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Un deuxième journaliste meurt

19 mars 2004, 20:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Le correspondant blessé, Ali al Khatib, est décédé à l?hôpital. Jeudi déjà, le caméraman Ali Abdelaziz avait péri dans des tirs américains contre leur véhicule à un poste de contrôle. La chaîne a parlé jeudi d?un «crime abominable» et réclamé l?ouverture d?une enquête. Selon le chauffeur du véhicule des journalistes, les soldats américains se sont mis à tirer à l?aveuglette lorsqu?ils ont vu que leur voiture s?éloignait rapidement du poste de contrôle tandis qu?une autre fonçait à pleine vitesse vers eux. Avant l?incident de jeudi, quatre journalistes avaient été tués par des soldats américains depuis le commencement de la guerre contre l?Irak voici un an.

L?attentat a surpris, à l?heure du dîner, les résidents de l?hôtel Jabal Loubnan (Mont Liban), dans le centre de Bagdad. Dévastatrice, placée dans une voiture piégée, la bombe a détruit l?établissement, ainsi qu?un immeuble, trois maisons et un atelier de menuiserie environnants. Un bilan provisoire fait état de 17 morts et de 35 blessés. Mais des victimes, notamment une femme recherchée par sa famille, semblaient toujours, jeudi 18 mars à l?aube, se trouver sous les décombres.

Dix minutes après l?explosion, les bâtiments et les carcasses de voitures étaient encore la proie des flammes, que les pompiers ont mis du temps à maîtriser. Des gens hagards, le visage noirci, le corps couvert de sang, erraient encore dans les étages. En face de l?hôtel, des hommes tentaient, en hurlant, d?extraire les corps de leurs parents d?une maison effondrée, espérant encore trouver des survivants. Une femme muette, au corps chancelant et au regard figé, émergeait d?un bâtiment. Les brancardiers et les ambulanciers faisaient des allers-retours.

Puis les soldats américains sont arrivés à la rescousse, tentant d?établir un périmètre de sécurité, portant secours à des blessés et entamant leur enquête devant le cratère. Comme d?habitude, la première réaction de la foule, avant intervention de la police irakienne, est d?insulter et de jeter des pierres contre les GI. Comme souvent, des témoins surexcités affirment avoir vu un avion américain tirer un missile. La réalité est plus banale : une voiture piégée, dans laquelle aucun corps de kamikaze n?a été retrouvé, a visé cet hôtel très modeste, peu connu et peu protégé.

Le Jabal Loubnan accueillait essentiellement des hommes d?affaires arabes, en quête de contrats juteux avec la coalition américaine en Irak. Il semble que des Egyptiens, des Libanais et des Jordaniens, ainsi que deux Britanniques y résidaient mercredi. L?équipe d?une compagnie de téléphonie mobile avait quitté l?hôtel la veille pour s?installer dans une villa.

Peu habitué à loger des Occidentaux, ne s?estimant pas visé par la vague d?attentats qui ensanglantent l?Irak, l?hôtel n?avait pas jugé bon d?installer, contrairement à beaucoup d?autres à Bagdad, des barricades de protection en béton et un check-point à l?entrée de la rue. Le Jabal Loubnan était une cible très facile.

Comme d?habitude aussi, l?armée américaine s?est empressée d?accuser Al-Qaida. Tout à son souci, comme le Conseil intérimaire de gouvernement (CIG) d?ailleurs, de masquer le fait que des Irakiens tuent, outre des étrangers, d?autres Irakiens, l?occupant ne fait même plus semblant d?attendre le lendemain le résultat d?une éventuelle enquête. Devant les décombres encore fumants, le colonel Ralph Baker est venu expliquer à la presse internationale que «l?attentat est similaire aux précédentes attaques de Zarkaoui et d?Ansar Al-Islam». Le Jordanien Abou Moussab Al-Zarkaoui, lié au groupuscule islamiste irakien Ansar Al-Islam, est accusé par Washington d?être le chef d?Al-Qaida en Irak, où il tenterait de plonger le pays dans la guerre civile.

Hamid Kifaï, le porte-parole du gouvernement irakien, a également immédiatement imputé la responsabilité de l?attentat à Al-Qaida. «Je ne doute pas qu?Al-Qaida et les organisations terroristes qui lui sont liées soient responsables de cette attaque, a-t-il déclaré. Ils veulent faire croire que l?Irak était meilleur à l?époque de Saddam Hussein.»

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