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Acte fondateur
L?improbable consensus obtenu sur la comptabilisation des langues orientales au CPE montre la voie à suivre pour résoudre les conflits dans un pays pluriethnique. Cette question qui exacerbait les sentiments identitaires et qui posait un problème ayant l?air insoluble depuis des décennies est aujourd?hui résolu. Tous, de Suttyhudeo Tengur au père Maurice Labour, disent trouver leur compte dans la formule qui a été arrêtée.
Le processus de concertation adopté relève d?un nouveau mode de gouvernance politique. Il n?y a pas eu de décision d?en haut pour imposer une solution. Celle-ci a été atteinte par de petits pas successifs vers un accord final.
Dans la mesure où les interlocuteurs du gouvernement se réclamaient au départ de convictions radicalement opposées la conclusion de cette longue bataille linguistique peut être considérée comme un acte fondateur. Le pays a appris à gérer ses débats identitaires.
Il faut admettre l?évidence. Le rehaussement du statut des langues orientales au CPE avait une forte charge symbolique qui a très peu à voir avec l?école. Ni ceux qui ont soutenu la comptabilisation, ni ceux qui l?ont combattu n?ont jamais eu des préoccupations d?ordre scolaire. C?était la question ethnique qui était perpétuellement en toile de fond du débat.
Du reste, cela fait 20 ans qu?un expert britannique, le professeur Kingdon, a démontré que la comptabilisation des langues orientales ne peut pas modifier de manière significative le classement final des candidats. Avec le ?grading?, son incidence sur le résultat du CPE est encore moins importante.
De plus, avec la réforme Obeegadoo et la disparition des ?star colleges?, l?obsession pour des résultats parfaits au CPE s?est estompée. Néanmoins, les esprits s?enflammaient toujours à propos de la comptabilisation des langues orientales. Manifestement, l?enjeu était loin d?être une simple question d?accès à un bon collège. Il s?agissait d?établir un nouveau rapport des forces entre divers groupes.
Repliées sur leurs certitudes, dans leurs chapelles hermétiques, les combattants de la guerre linguistique promettaient de ne rien lâcher. Le sentiment ethnique jouait à fond. La passion dominait la raison. Dans les deux camps certains n?hésitaient pas à proférer des slogans identitaires et religieux. Leurs partisans n?étaient pas imperméables à ces émotions. Dans ce contexte explosif les dirigeants politiques ont tout de même trouvé les mots et les gestes nécessaires pour rapprocher les positions.
On a besoin d?une direction politique aussi déterminée pour régler d?autres problèmes sociaux restés en suspens depuis trop longtemps. Certes, à chaque fois que les sentiments religieux sont concernés, l?on marche sur le fil mais l?accord obtenu dans le domaine éducatif démontre qu?il est possible de surmonter les divergences en dépit de très graves différences de sensibilité.
Une évolution semble désormais possible concernant le droit de la femme à disposer de son corps comme elle l?entend. Si ce n?était qu?un problème de santé, d?équité envers la femme et de justice en faveur des plus pauvres, il aurait été facile d?y trouver une solution. Mais la morale religieuse s?en mêle.
Nous vivons dans une société où les organisations religieuses, toutes confessions confondues, ont encore un poids prépondérant dans le jeu politique et, aussi laïque soit-elle, la République ne peut ignorer ce facteur. Il faut simplement que les dirigeants établissent un large consensus. Celui-ci trouve ses fondements dans la négociation.
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