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?Il ne faut pas oublier que la mondialisation pose un défi pour les droits de l?homme?
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?Il ne faut pas oublier que la mondialisation pose un défi pour les droits de l?homme?
D?où nous venez-vous, Professeur Serge Rivière, vous dont le lieu de prédilection semble être l?île, où qu?elle soit?
Dans ma vie, les îles ont joué un rôle très spécial. Je suis né à l?île Maurice. J?ai étudié et travaillé en Ecosse, où j?ai habité longtemps. Puis, quinze ans en Australie, la plus grande île. Ensuite, je suis allé en Irlande. J?ai l?impression que le voyage fait partie de mon destin. J?ai beaucoup voyagé en ?voyageur étonné?, avec, toujours, ce regard naïf sur l?Autre. Je me retrouve enfin, avec joie, dans mon pays natal. J?aime ce vers de Du Bellay que nous a appris Daniel Koënig au Collège Royal de Curepipe : ?Heureux, qui comme Ulysse, a fait un long voyage?? Mais je reviens au pays. Comme Hart, ?Ici, je suis moi-même.?
Seriez-vous, comme Le Clézio, un ?fils de la mondia-lisation? ?
Je suis assez modeste pour admettre que l?esprit créateur d?un Le Clézio est bien au-dessus de l?esprit critique d?un professeur. Mais, comme Le Clézio, je me considère Citoyen du Monde. Voltaire me l?a appris à plusieurs reprises. Par exemple, dans Patrie: ?Telle est donc la condition humaine que souhaiter la grandeur de son pays, c?est souhaiter du mal à ses voisins. Celui qui voudrait que sa patrie ne fût jamais ni plus grande, ni plus petite, ni plus riche, ni plus pauvre, serait le citoyen de l?univers.? Ces idées, que je vais élaborer jeudi, à l?université de Maurice (à 16 h 30), ont toujours cours. Puisqu?il croit que ?la nature humaine est partout la même?, mais que la culture et les m?urs sont relatifs à chaque espace.
Que pensez-vous de la mondialisation culturelle ?
Quand Le Clézio parle de la mondialisation, il oublie qu?elle pose un défi pour les droits de l?homme. C?est-à-dire la liberté individuelle, et la liberté nationale, dans un monde pluraliste. Pour moi, les enjeux sont très sérieux pour les cultures confrontées aux changements causés par la mondialisation. Parce que celle-ci implique une généralisation des activités humaines. Et même un totalitarisme. Tandis que la culture est relative à un espace donné, et à une période donnée. Donc, les cultures confrontées résistent.
Comment Voltaire a-t-il défendu cette notion de liberté individuelle ?
Voltaire est l?apôtre de la liberté et de la tolérance. Il est un des premiers à s?être battus pour la liberté de penser et d?écrire. C?était un journaliste engagé et militant, pour lequel chaque page écrite impliquait une action. ?J?écris pour agir.? L?homme moderne, il me semble, est appelé à agir contre l?intolérance, à combattre l?intégrisme, à défendre ses droits. Pour revenir à la mondialisation, il faut réaffirmer les identités collectives et individuelles, la culture des espaces donnés. C?est ce que Voltaire dirait s?il revenait parmi nous.
Lit-on Voltaire aujourd?hui, Professeur Rivière ?
Voltaire, polygraphe, a écrit 15 000 000 de mots, ou l?équivalent de 20 Bibles. L?édition de ses ?uvres complètes se monta à 150 tomes. Il serait déçu de constater qu?aujourd?hui on ne lit qu?une infime partie de ses ?uvres : les contes philosophiques comme Candide, pour rire, et Le Dictionnaire philosophique, pour penser. Il faut certainement lire du Voltaire. Même si on ne lit pas tout. Je l?ai découvert à 16 ans, lors d?un cyclone à Curepipe. J?ai tant ri que la bougie s?est éteinte.
Est-ce que Voltaire, comme vous, a beaucoup voyagé ? Si oui, quels en sont les fruits ?
Voltaire était un grand voyageur. Il a passé cinq ans en Angleterre, en exil. Il est allé en Belgique, aux Pays-Bas, en Prusse. Il a longtemps vécu en Suisse, avant de regagner la France. Il aurait pu bénéficier d?un passeport français-allemand-anglais et suisse. Il était donc un des grands Européens. Voltaire dit dans Candide, ?Il est certain qu?il faut voyager.? C?est en voyageant qu?il a appris l?importance de la tolérance culturelle. Les chercheurs, les écrivains, et les artistes, sont, comme les voyageurs, des découvreurs. D?abord de la nature humaine, et ensuite, d?eux-mêmes. C?est un peu dans ce but que j?écris sur les grands voyageurs du passé.
Qui sont-ils ?
Louis Antoine de Bougainville, La Pérouse, par exemple, tous deux venus à Maurice. Ou encore, Louis-Claude de Freycinet, Louis Isidore Duperrey, Hyacinthe de Bougainville, Dumont d?Urville?
Ecrire sur quelqu?un, serait-ce vivre longuement avec lui, apprendre à le connaître intimement ? Lequel de ces voyageurs vous a marqué le plus? Les femmes, ne vo-yageaient-elles pas à cette époque?
Aucun de ces hommes ne m?aura marqué. Par contre, une femme m?a profondément ému par son récit. Il s?agit de Rose de Freycinet, épouse de Louis-Claude. J?ai publié son journal de bord sur l?Uranie, Rose des Vents, (Editions de l?Océan Indien 1996).
Une aventure passionnante autour du monde, un naufrage, une perspective féminine d?un voyage scientifique, des lettres intimes à sa cousine, des réflexions personnelles pertinentes sur les pays et cultures, et la curiosité féminine en éveil.
A-t-elle accompagné son mari à Maurice ? Quel a été son regard sur cette île ?
Oui, elle a séjourné chez nous du 6 mai au 16 juillet 1818. Elle a été frappée par l?hospitalité mauricienne. Rose de Saulces de Freycinet a surtout aimé les bals de Madame Gomm. Son regard sur les jeunes femmes créoles d?alors n?est pas toujours gentil:
??Elles calculent tous leurs mouvements. J?ai vu au bal de M. Smith l?une de ces beautés, reconnue pour avoir une main et un bras superbes, affecter non seulement d?ôter ses gants toutes les fois qu?elle valsait, mais encore de poser sa main le plus avantageusement possible, et, de retour à sa place, elle s?informait près de sa mère si sa main et son bras avaient été dans la position la plus favorable. Même dans nos villes si perverties, on n?en voit pas tant !?
Au cours de ses voyages, Voltaire, a-t-il été épris de certaines femmes ?
Comment répondre à cette question sans offenser les femmes? J?ai écrit sur Voltaire et les femmes. D?une part, il disait que les femmes étaient volages comme des girouettes.
D?autre part, il était très sensible à leur intelligence, comme sa maîtresse, Emilie du Châtelet; Madame Denis, sa nièce et maîtresse; la Princesse Ulrique de Prusse, qu?il appelait ?Ma divine Ulrique?. Je vous en dirai plus jeudi 13 mai, à l?université. Comme Sacha Guitry, Voltaire est ?contre les femmes, enfin, tout contre.? Il a une attitude ambiguë, comme dans toutes choses.
Propos recueillis par J. G.-A.
?C?est en voyageant que Voltaire a appris l?importance de la tolerance culturelle.?
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