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L?Europe élargie prend effet
Dix pays ont rejoint hier soir à minuit les Quinze au sein de l'Union européenne, clôturant ainsi définitivement la période de la guerre froide et scellant la réunification du Vieux continent. Le drapeau frappé des étoiles européennes s'est élevé à minuit dans un ciel constellé de feux d'artifice dans les nouveaux pays membres.
Pour la plupart d'entre eux, l'adhésion à l'UE reléguera définitivement aux oubliettes de l'Histoire le rideau de fer, héritage de la Seconde Guerre mondiale, symbole honni de cinq décennies d'emprise soviétique souvent liberticide.
Officiellement, l'adhésion de ces dix pays entre en vigueur à 22 heures GMT, mais les républiques baltes d'Estonie, le Lettonie et de Lituanie prendront pied dans l'UE une heure plus tôt que les autres pour cause de décalage horaire.
La Hongrie, la Pologne, la République tchèque et la Slovaquie ? tous d'anciens membres du Pacte de Varsovie, équivalent de l'Otan dans la sphère soviétique ? et la Slovénie, Chypre et Malte, rejoindront ensuite à leur tour l'UE.
Cet élargissement, le plus important jamais survenu dans le bloc européen, en fera la plus grande zone de libre-échange au monde, avec un marché commun de 450 millions d'habitants. Il repoussera en outre sa frontière orientale un millier de kilomètres plus à l'Est, aux portes de la Biélorussie, de la Russie et de l'Ukraine.
Il fait peu de doute que l'incorporation dans le bloc européen de pays de l'Est moins prospères modifiera profondément l'UE, qui doit également relever le défi de sa pérennité et de son efficacité.
Mais avant que ne commencent les débats les plus engagés sur l'avenir de l'Europe, les «nouveaux» souhaitent tourner avec éclat la page d'un passé parfois douloureux marqué par les divisions de la guerre froide.
«Le 1er mai sera un tournant dans l'histoire de l'Europe», a déclaré le commissaire à l'Élargissement, Günther Verheugen, à Varsovie. «C'est la réponse de l'Europe à la fin de la guerre froide et l'occasion de panser les blessures du passé, les blessures de la guerre et de la dictature.»
SURMONTER LE PASSÉ
Plusieurs millions d'Européens ont perdu la vie pendant la Seconde Guerre mondiale, déclenchée par l'invasion de la Pologne par l'Allemagne, en 1939, et qui s'est soldée par la division de l'Europe en deux blocs hostiles.
Tout comme la réconciliation franco-allemande a ouvert la voie à la création de l'UE en 1957, l'élargissement couronne les efforts consentis par la Pologne et l'Allemagne pour surmonter le passé.
Les deux pays sont des «poids-lourds» européens, l'Allemagne, avec ses 80 millions d'habitants, étant l'Etat le plus peuplé du bloc, tandis qu'avec 40 millions d'habitants la Pologne est le plus gros des «entrants».
Selon des analystes, le fonctionnement de l'Union élargie dépendra en partie de l'alchimie germano-polonaise.
Cet aspect sera d'ailleurs évoqué vendredi par le président allemand Johannes Rau dans un discours au parlement polonais, l'un des premiers rendez-vous des festivités de l'élargissement, qui s'échelonneront sur deux jours.
Mais loin des strass et paillettes, certains ont une idée plus personnelle de la manière dont ils devraient fêter l'événement.
Les Lituaniens comptent allumer toutes les lumières, dès la tombée de la nuit, pour que leur pays scintille vu de l'espace, tandis que les Hongrois feront un tas géant des objets dont ils ne veulent plus sur une place du centre-ville de Budapest.
En Estonie, 20.000 bénévoles tenteront de planter un million d'arbres. Quant aux Tchèques et aux Allemands, ils créeront des arcs-en-ciel ? censés symboliser des ponts virtuels entre l'Est et l'Ouest ? au moyen de canons à eau et de faisceaux lumineux.
La fête se poursuivra samedi dans tout le continent, avec en point d'orgue les cérémonies organisées à Dublin par l'Irlande, présidente en exercice de l'Union européenne.
La France et l?Espagne main dans la main
À deux jours de son élargissement, la «Vieille Europe» s?est découvert une idylle naissante avec la volonté commune exprimée par la France et l?Espagne de cheminer «main dans la main» après la période de défiance des années Aznar. Jacques Chirac et le socialiste José Luis Rodriguez Zapatero, investi à la tête du nouveau gouvernement espagnol le 17 avril, se sont retrouvés jeudi soir à l?Elysée pour de premiers entretiens formels après une rapide prise de contact le 24 mars à Madrid à l?occasion des obsèques nationales des victimes des attentats du 11 mars.
Sourires, amabilités, cordialité: l?atmosphère tranchait avec la froideur qui caractérisait les rendez-vous bilatéraux entre le président français et le prédécesseur de Zapatero, José Maria Aznar. «Quel changement!», se réjouissait-on dans les rangs français où l?on saluait tout à la fois la forte convergence de vues entre Paris et Madrid et l?abord «sympathique» de la nouvelle équipe au pouvoir. «Il y a à Berlin comme à Paris une volonté très forte d?avancer la main dans la main avec l?Espagne sur la route européenne, dans le cadre d?une coopération sincère, loyale, qui exige que les intérêts de chacun soient pris en considération mais dans un esprit de concertation et de dialogue, plus que dans un esprit d?affrontement dont on ne tire jamais rien de très bon», a déclaré Jacques Chirac lors d?une conférence de presse conjointe avec José Luis Rodriguez Zapatero. Le président du gouvernement espagnol, qui devait regagner Madrid jeudi soir, s?était entretenu mercredi à Berlin avec le chancelier allemand Gerhard Schröder. «Nous souhaitons être ensemble parmi les artisans les plus fidèles d?une Europe à la fois pacifique et démocratique, garante de la paix pour notre avenir, et de la démocratie, mais également une Europe porteuse d?un certain message de développement économique et social», a dit le président français. Zapatero a confirmé son souhait de «revenir au coeur de la construction européenne». «Nous voulons partager une vision, une mission et une action politiques communes dans les relations internationales», a-t-il ajouté.
Blair chantre de l?élargissement européen
Le passage de 15 à 25 de l?UE le 1er mai donnera un nouvel élan et aidera la Grande-Bretagne à promouvoir sa vision de l?avenir de l?UE, écrit hier Tony Blair dans le Times. Mais un nouveau sondage montre que les Britanniques rejetteront massivement le projet de Constitution européenne si le référendum que vient de promettre Tony Blair a lieu maintenant. «Je crois que les nouveaux membres nous aideront à faire en sorte que l?Europe soit prête à relever les difficiles défis de l?avenir». À propos de ses relations avec les États-Unis, il écrit: «L?Europe est plus forte et plus efficace en tant que partenaire de l?Amérique, pas comme son rival ou son domestique». «L?élargissement à l?Est et au Sud de l?UE est bonne pour notre sécurité, nos emplois». Un sondage réalisé par YouGov et publié par le Daily Telegraph indique pourtant que sur 2 000 adultes interrogés par téléphone entre les 26 et 28 avril, 51% voteraient «non» à la future de Constitution européenne et 23 % «oui». Les indécis seraient au nombre de 21%.
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