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Drogue et alcool :un cocktail explosif
Les chiffres sont alarmants : 48 333 134 litres de bière et de rhum produits en 2003, 2 862 admissions en hôpital psychiatrique pour dépendance alcoolique en 2002. Aujourd?hui, la jeune génération n?échappe pas à l?alcoolisme. Une étude du Mauritius Research Council (MRC) réalisée en 2003 auprès de 828 élèves de 20 collèges, démontre que plus de 37 % de ces derniers consomment de l?alcool pour s?amuser, 17 % le font lors des fêtes familiales et 14 % ont un proche consommateur d?alcool. En ce qui concerne la drogue, l?étude indique que 75 % de ceux qui ont été interrogés consomment du gandia et de l?alcool et que 58 % d?entre eux sont âgés entre 15 et 16 ans. « L?alcool ek la drogue pé vine ène vrai danger pou banne jeunes. En plis, éna beaucoup li pé vine polytoxicomane et zotte consomme plusieurs la drogue en même temps avec l?alcool. Zotte pas pé ranne zotte compte qui zotte pé hypothèque zotte l?avenir », déclare Dany Philippe, membre de l?unité de prévention du Centre de solidarité pour une nouvelle vie.
Qu?est-ce qui pousse donc les jeunes à l?alcoolisme ? Plusieurs facteurs sont en cause. « À l?adolescence, la drogue et l?alcool représentent des interdits que les jeunes veulent à tout prix transgresser. Mais au fur et à mesure, ces derniers deviennent de plus en plus dépendants de ces fléaux », confie Sabrina Puddoo, psychologue et membre de cette instance. Pour imiter leurs aînés ou pour prouver leur supériorité face à leurs pairs, certains adolescents se noient dans l?alcool ou se droguent. Ce phénomène prend aussi de l?ampleur chez les filles. « Dans les collèges privés ou publics, le nombre de filles dépendantes de l?alcool augmente. Il y a cette perception que si l?on ne boit pas, on n?est pas à la mode », indique Dilshaad Chaumoo, psychologue.
Les conséquences de l?alcoolisme sont souvent désastreuses. « En buvant, certains adolescents ressentent une sensation d?évasion, mais au fil du temps, cela aura des répercussions sur leur système digestif, sur le foie et le cerveau. Ils deviennent anxieux, sombrent dans la dépression. Un autre problème risque de se poser car ils peuvent être à court d?argent alors ils volent pour se procurer des sous afin d?acheter de l?alcool », affirme le Dr Rihun Raz Hawoldar, médecin généraliste. Des troubles du comportement risquent aussi de se manifester. « Beaucoup de jeunes perdent le contrôle lorsqu?ils sont ivres et font du grabuge dans les lieux publics ou dans les autobus, surtout s?ils sont en groupe. Cela affecte leur condition physique mais peut aussi les pousser à découvrir des boissons alcooliques plus fortes. Ils deviennent alors dépendants », explique Stéphane Samuel, du Centre de solidarité.
D?où l?importance de sensibiliser les jeunes aux méfaits de ces fléaux. Dans un premier temps, l?accent sera mis sur une campagne publicitaire, sous l?égide de la AAA avec la contribution de l?agence de publicité Logos. Celle-ci démarrera le 14 avril et durera jusqu?au 20 avril. Le thème de la campagne est « Zénes swazir to dimé zordi ». « Nous voulons surtout mettre l?emphase sur les répercussions de l?alcoolisme chez les jeunes, dans la vie sociale et rendre ces campagnes très attrayantes pour toucher au moins 10 000 jeunes », affirme Raymonde Eynaud qui est aussi membre de l?unité de prévention. Ainsi, l?équipe du Centre de solidarité utilisera 60 panneaux d?affichage qui seront placés à travers l?île. 2 000 affiches, 15 000 brochures en créole et en français et des autocollants seront diffusés pour la campagne qui servira de catalyseur à une série de séances de sensibilisation dans les neuf districts de l?île.
La deuxième campagne sera également renforcée par des présentations visuelles pour bien dépeindre l?image projetée par le jeune dans la société lorsque ce dernier est sous influence de l?alcool. Des t-shirts seront offerts aux responsables des régions ciblées. À compter du 24 avril, les quatre responsables de l?unité de prévention sillonneront les régions de Triolet, Solitude, Moka, Baie-du-Tombeau, Plaines-Wilhems, Grand-Port, Port-Louis, Rivière-Noire et Flacq les vendredis et les samedis soirs. Trois localités seront ciblées pour chaque district.
Ce projet a été financé par l?United Nations Office of Drugs and Crime par intermédiaire de la National Agency for the Treatment and Rehabilitation of Substance Abusers. L?unité de prévention envisage aussi d?étendre sa campagne à Rodrigues.
TÉMOIGNAGE
Richard, 21 ans : « L?alcool m?a plongé dans l?agressivité »
Richard boit depuis l?âge de 15 ans. Au départ, ce n?était qu?un verre pris lors d?une petite fête familiale. La première gorgée de bière qu?il avale le dégoûte. Il ne supporte pas l?amertume de l?alcool. Mais deux ans plus tard, il recommence l?expérience avec des amis lors de randonnées qu?ils effectuent. Il goûte de nouveau à la bière, mais aussi au vin : « Quand je bois, je me sens bien, je me sens très relax. Après les choses ont changé. J?avais tendance à boire excessivement. Je voulais échapper à la pression. Je voulais évacuer ces tensions qui émanaient de ma vie sociale, mais l?alcool m?a fait plus de mal que je ne le pensais ». À la maison, la famille est également ébranlée. Les disputes entre le père de Richard, alcoolique depuis vingt ans, et sa mère sont fréquentes. À tel point que cette dernière se sépare de lui pendant quelque temps. « Quand on se met à boire, on commence par un verre, puis on continue avec un deuxième, un troisième et puis, on vide une bouteille. On n?arrive plus à dire non, surtout lorsqu?on est enfermé dans un cercle où tout le monde boit. Pendant un an, j?ai laissé l?alcool s?infiltrer dans ma vie. Je buvais presque tous les jours et cela a fini par détruire mon couple », ajoute Richard. Les problèmes de santé se sont vite manifestés : gueule de bois, brûlures d?estomac et surtout changements comportementaux.
« Je devenais paranoïaque. L?alcool m?a plongé dans un monde d?agressivité. Je devenais violent envers la société. Puis un jour, j?ai décidé de m?en sortir. J?avais été témoin pendant des années des conséquences de l?alcool sur ma famille et je ne voulais pas subir le même sort », confie-t-il.
Après avoir suivi un traitement médical et avec le soutien de ses amis, Richard a pu s?en sortir.
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