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Géraldine Ducray, le plaisir de L?Antiquaire

18 avril 2004, 20:00

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LA commerçante observe un bougeoir en cristal. Ses doigts pivotent dans un sens, puis dans l?autre. ?Je le prends !? dit-elle. Ce couple ne cache pas sa satisfaction d?avoir pu vendre cet objet ancien. A 33 ans, Géraldine Ducray dirige l?Antiquaire, rue Sauzier, à Curepipe. Elle a choisi le métier de son père en 1988.

Sous le clair-obscur de Curepipe, l?enceinte du magasin rappelle les polars de Jean-Pierre Melville, leurs subtils jeux de lumière, le raffinement des scènes d?intérieur. Dans ce décor d?un autre temps, les objets fascinent par leur évocation silencieuse : un coffre-pirate de 1900, des obus d?étain de la Grande Guerre retrouvés à Maurice et retravaillés en vases, des sabres et épées de pirates qui ont dû connaître le goût du sang? Dans chaque pièce, les lampes à suspension au verre coloré tutoient le rêve.

A dix-huit ans, Géraldine termine ses études secondaires. Elle se destinait à suivre les traces de sa mère et de ses s?urs dans l?esthétique et la coiffure, puis change d?avis. ?Je n?ai pas voulu juste faire comme les autres.? En 1988, elle choisit de rejoindre son père, Paul Ducray, au magasin. Elle avoue n?avoir jamais vraiment été poussée par Pollux (le surnom affectueux donné à son père). Mais depuis toute petite, elle a ?l?âme du collectionneur?.

Fier de partager sa passion avec sa fille, Paul explique comment Géraldine a ramené de son récent voyage en Inde dix-neuf meubles en palissandre violet. ?De style Régence, ils ont appartenu à la Compagnie des Indes à partir de 1820 circa?, dit-il. Le mot ?circa?, désigne une datation à environ vingt années près. Il regrette que Maurice n?ait pas de commissaire-priseur. ?Nous avons dû payer une taxe de 100 % sur ces meubles parce qu?aucun expert ne peut prouver qu?ils ont plus de cent ans et sont donc exemptés.?

Le personnel de L?Antiquaire se compose d?une dizaine de personnes, dont des vendeuses et des ouvriers attachés à la restauration de meubles anciens, parfois aussi sous-traités à des ébénistes spécialisés. Dans une arrière-salle sombre, Dorine et Nella collent des étiquettes sur les nouveaux arrivages. Aujourd?hui, il s?agit de bibelots divers, bracelets et colliers.

Dorine, 39 ans, travaille ici depuis 1989. Au fil des ans, elle apprend à aimer ce travail, le contact avec la clientèle, l?histoire cachée de chaque objet, la tranquillité des lieux? ?D?ailleurs, il y a même des clients qui viennent uniquement pour visiter et se sentir bien.?

Visite de Jacques Chirac

Géraldine ne tarit pas d?anecdotes sur les personnalités qui ont franchi le seuil de sa porte. Parmi elles, Jacques Chirac, qui à l?époque n?était pas encore président de la République mais maire de Paris. ?Il est venu en T-shirt, casquette et bermuda rose...? En fait, elle ne l?avait pas reconnu tout de suite. ?Je traite tout le monde de la même manière, qu?il soit au ras des pâquerettes ou millionnaire.?

Ses clients sont un peu Monsieur tout le monde. Des expatriés mauriciens en vacances et des gens simples. ?Souvent, des gens viennent me dire Ou pena tel obze ? Sa rappel-moi mo granmer ki ti ena enn parey.? Géraldine montre une boîte de cigarettes en acier datant des années 30 ou des ?topettes? de whisky...

L?Antiquaire est un peu le gardien des objets du quotidien populaire. Comme les pièces plus somptueuses, les objets anodins portent l?empreinte et la magie des temps anciens.

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