des pressions ministérielles se sont fait sentir, le fonctionnement de cet organisme et son bilan contestable essuient les critiques. Certains, en rappelant la mission première du BOI, qui est d?attirer l?investisseur, affirment qu?il n?a pas répondu aux attentes.

Le ministre de l?Industrie concédait l?échec il y a un mois environ devant les Américains : nous manquons toujours d?investissement direct, avouait-il? Si les membres du «Ways and Means Committee» voulaient se mêler de nos affaires internes, ils auraient bien pu nous lancer : mais que fait donc votre Board of Investment (BOI)? En effet, que fait-il ?

D?aucuns pensent que cet organisme spécialisé ayant pour fonction d?attirer des investisseurs étrangers n?a pas honoré les objectifs qu?il s?était fixés il y a trois ans. Le député de l?opposition Arvin Boolell vient d?ailleurs mardi avec une question parlementaire sur ces résultats. L?incident de cette semaine a laissé entrevoir ces derniers jours quelques-unes de ces lacunes, et les raisons pour lesquelles l?organisme n?était pas arrivé à donner les résultats attendus.

L?échec se constate dans les chiffres. En trois ans d?existence, le BOI a approuvé plus de 200 projets venant d?investisseurs étrangers. Mais environ une soixantaine seulement de ces projets se sont concrétisés. Pas assez. D?autant plus que, si l?on se prête à un petit exercice de comparaison facile, chaque projet concrétisé aura coûté Rs 1 million au pays, le budget de fonctionnement annuel de cet organisme étant de Rs 20 millions.

Les raisons évoquées par l?environnement proche du BOI pour expliquer ces résultats en demi-teinte sont multiples : l?absence de suivi, un personnel insuffisant ou non qualifié pour le travail de promotion, une culture de «mensonge» des cadres du BOI auprès des investisseurs, de longs retards dans l?octroi des permis et des interférences ministérielles.

«Il y a environ 175 projets approuvés et non mis en chantier. Mais au BOI, on n?a aucun suivi et on ne sait pourquoi ces projets n?ont pas été exécutés jusqu?ici. Pourquoi les investisseurs ne vont-ils pas de l?avant ? Ne sont-ils plus intéressés ? Pour quelles raisons ? A-t-on trop tardé dans la gestion de leur dossier ? Peut-on encore les relancer ? Il n?y a aucune possibilité de le savoir. C?est un problème de gestion commerciale qui est devenu très grave», explique un haut cadre du BOI.

Pas de traçabilité. Pas de dossier non plus sur le nombre d?investisseurs ayant participé aux roadshows, leur identité, l?intérêt qu?ils ont montré. «Ce sont là des renseignements capitaux pour permettre au BOI de rectifier le tir,» confie un membre de conseil d?administration du BOI.

Selon certaines sources bien informées, la situation est ainsi parce qu?un bon nombre des membres du personnel n?ont pas les compétences voulues pour ces fonctions. A la création du BOI, le recrutement ne s?est pas fait avec la rigueur qu?imposait l?importance de l?organisme pour le développement du pays. Trop de protégés de ministres, entre autres?

«Un des actuels hauts cadres du BOI n?était même pas short listed après l?appel des candidatures il y a trois ans. On ne le considérait pas assez qualifié et compétent. Il savait qu?il n?était pas short listed et a fait ses démarches. Deux jours avant l?interview, il reçoit un télégramme, vient à l?interview et obtient le poste. Un ministre avait décidé qu?il devait en être ainsi», confie un ancien membre du conseil d?administration de la BOI.

<B>DES MÉTHODES DISCUTABLES</B>

Pour rendre les choses encore plus difficiles, une certaine réputation a commencé à se tisser autour de cet organisme. Pour attirer des investisseurs à Maurice, de hauts cadres ont recours à des «techniques de vente» pas tout à fait adaptées au produit. Certains candidats à l?investissement n?hésitent pas à parler de «mensonge» ou «d?escroquerie» lorsqu?ils relatent le discours qu?on leur a tenu à leur arrivée.

L?un d?eux, qui veut garder l?anonymat, raconte qu?on lui avait promis qu?il aurait un permis de résidence dès qu?il aurait investi ; que 75 % de l?argent qu?il dépenserait pour former ses cadres mauriciens lui serait remboursé par le gouvernement ; que les tarifs des télécoms baisseraient de manière conséquente sous peu. Après avoir investi, il apprend qu?il ne tombe pas dans la catégorie de personnes pouvant obtenir un permis de séjour, qu?on ne peut lui rembourser les 75 % parce que cet argent provient d?un «levy» que les compagnies paient et qu?il n?a pas, lui, payé. Quant à la baisse des prix des télécommunications, il l?attend toujours.

