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Museeuw, ciao l?artiste

14 avril 2004, 20:00

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Il est au cyclisme ce qu?Ayrton Senna a été à la Formule 1. Pas le plus titré des coureurs, certes, mais certainement le plus pétillant, le plus audacieux, le plus attachant aussi. Un kamikaze au grand c?ur qui agite les foules, qui étonne sans cesse les commentateurs. ?Il est immense, unique, immortel?, dit de lui Jean-François Rhein, responsable des sports à France Inter. Un coureur qui, en seize ans de carrière chez les professionnels, a su donner au cyclisme une dimension tellement plus humaine, tellement plus mythique.

Ayrton Senna n?a pas le quart du palmarès de Michael Schumacher. Mais, dix ans après sa mort, le Brésilien reste, aux yeux de tous, le plus fantastique des pilotes de F1.

Idem, Museeuw n?a jamais remporté le Tour de France. Lance Armstrong, il est vrai spécialiste de la montagne, l?a fait cinq fois. Mais au baromètre populaire, il n?y a pas photo, c?est le Belge qu?on aime, c?est le Belge qu?on réclame.

Senna comme Museeuw ont été victimes de leur passion. Si Senna a laissé sa vie il y a dix ans, dans la courbe désormais tragique du Tamburello, à Imola, Museew, lui, est un miraculé. En 1998, une semaine après sa mémorable démonstration dans le Tour des Flandres, où il s?était imposé pour la troisième fois, il chute violemment dans la forêt d?Aremberg. Les médecins le donnent pour mort. Mais le coureur Belge s?accroche de toutes ses forces à la vie. Il reste plusieurs jours dans le coma, évite de justesse l?amputation et finit par revenir dans le cyclisme.

À 38 ans, Johan Museew a décidé de tourner la page. Il a pris, hier après-midi, à l?occasion du Grand Prix de l?Escaut, le dernier départ d?une des plus belles carrières du cyclisme contemporain. Carrière qui l?a vu remporter onze épreuves de Coupe du monde et un championnat du monde sur route. C?est que toute belle chose a une fin. Ses jambes sont lourdes, son c?ur ne le porte plus. C?est lui qui le dit.

Le Lion des Flandres, comme le surnomment ses milliers de supporters, voulait quitter l?arène, dimanche, sur un ultime exploit : inscrire pour la quatrième fois son nom au palmarès du mythique Paris-Roubaix, la plus réputée et la plus prestigieuse des classiques de Coupe du monde. Il est passé à deux doigts de la légende. Engagé dans l?échappée de tête, en compagnie du futur lauréat Magnus Backsted, le chef de file de la Mapei a été victime d?une bien triste crevaison à dix kilomètres de l?arrivée.

Sans doute était-il écrit quelque part que la der des ders de Museeuw devait prendre des allures de tragédie, histoire d?être en marge avec une carrière trop souvent mise à l?épreuve. Héros tragique, voilà, en réalité, ce qu?est Museeuw.

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