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Les cris du c?ur au Plaza

19 mars 2004, 20:00

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Mot pour maux. Richard Bohringer exorcise sa «chienne de vie» à coups de monologues mis en musique avec ses complices du groupe Aventures. L?homme passe ainsi du cinéma à la scène, avec les mêmes intonations, le même charisme. C?est beau une ville la nuit, son spectacle, inspiré de son roman éponyme et du Bord intime des rivières, son autre chef-d??uvre, amené chez nous par les bons soins du Centre Charles Beaudelaire, fera escale le 26 mars prochain à 20 heures au Théâtre du Plaza.

Bohringer le hargneux, Bohringer l?inimitable. Bohringer, l?homme à la voix caverneuse, au visage bourru et balafré. Bohringer, l?homme aux milles visages que le cinéma a rendu célèbre, mais que le rythme et la musique ont fait renaître. Bohringer, « le griot blanc », celui qui a acquis la nationalité sénégalaise pour mieux crier son amour pour l?Afrique. Bohringer enfin, le bluesman fanatique de ses maux et de ses mots.

Celui que le cinéma a cantonné dans d?éternels seconds rôles, a trouvé sans doute un rôle à sa mesure et à sa démesure. Pour mieux dire Afrique ma mère, Richard Bohringer s?est inspiré de l?oralité qui reflète la splendeur de l?Afrique pour mieux l?égrener, en une heure trois-quarts de show. L?acteur-chanteur-récitant, projette une lumière réchauffante, sur les bas-quartiers de Paris et les âmes en peine qui y traînent. Il s?interroge sur la vie et le chaos, crachant à la figure de l?hypocrisie et de l?indifférence.

Bohringer, l?homme en colère, dont les foudres éclaboussent au passage le monde aseptisé dans lequel nous vivons, a trouvé refuge en Afrique, au Sénégal et au Burkina Faso notamment. L?homme s?exprime simplement, sans désinvolture, avec une constance remarquable, au sujet des villes mortes, des hôtels vides, des soleils sanguinolents d?Afrique, de New York, de la drogue et des femmes.

Poète entré par hasard dans le cinéma, Richard Bohringer est aujourd?hui un homme libre. Déployant sur scène le drapeau sénégalais auquel il est tellement attaché, il scande son texte, chante parfois et émerveille complètement. L?homme partage sa vie, sa liberté, ses errances.

Richard Bohringer voit le jour en 1941, sous l?ombre grossissante de l?occupation. Fils d?une Française et d?un officier Allemand, il grandit chez sa grand-mère. Il brûle l?ennui à coup de jazz et découvre Paris, ses coins malfamés, ses artistes et ses poètes. Il va s?abandonner aux plaisirs faciles, à la drogue, avant de se découvrir une folle passion pour l?écriture. Il écrit quelques scénarios, avant de décrocher un petit rôle dans L?Italien aux roses de Charles Matton. Il entre ainsi dans un monde qu?il ne quittera plus. Claude Zidi, François Truffaut le font tourner, avant que Le grand chemin de Jean-Louis Hubert ne l?impose définitivement dans le c?ur du public français en 1986.

Toujours aussi convaincant dans son interprétation, Richard Bohringer oscille entre le blues, le funk, la musique d?ambiance de films et la musique latine, pour rendre sa ronde de nuit encore plus jouissive. Sensible, humain, il se livre entier. Son message donne raison a Simone de Beauvoir, car l?homme libre trouve sa loi dans sa liberté même.

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