Le verdict est dur : «It is very bad for your country when we, investors, dicover that this BOI has been lying to us all the way», dit-il. Difficile à croire. N?est-ce pas l?investisseur le menteur ? Au BOI, ils sont plus d?un à dire que ce qu?il dit n?est pas loin de la vérité. Qu?une culture de mensonge existe bien au sein de la maison, apportée notamment par des personnes venues de la Mauritius Export Development Investment Authority, où l?on avait tendance à «emberlificoter» les investisseurs en estimant que les belles plages leur feront oublier tout cela dès qu?ils auront mis leur argent dans le pays.

L?affaire avait pris une telle proportion que le directeur du BOI, Germain Commarmond, avait rédigé, deux semaines avant son décès, un rapport pour dénoncer cette culture. Des proches de Germain Commarmond assurent aujourd?hui que ce dernier serait passé à l?action et envisageait de limoger certaines personnes du BOI avant que la maladie ne l?emporte.

Germain Commarmond avait compris qu?il fallait agir après que des investisseurs se furent plaints à lui, mais aussi après avoir eu vent de ce qui se disait à l?étranger sur le BOI. Car, il faut le savoir, les investisseurs étrangers forment une «communauté» où chacun se connaît. Il suffit qu?un investisseur berné se confie à son banquier européen pour que la chose se répande dans toute la communauté des investisseurs et que le BOI soit sali.

<B>LOURDEURS ADMINISTRATIVES</B>

Ces investisseurs parlent également des longs retards administratifs avant que leurs projets ne soient approuvés. Ils évoquent le fait qu?il n?obtiennent pas de réponse assez rapidement. L?affaire Cisco est citée avec insistance. Ce géant de l?internet a attendu 8 jours après sa première lettre de prospection du marché mauricien. Les inexactitudes contenues dans la première réponse pousse Cisco à demander des compléments de renseignements, ce qui ne viendra qu?une vingtaine de jours plus tard. Ce comportement du BOI pourrait compromettre la venue de Cisco chez nous où ce groupe comptait installer son quartier général.

La difficulté à réformer l?organisme a été démontrée cette semaine avec l?incident qui a vu l?interférence ministérielle au sein du BOI. Le comité de direction du BOI qui avait entériné la décision du directeur d?enlever la responsabilité d?Investment Promotion Officer à Dev Chamroo pour ne lui confier que la responsabilité d?Investment Facilitator est revenu sur sa décision sept jours après des pressions ministérielles. La manière dont deux ministres auraient bousculé le Managing Director sans passer par le ministre de tutelle, le ministre des Finances, est signe de l?anarchie dans la gestion de l?organisme.

Ni l?opposition ni le gouvernement ni les investisseurs ne remettent en question les compétences du directeur du BOI. Ses dix années à la Mauritius Freeport Authority sont tout à son honneur. Les autorités lui reconnaîtront-elles alors la marge de man?uvre qu?il faut pour restructurer la maison, pour intégrer comme il est question la Mauritius Freeport Authority au sein du BOI en utilisant les professionnels que recèle le premier organisme ? A la réponse du gouvernement aux questions de l?opposition mardi prochain, l?on jugera de sa volonté.

<B>Gérard Sanspeur, la bonne personne au bon endroit ? </B>

Peut-on imputer au Managing Director l?échec du BOI ? L?interférence ministérielle ne s?est-elle pas avérée nécessaire à la suite d?un mauvais choix fait par lui ? A voir le parcours de Gérard Sanspeur, on douterait difficilement de ses capacités?

Considéré comme l?architecte du succès du port franc, Gérard Sanspeur a passé dix années à la Mauritius Freeport Authority. A l?époque où il en prend les rênes, le port franc n?est qu?une législation. Il fera du concept un énorme succès pour l?économie du pays. C?est lui qui recrute et forme le personnel en leur inculquant une certaine culture du travail. Le port franc compte aujourd?hui 80 000 mètres carrés d?infrastructure. Il sera le premier corps parapublic à obtenir l?ISO 9002.

Détenteur d?un MA en finance et d?un DEA en économie et commerce international, le directeur du BOI partage avec son prédécesseur Germain Commarmond un esprit visionnaire et une grande créativité. Bien avant qu?on ne parle de cyberîle, l?assistant secrétaire général de la Chambre de commerce créera le BTS en informatique. Jusqu?ici, la chambre a pu former environ 300 techniciens. De même, le concept de «seafood hub» vient de son plan stratégique datant de 1995.

Gérard Sanspeur a également travaillé pour les Nations unies comme «Trade Information Expert».

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